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Alzheimer: un traitement déjà existant intéresse des chercheurs

La maladie d'Alzheimer est la plus fréquente des démences.

La maladie d'Alzheimer est la plus fréquente des démences. - iStock

Un analgésique utilisé pour traiter les douleurs liées aux règles s'est montré efficace pour inverser la perte de mémoire chez des souris, selon des chercheurs. Ces derniers estiment que cette classe de médicaments peut limiter l'inflammation du cerveau qui serait liée à la maladie d'Alzheimer.

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C'est parfois en regardant de près des traitements déjà utilisés contre des maladies qui n'ont rien à voir, qu'il est possible de trouver une piste pour traiter des pathologies plus difficiles. C'est cette piste que suivent des chercheurs de l'université de Manchester pour élaborer un traitement contre la maladie d'Alzheimer. Ces derniers estiment dans une étude qu'il est possible d'inverser l'inflammation du cerveau et la perte de mémoire qui en résulte grâce à un médicament couramment utilisé contre les douleurs ressenties pendant les règles.

L'équipe scientifique s'est en effet intéressée aux effets bénéfiques de l'acide méfénamique, un anti-inflammatoire non stéroïdien - même si leurs résultats prometteurs ne concernent pour l'instant que des souris. Toutes les souris utilisées pour l'étude ont développé des symptômes de la maladie d'Alzheimer, le premier étant la perte de mémoire. La moitié d'entre elles ont été traitées avec de l'acide méfénamique à l'aide d'une pompe implantée sous la peau pendant un mois et l'autre moitié a été traitée de la même manière avec un placebo.

Efficace contre la "neuroinflammation"

Les résultats ont montré que la perte de mémoire a été totalement inversée chez les souris traitées avec ce médicament.

"Il existe des preuves expérimentales qui suggèrent fortement que l'inflammation du cerveau aggrave la maladie d'Alzheimer, explique le Dr David Brough, principal auteur de l'étude. Notre recherche montre pour la première fois que l'acide méfénamique, un simple anti-inflammatoire non stéroïdien peut cibler une voie inflammatoire importante appelée NLRP3 inflammasome, qui endommage les cellules du cerveau".

Mais ces résultats ne signifient pas forcément que ce médicaments agira de la même manière sur le cerveau de l'homme. Les chercheurs espèrent cependant mener des essais cliniques pour apporter une preuve supplémentaire que cette molécule a bien un effet sur la neuroinflammation chez les humains. Etant déjà disponible sur le marché, ce médicament présente qui plus est l'avantage d'avoir déjà passé avec succès les études concernant sa toxicité pour l'homme.

Un rôle protecteur souvent évoqué

"Le délai pour le tester sur des patients devrait en théorie être plus court que si nous développions de nouveaux médicaments", précisent les chercheurs, qui affirment néanmoins que d'autres études doivent être menées.

"Les tests de médicaments déjà utilisés pour d'autres maladies est une priorité, cela nous permet de raccourcir les quinze années ou plus nécessaires pour développer un nouveau médicament contre la démence", précise au sujet de cette découverte le Dr Doug Brown, directeur de la recherche au sein de l'Alzheimer's Society (Londres).

Si les essais cliniques se montrent concluants, ils auront l'avantage d'identifier le potentiel possible de tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Ce n'est pas la première fois que leur rôle protecteur sur la survenue de la maladie d’Alzheimer est évoqué. En 2000, l'Institut de la Maladie d'Alzheimer en parlait dans un rapport, précisant que des travaux avaient démontré "l’existence d’un facteur inflammatoire dans la constitution des plaques séniles". Mais le texte soulignait aussi que "les effets secondaires des AINS ne permettent pas d'envisager dès maintenant une prévention systématique", à moins de développer de nouvelles molécules.

Alexandra Bresson