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Vif échange à l'Assemblée entre Ruffin et Véran, Ferrand accuse l'insoumis d'absentéisme

Ce mardi, le député élu dans la Somme, François Ruffin, et le ministre de la Santé, Olivier Véran, se sont violemment opposés autour de la question de la levée des brevets des vaccins. Au terme de cet échange musclé, Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, a lui-même tancé le parlementaire insoumis.

L'échange, musclé, qui a agité la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale ce mardi a connu trois actes. D'abord, insatisfait par les propos du ministre de la Santé sur la question d'une éventuelle levée des brevets autour des vaccins afin d'en accélérer la production, François Ruffin, député insoumis élu dans la Somme, a repris la parole et haussé le ton. Ce qui lui a valu les railleries d'Olivier Véran, visiblement sorti de ses gonds.

Enfin, Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, a voulu conclure l'échange, accusant François Ruffin de mettre en scène ses interventions pour maquiller un absentéisme.

"Vous êtes les relais de l'industrie pharmaceutique"

François Ruffin a en effet mis en cause la politique française et européenne s'opposant à la levée des brevets des vaccins pour en étendre la production, une cause qu'il défend comme une centaine de pays du sud fédérés par l'Inde et de l'Afrique du sud.

Reprenant la parole après une première réponse d'Olivier Véran, il a ainsi attaqué: "Vous ne me répondez pas parce que la vérité, Le Figaro lui-même l'écrit, c'est que 'la levée est brevets est fermement combattue par l'industrie pharmaceutique appuyée par l'Union européenne'." François Ruffin a alors poursuivi:

"La vérité, c'est que vous êtes les relais de cette industrie avant la vie. La vérité, c'est que si aujourd'hui nous attendons les doses, celles de Pfizer, de BioNTech (BioNTech travaillant ici avec Pfizer, le député a pu vouloir faire référence à Moderna, NDLR), de Johnson & Johnson, que vous l'acceptez, c'est que vous servez les firmes avant les Français."

Le parlementaire a alors durci les coups:

"La vérité, c'est que demain les morts du Covid chez nous mais aussi dans les pays du sud, les milliers de morts du Covid alors que le vaccin existe, ces milliers de morts se seront en partie les vôtres, en partie les nôtres, parce que la France n'aura pas élevé sa voix, parce que la France n'aura pas dit non, parce que la France, votre France, notre France, n'aura pas fait passer les gens avant l'argent. La vérité, c'est que le virus n'était pas de votre faute, mais désormais il l'est, il l'est un peu."

"On n'est pas dans une de vos vidéos YouTube"

"Vous avez refusé que le vaccin soit un bien public mondial. Vous choisissez de nous soumettre à la pénurie. Vous décidez de prolonger le tunnel quoiqu'il en coûte", a-t-il achevé, moquant pour finir un mantra du président de la République censé caractériser la détermination de l'exécutif à lutter contre les effets économiques de l'épidémie.

Olivier Véran, se saissant du micro, a donné un tour plus personnel à sa contre-offensive: "Monsieur le député, nous sommes ici dans l'Hémicycle, pas dans une de vos vidéos YouTube. Vous pouvez exprimer votre avis mais pas considérer que nous serions responsables du virus ou des morts, s'il vous plaît, gardez au moins le peu de décence qu'il vous reste."

"Nous faisons plus que lever la propriété d'un laboratoire en termes de brevet, nous faisons en sorte que toutes les entreprises capables de produire le vaccin dans ce pays et sur ce continent, produisent le vaccin, y compris pour le compte de laboratoire qui ne sont pas les leurs", a-t-il enchaîné.

Ferrand reproche à Ruffin d'"organiser le spectacle"

Olivier Véran a fait mine de s'interroger: "Quand vous avez Sanofi qui produit pour des laboratoires concurrents, vous croyez que c'est tombé du ciel? Que Sanofi a regardé une vidéo de monsieur Ruffin et s'est dit 'Ahlalala, on va produire des vaccins étrangers'?" "C'est pas comme ça que ça marche dans la vraie vie monsieur Ruffin! La vraie vie, c'est être responsable, et la responsabilité vous incombe aussi, vous êtes parlementaire!" a-t-il encore insisté, avant de regagner sa place.

Cette réplique suscitant les protestations de François Ruffin, Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale dirigeant alors la séance, s'est écrié: "Non, monsieur Ruffin, ça suffit! Ça suffit monsieur Ruffin vos interpellations! Chaque fois, vous organisez le spectacle. Vous voulez faire remarquer vos rares présences? Croyez bien que ce n'est pas à votre honneur!"

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV