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Cancer : l’ablation des seins peut sauver des vies

A chaque ablation, une chirurgie reconstructrice est proposée.

A chaque ablation, une chirurgie reconstructrice est proposée. - -

L’actrice Angelina Jolie a révélé qu’elle s’était fait amputer des deux seins pour éviter un risque de cancer. Une chirurgie lourde et peu pratiquée mais qui peut sauver des vies. Sur RMC, des femmes témoignent.

C’est un véritable tabou qu’a décidé de briser l’actrice américaine Angelina Joli. Dans une tribune au New York Times, elle révèle qu’elle a pratiqué une ablation préventive de ses seins. Sa mère est morte d'un cancer du sein à 56 ans, et l’actrice est porteuse du gène à risque. Pour ne pas que ça lui arrive, Angelina Jolie a donc décidé de prendre les devants.
En France, l'Institut national du cancer estime que 10 000 femmes ont des prédispositions héréditaires à ce type de cancer, et seules 5% des femmes prédisposées choisissent cette intervention, appelée mastectomie. Selon les médecins, se faire retirer les seins en cas de prédispositions permet pourtant de réduire de 90% les risques de développer une tumeur. Et si la chirurgie est lourde, une reconstruction mammaire est souvent réalisée.

« Ce n’est plus comme avant »

« Au début, c’était très difficile, j’avais honte, je me cachais, je mettais des t-shirts très amples », reconnaît Line, 57 ans. Sa mère, sa tante et sa sœur ont toutes eu un cancer du sein. Alors quand elle a appris qu'elle était, elle aussi, porteuse du gène à risque, elle n'a pas hésité à se faire retirer les deux siens. « J’ai deux prothèses, ce n’est plus comme avant. Quand j’ai des relations sexuelles avec mon mari, je ne ressens pas les mêmes sensations au niveau des seins, c’est fini. Il n’y a plus rien. Au fil des mois, ça s’est mieux passé, et c’est vrai que si on veut vivre sans avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, je dis qu’il faut le faire ».

« Il fallait que je choisisse la vie »

Il y a trois ans, Laurence, 44 ans a du se faire retirer le sein droit à cause d'une tumeur. Et par peur d'une nouvelle maladie, elle a choisi de se faire enlever l'autre sein. « C’était un choix de vie. Pour vivre, c’était une décision que je devais prendre. Ça veut dire que je n’ai plus de seins, qu’ils ne seront plus jamais là, que je n’aurai jamais la sensation de les avoir. Evidemment, ça n’a pas été une décision facile à prendre, parce que quelque part c’est une mutilation, mais ça me semblait évident de choisir la vie, et c’est ce que j’ai fait ».

Une « solution radicale »

Généticien à l'unité d'oncologie du CHRU Arnaud-de-Villeneuve de Montpellier, Pascal Pujol n’a pas l’habitude de conseiller ce genre d’opérations très lourdes. Cette « solution radicale » doit avant tout être demandée par le patient, selon lui. « Les personnes qui sont opérées n’ont plus de sensibilité des seins. Il ne faut pas mésestimer ce que ces personnes vont avoir à vivre, le regard de leurs proches. Ce n’est pas quelque chose à banaliser, mais cela reste une option qu’on doit mesurer, entre les bénéfices escomptés, et les effets d’altération de la qualité de vie très importants ».

« Etre encore très féminine »

Ces problématiques, Françoise Guénard les connaît bien. Membre de « Vivre comme avant », une association qui regroupe d'anciennes opérées du sein et qui fait de la prévention, elle voit régulièrement des femmes qui viennent de se faire opérer. « On n’a pas un mode d’emploi, mais on peut les aider à reprendre confiance en elle, explique-t-elle. Les gros mots qui sont dits, c’est « amputation », « je ne serai plus une femme ». Mais pour celles d’entre nous qui sont reconstruites, c’est la preuve qu’on est encore très féminines malgré ça ».

Mathias Chaillot avec Juliette Droz