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Coronavirus: l'Anses alerte sur les intoxications liées à la désinfection et l'utilisation de la Javel

La Javel, qui est un virucide, est recommandée pour désinfecter son intérieur, mais il ne faut ni la mélanger, ni s'en servir pour nettoyer ses aliments car elle est toxique pour l'homme

La Javel, qui est un virucide, est recommandée pour désinfecter son intérieur, mais il ne faut ni la mélanger, ni s'en servir pour nettoyer ses aliments car elle est toxique pour l'homme - Pixabay

Avec les impératifs de désinfection relatifs à la pandémie de Covid-19, l'Anses et les centres antipoison rapportent de nombreux incidents domestiques et intoxication en lien avec le nouveau coronavirus.

Alors que le Covid-19 se propage toujours en France, pour éviter d'être contaminé, il faut par exemple se laver régulièrement les mains avec du savon ou une solution hydroalcoolique, et il est aussi conseillé de désinfecter les surfaces de son intérieur, sur lesquelles le coronavirus aurait pu se déposer. Mais ces actions de nettoyage, impliquant des produits toxiques pour l'homme, doivent être entreprises avec attention.

"Les centres antipoison signalent de nombreux accidents domestiques et intoxication en lien avec le COVID-19", alerte l'agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un communiqué publié jeudi. Elle signale que "entre le 1er et le 24 mars 2020, 337 appels liés à des cas d’exposition (avec ou sans symptômes) ou des demandes d’information ont été identifiés comme pouvant être associés au contexte COVID-19".

Parmi les incidents identifiés: l'inhalation de vapeurs toxiques, l'intoxication accidentelle de jeunes enfants ou encore le nettoyage des aliments à l'eau de javel. Afin d'éviter que des accidents de ce type se produisent ou se reproduisent, l’Anses et les Centres antipoison émettent plusieurs recommandations.

  • Ne pas mélanger les produits entre eux

Le site des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) conseille pour désinfecter son intérieur de nettoyer dans un premier temps la surface visée, puis de la désinfecter avec un second produit. L'Anses rappelle qu'il ne faut pas faire les deux actions en même temps, en mélangeant les "produits nettoyant ou désinfectant entre eux, notamment eau de Javel et détartrant".

"L’acide du détartrant réagit avec l’eau de Javel pour former des vapeurs de chlore", dangereuses pour l'homme, précise un centre antipoisons belge sur son site.
  • Ne pas utiliser des produits nettoyants ou désinfectants pour le corps ou les aliments
L'Anses souligne également qu'il ne faut évidemment pas "nettoyer les aliments à l’eau de Javel ou tout autre produit nettoyant ou désinfectant non destiné à entrer au contact de denrées alimentaires". De même il ne faut pas utiliser "les produits nettoyants et désinfectants de sols et de surfaces pour des besoins d’hygiène corporelle" car il s'agit de produits souvent très corrosifs.

Si l'eau de javel agit commune un virucide (détruisant les virus) sur les surfaces de votre intérieur, c'est un poison pour l'homme. Plus généralement, l'agence écrit qu'il faut "respecter rigoureusement les conditions d’usage des produits nettoyants ou désinfectants (sols, surfaces du domicile ou du lieu de travail)".

  • Attention aux produits faits maison

Pour les solutions à fabriquer soi-même, comme le gel hydroalcoolique, il faut "respecter rigoureusement les consignes officielles de fabrication (site de l’OMS)", écrit l'Anses. Pour ces produits déconditionnés, soit transférés dans de nouveaux récipients non marqués, l'agence insiste sur leur étiquetage précis et demande que soit mentionné très clairement la nature de leur contenu au feutre ou avec une étiquette de couleur, afin d'en signaler la dangerosité.

Pour éviter toute intoxication, l'Association française des centres antipoison conseille elle de "ne pas transvaser de produits en dehors de leur récipient d’origine". Et en cas de fabrication, ou même simplement d'utilisation de produits, elle appelle à "porter des protections adaptées", notamment au niveau des yeux.
  • Les produits dangereux hors de portée des enfants

L'Anses conseille quoiqu'il arrive de tenir les produits ménagers hors de portée des enfants, mais aussi les solutions hydroalcooliques, particulièrement prisées en cette période de coronavirus.

Plusieurs situations à risques rapportées concernent en effet "l’exposition accidentelle d’enfants ayant à portée de mains les solutions hydro-alcooliques ou les produits utilisés pour la préparation de solution hydro-alcooliques à faire soi-même".
  • Les huiles essentielles, "pas un moyen de lutte contre le coronavirus"

Auto-médication par voie orale, pulvérisation pour assainir ou encore désinfection inutile d'un masque chirurgical... Plusieurs cas d'utilisation d'huiles essentielles pour lutter contre le Covid-19 ont également été rapportés aux centres antipoison. L’Anses rappelle donc "que les huiles essentielles ne constituent pas un moyen de lutte contre le coronavirus"

Elle met en garde quant à leur usage, soulignant qu'il faut bien "respecter les conditions d’utilisations de ces huiles", et demander les conseils d'un pharmacien avant de s'en servir. De plus "les personnes souffrant d’affections respiratoires (notamment les personnes asthmatiques) et les femmes enceintes ou allaitantes ne doivent pas utiliser les huiles essentielles", précise l'agence.
  • Questionnements sur la prise d'anti-inflammatoires
"La prise d'anti-inflammatoires (ibuprofène, cortisone...) pourrait être un facteur d'aggravation de l’infection" de Covid-19, déclarait mi-mars le ministre de la Santé Olivier Véran. "En cas de fièvre, prenez du paracétamol. Si vous êtes déjà sous anti-inflammatoires ou en cas de doute, demandez conseil à votre médecin."

Cette recommandation du gouvernement a entrainé plusieurs demandes d'informations auprès de l'Anses. L'agence écrit ainsi qu'il ne faut actuellement "pas arrêter un traitement anti-inflammatoire prescrit pour une affection chronique et prendre conseil auprès de son médecin traitant". A l'inverse, sans traitement chronique, il ne faut "pas prendre d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et privilégier la prise de paracétamol en cas de fièvre, comme recommandé par le ministère de la santé".

Salomé Vincendon