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Primaire à droite: les candidats draguent les électeurs catholiques

Alain Juppé, le 7 novembre 2016.

Alain Juppé, le 7 novembre 2016. - Guillaume Souvant - AFP

Alain Juppé, Bruno Le Maire et François Fillon ont chacun adressé un courrier à la Conférence des évêques de France pour répondre à la publication d'un livre, où les ceux-ci s'inquiètent du discrédit du politique.

Ils ont pris la plume, à quelques jours de la primaire de la droite, pour s'adresser directement à l'électorat catholique. Trois participants à ce scrutin ont, chacun leur tour, adressé une lettre à la Conférence des évêques de France après la publication de son livre Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique.

Dans cet ouvrage publié le 14 octobre, les évêques de France, s'inquiétant du discrédit de la politique, proposent les bases d'une "refondation" par un nouveau "contrat social" plus inclusif et plaident pour "une laïcité ouverte".

Le député de Paris François Fillon a été le premier à leur adresser une lettre, suivi par le député de l'Eure Bruno Le Maire. Dernier en date à en avoir fait de même, le maire de Bordeaux, Alain Juppé. Des courriers dans lesquels les trois candidats à la primaire à droite soulignent les convergences entre leur programme et les préoccupations exprimées par les évêques.

Identité, laïcité...

Au menu, quelques-uns des grands thèmes qui occupent le devant de la scène depuis le début de la campagne, en particulier celui de l'identité. "J’ai retrouvé dans ce plaidoyer pour le vivre ensemble mon projet pour une identité heureuse", explique ainsi l'ancien Premier ministre Alain Juppé. "Ce qui donne sens à mon engagement, c’est aussi ce que m’a appris l’Eglise. Je refuse la peur et les prophètes de malheur qui la cultivent. Le magistère du pape François, et son appel à s’ouvrir sur le monde, ne font que confirmer cette intuition", ajoute-t-il.

L'ancien ministre Bruno Le Maire récuse pour sa part le terme. "Je lui préfère le mot 'culture' : l’identité enferme, la culture ouvre", explique-t-il. 

Toujours sur ce sujet, l'ex-Premier ministre François Fillon, qui redit dans sa lettre son attachement aux "valeurs héritées du christianisme", explique lui que "la dignité de la personne humaine et la tolérance, le souci du faible et de l'égalité, l'esprit d'entreprendre et la liberté: autant de valeurs héritées du christianisme et des Lumières, autant de valeurs et d'idées qui ont germé en France et en Europe pour faire valoir une certaine conception de l'Homme."

Il est aussi question de laïcité dans les textes rédigés par les trois prétendants à l'Elysée. "La laïcité ce n’est pas l’ignorance ou le rejet du fait religieux, mais la reconnaissance et le dialogue", affirme Alain Juppé. François Fillon s'inquiète lui d'une possible atteinte à la liberté religieuse. "Soyons fermes sur nos valeurs. (...) Mais attention, à vouloir faire voter des lois pour durcir encore davantage les règles de la laïcité, nous risquerions de porter atteinte à la liberté religieuse, ce qui n'est pas acceptable à mes yeux", dit-il.

Divergences sur le mariage pour tous

Enfin, sur la famille, les candidats font valoir des positions différentes. François Fillon redit aux évêques son engagement à réécrire la loi sur le mariage pour tous pour "figer le principe selon lequel un enfant est toujours le fruit d'un père et d'une mère". Il ajoute vouloir "réserver l'adoption plénière aux couples hétérosexuels, limiter strictement l'accès à la PMA (procréation médicalement assistée, Ndlr) aux couples hétérosexuels stériles et interdire la GPA (gestation pour autrui) qui est une instrumentalisation inadmissible du corps des femmes."

Bruno Le Maire et Alain Juppé clament eux leur opposition à la GPA. Mais ne disent pas un mot sur le mariage homosexuel. 

"Je suis fermement opposé à la GPA, que je considère comme un saut idéologique qu’il ne faudra jamais franchir", écrit Alain Juppé. "Si les jurisprudences de la Cour de Cassation et de la CEDH (la Cour européenne des droits de l'homme, Ndlr) viennent légaliser le recours à la GPA ou les détournements d’adoption, je suis prêt à prendre la tête de la fronde. (...) Ma position est aussi d’une extrême clarté sur la PMA qui doit être strictement réservée aux couples hétérosexuels stériles en âge de procréer."

Violette Robinet