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Alzheimer: un simple test sanguin pour détecter les personnes à risque

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Des chercheurs ont mis au point un test sanguin capable d'évaluer le risque de maladie d'Alzheimer grâce à la présence d'un biomarqueur connu. Ce dernier pourrait améliorer le diagnostic pour les patients mais aussi faciliter le recrutement lors d'essais cliniques de personnes atteintes de démence avant que les dommages irréversibles au niveau du cerveau ne se soient produits, rendant ainsi les essais plus fiables.

De nombreuses études évoquent la possibilité de tests sanguins pour diagnostiquer plusieurs types de cancer, et ce si concept s'appliquait aussi à une maladie neurodégénérative? Des scientifiques au Japon et en Australie ont mis au point un test sanguin permettant d'identifier les personnes ayant des taux élevés de protéines associées à la maladie d'Alzheimer.

Si cette découverte est confirmée par d'autres travaux scientifiques, ce test si longtemps recherché pourrait contribuer à la recherche en ce qui concerne des thérapies qui pourraient stopper la progression de la démence, qui touche 50 millions de personnes dans le monde selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé. Le test identifie les personnes dont le cerveau présente des niveaux élevés d'amyloïde-β, une protéine qui joue un rôle clé dans la maladie d'Alzheimer.

Comme l'explique l'Institut du cerveau et de la moelle épinière, "la dégénérescence des neurones qui survient dans la maladie d’Alzheimer est en partie due à l’accumulation anormale d’une protéine appelée peptide bêta-amyloïde à l’extérieur des cellules nerveuses. Cette accumulation conduit à la formation de plaques amyloïdes également appelées plaques séniles." Il s'agit ainsi d'un marqueur biologique dont l'analyse peut aider à déterminer quelles personnes sont atteintes de la maladie et quelles personnes la développeront.

Détecter des sujets moins avancés dans la maladie

Cela fait plusieurs années que les scientifiques du monde entier ont cherché comment mettre au point un simple test sanguin pour diagnostiquer plus aisément la démence. "Au début, il n'était pas évident qu'il serait possible de mesurer la pathologie cérébrale dans le sang, mais nous nous en rapprochons de plus en plus.", explique dans la revue scientifique Nature, qui a publié l'étude, le neuroscientifique Simon Lovestone de l'Université d'Oxford.

Malgré plusieurs essais cliniques, il n'existe pas de traitement pouvant guérir ou stopper l'évolution de la maladie d'Alzheimer mais certains médicaments peuvent ralentir sa progression. Si bien que "des sociétés pharmaceutiques ont abandonné le domaine", explique la revue scientifique. Cette difficulté s'explique notamment par les essais cliniques en eux-mêmes: les patients traités sont à des stades modérés de la maladie car il n'existe pas de moyen fiable d'identifier ceux aux premiers stades de la démence.

La plupart d'entre eux recrutent donc des personnes dont les symptômes cliniques sont déjà apparents. "À ce stade, les dommages au cerveau associés à l'amyloïde β ont déjà eu lieu et il est peut-être trop tard pour les inverser.", indique Katsuhiko Yanagisawa, principal auteur de l'étude. Jusqu'à présent, l'un des moyens le plus fiable pour identifier le peptide bêta-amyloïde dans le cerveau, à moins d'une autopsie, repose sur une technique d'imagerie du cerveau appelée tomographie par émission de positrons.

Une alternative moins invasive aux tests actuels

Celle-ci consiste à injecter aux patients des radiotraceurs qui vont se lier spécifiquement aux plaques amyloïdes. Les chercheurs ont aussi la possibilité de mesurer les niveaux de protéine directement dans le liquide céphalorachidien de la moelle épinière, accessible grâce à une ponction lombaire. Ces deux procédures sont utilisées pour aider à recruter des personnes dans le cadre d'essais cliniques, mais elles sont coûteuses et très inconfortables pour le patient.

Pour mesurer le taux de fragments de peptides bêta-amyloïdes dans des échantillons sanguins, les chercheurs ont combiné deux techniques: l'immunoprécipitation et la spectroscopie de masse. Leurs résultats correspondaient à ceux obtenus par l'imagerie cérébrale et l'analyse du liquide de la moelle épinière dans deux cohortes au Japon et en Australie. Certains participants étaient en bonne santé, certains ont montré une légère altération de leurs capacités cognitives et d'autres avaient la maladie d'Alzheimer.

Les auteurs estiment néanmoins que des études plus larges et à plus long terme sont nécessaires pour confirmer la précision du test sanguin, relativement facile et peu coûteux à réaliser. Ils espèrent qu'il pourra réellement faciliter le recrutement pour les essais cliniques et ainsi permettre d'accélérer la recherche. Selon l'Inserm, environ 900 000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer aujourd’hui en France. Elles devraient être 1,3 million en 2020, compte tenu de l’augmentation de l’espérance de vie.

Alexandra Bresson