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"Une VIe République pour 2017 est possible"

Dans la VI République, le Parlement aurait très probablement plus de poids, comme dans les autres pays d'Europe.

Dans la VI République, le Parlement aurait très probablement plus de poids, comme dans les autres pays d'Europe. - Joël Saget - AFP

De plus en plus de voix politiques évoquent l'idée de passer à un autre régime. Bastien François, élu EELV et rédacteur d'un projet de Constitution pour une VIe République, décrypte ces enjeux.

Alors que le couple Hollande-Valls plonge dans les sondages et fait face à une majorité de plus en plus réticente, certaines voix politiques, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon, appellent à réfléchir à l'éventualité d'une VIe République, avec une nouvelle Constitution à la clé. C'est le cas de Bastien François, universitaire et conseiller régional des Verts, qui plaide pour une réflexion lente et approfondie sur le sujet. Il s'en explique à BFMTV.com.

A quoi ressemblerait la VIe République selon vous?

Ce serait un régime parlementaire, équivalent à ceux que l'on trouve aujourd'hui en Espagne, en Italie, en Allemagne... Le gouvernement serait formé à partir de la majorité à l'Assemblée nationale, et le patron du pays serait le Premier ministre, et non plus le Président. Par exemple, dans le cas allemand, la majorité parlementaire est une coalition, donc Angela Merkel a dû former un gouvernement composé de membres des deux partis majoritaires, SPD et CDU.

Qu'est-ce-que cela changerait?

Si à un moment ça se passe mal, la majorité peut imposer un véritable changement politique à l'exécutif. Or, en ce moment, les parlementaires sont bloqués face au président, qu'ils ne peuvent ni faire démissionner, ni influencer. Pour nous, Français, l'idée de ne pas avoir un Président qui gouverne au quotidien nous semble très étrange, mais c'est pourtant une exception en Europe. Ailleurs, on trouve normal que celui qui gouverne soit choisi par les députés.

Etes-vous partisan de passer dès que possible à une nouvelle Constitution?

Non, dans l'état actuel, ce serait trop brutal: l'UMP est en déliquescence, le PS est en difficulté également, il y a la crainte du FN... Il faut prendre le temps de réfléchir et de faire mûrir l'idée. Je pense qu'il faut y arriver lentement, par la conviction. Les décisions prises dans l'urgence sont rarement justes, on le voit avec le casting du dernier gouvernement. Ce pourrait être à l'horizon 2017, dans le programme d'un candidat par exemple. Une commission pourrait être nommée pour réfléchir à un certain nombre de propositions, qui seraient ensuite soumises au vote du Parlement, et pourquoi pas au vote du peuple par un référendum.

Pensez-vous que la classe politique soit prête à passer le pas?

On sent qu'un processus a été enclenché politiquement et intellectuellement. Il y a dix ans, quand je parlais de VIe République, on me disait que c'était inutile de l'envisager. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. On voit que le président n'arrive plus à impulser son cap, que la majorité n'est plus très disciplinée, que les ministres ne sont plus solidaires... La machine de la Ve République vieillit. Cependant, la vertu principale de ce régime est de protéger le Président. François Hollande aura-t-il l'audace et le courage de supprimer le statut qui le protège? Je ne le pense pas.

Si le Parlement devient plus important, les élections législatives seront encore plus décisives. Faut-il modifier le mode de scrutin?

Sans aucun doute, c'est très important. Aujourd'hui, avec le scrutin majoritaire, le PS est surreprésenté, comme l'UMP auparavant, alors même qu'une majorité de Français ne sont pas socialistes. Et il y a encore trop peu de femmes, de jeunes et d'ouvriers. Avec un scrutin proportionnel, si la liste d'un parti obtient 16% de voix, il obtient 16% des sièges de l'Assemblée. Le risque cependant est d'avoir plein de "petits partis", sans majorité stable. Le système allemand me paraît bon: les électeurs glissent deux bulletins dans l'urne, un pour un candidat, et un autre pour une liste. Le résultat est un mélange de scrutins majoritaire et proportionnel.

Ne craignez-vous pas de voir le FN remporter de nombreux sièges?

Non, pas du tout. Actuellement, Marine Le Pen peut dire n'importe quoi puisqu'elle n'est pas aux manettes. Le jour où son parti sera une force intégrée au Parlement, elle perdra des électeurs, car beaucoup d'entre eux ne sont pas d'accord avec ses idées, qu'elle n'a pas l'opportunité de mettre en oeuvre pour le moment. Nombre de ses électeurs ne votent pas pour le FN, mais contre les autres partis. Si on peut juger les élus FN sur leurs actes et leurs décisions, on se rendra vite compte de leur impuissance, comme c'est le cas au Parlement européen.