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Coronavirus en Bretagne: faut-il s'inquiéter du rebond du taux de reproduction de la maladie?

En l'espace de quelques jours seulement, le taux de reproduction, qui est un indicateur de l'avancée de la maladie, a bondi jusqu'à 2,62.

L'épidémie est-elle en train de répartir en Bretagne? Selon le tableau de bord de suivi de l'épidémie de coronavirus en France, mis à jour quotidiennement sur le site du gouvernement, le taux de reproduction du Covid-19 (également appelé R effectif) dans la région a bondi à 2,62 d'après les dernières données datées de mardi.

En d'autres termes, 10 personnes infectées en contaminent 26, un chiffre qui a doublé en l'espace d'une semaine et qui se rapproche de ceux d'avant le confinement. C'est le taux le plus important recensé en France.

Le taux de reproduction du coronavirus en France au 14 juillet 2020.
Le taux de reproduction du coronavirus en France au 14 juillet 2020. © BFMTV
"C'est un chiffre inquiétant, ça veut dire que l'épidémie repart, il ne faut pas tourner autour du pot. Pour qu'une épidémie cesse, il faut que ce chiffre passe en dessous de 1", réagissait ce vendredi matin sur BFMTV-RMC Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

En l'espace de cinq jours, 110 nouveaux cas ont été détectés en Bretagne, dont 48 dans le Finistère, département le plus touché à l'heure actuelle. Parmi eux, seulement 15 personnes ne résidant pas en Bretagne. Mais pour le Dr Cédric Hervieux, infectiologue au CHU de Rennes, cette résurgence n'est pas une surprise.

"On s'attendait un peu à ce qu'il y ait une augmentation du nombre de cas dans la mesure où la Bretagne est un lieu de villégiature et que cette année, du fait des limitations de déplacement à l'étranger, on a un afflux de touristes", explique-t-il sur BFMTV.

Un chiffre qui donne "une image partielle"

Pour autant, ce taux de reproduction du virus est à prendre avec du recul, et ne reste qu'un indicateur parmi d'autres de l'avancée de la maladie.

"(Le chiffre) est construit à partir des tests effectués régions par régions, et on compte le nombre de personnes infectées par rapport à une autre période. Il faut voir combien de tests sont faits, on a une image partielle", précisait ce vendredi Martin Blachier, médecin de santé publique sur le plateau de BFMTV.

En ce qui concerne les tests, la dernière mise à jour du tableau de bord du gouvernement a permis d'ajouter pour le lundi 13 juillet, au retour d'un week-end, les résultats de 2661 tests - dont 54 positifs, soit 2%. Une semaine plus tôt, le 6 juillet, seuls 1519 tests étaient comptabilisés - pour 5 positifs.

"Dans la mesure où l’on fait du dépistage assez massif, il est assez logique que l’on se retrouve avec une augmentation des nombres de cas dans certaines zones", explique ainsi auprès de Ouest-France Cédric Arvieux. "Mais globalement, la circulation du virus reste faible."

Plus tard dans la journée de vendredi, Santé publique France (SpF) a souligné que la situation dans la région n'était "pas alarmante" mais qu'elle devait néanmoins faire l'objet "d'une grande attention."

Ce taux, s'il est "un des paramètres importants pour évaluer la dynamique de la transmission du virus" peut aussi "être influencé artificiellement à la hausse si les données utilisées pour son calcul reflètent d'autres facteurs que la transmission du virus dans la population", souligne l'Agence.

"Par exemple, la survenue d'un cluster dans une entreprise peut conduire à des actions de dépistage et un afflux de patients dans un service d'urgence ou dans un laboratoire, faisant augmenter ponctuellement" le taux "sans pour autant qu'il y ait une réelle intensification de la circulation du virus", ajoute SpF.

Les autres indicateurs restent au vert

Le taux de reproduction est d'ailleurs le seul indicateur a être passé au rouge pour la région, puisque le taux d'incidence - le nombre de patients testés positifs pour 100.000 habitants sur une semaine - ainsi que le taux d'occupation des lits en réanimation restent au vert. Dans son dernier bilan publié mercredi, l'Agence régionale de Santé recensait seulement 3 patients en réanimation et 73 autres hospitalités, des chiffres stables.

"On doit donc être vigilants, mais la situation ne nous inquiète pas encore", poursuit Cédric Hervieux auprès de Ouest-France, qui explique que ces mauvais résultats par un possible "recul des gestes barrières" et par les vacances, "propices au regroupement de personnes".

Des mesures dans le Finistère

Toutefois, il s'agit bel et bien d'un signal négatif, un de plus, après les rebonds de la maladie dans les départements de Gironde, de Mayenne et des Bouches-du-Rhône. De fait, la préfecture du Finistère a pris plusieurs mesures dès ce jeudi soir, dont le port du masque obligatoire sur les marchés et dans les lieux clos situés sur les îles.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV