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Montebourg appelle les électeurs de droite à voter à la primaire de gauche, puis nuance

Arnaud Montebourg invité de Ruth Elkrief sur BFMTV jeudi 5 janvier.

Arnaud Montebourg invité de Ruth Elkrief sur BFMTV jeudi 5 janvier. - -

Arnaud Montebourg a appelé les Français, y compris "ceux qui ne savent pas ce qu'ils sont", donc potentiellement de droite, à voter à la primaire de gauche. Une déclaration qu'il a tenté de nuancer mais qui a suscité la colère de François Hollande.

Après la polémique sur le vote de gauche à la primaire de la droite, voici celle sur le vote de droite à la primaire de la gauche. Candidat à la primaire organisée les 22 et 29 janvier par le Parti socialiste, Arnaud Montebourg a appelé jeudi "les Français" à "venir massivement pour imposer leur point de vue" lors de ce rendez-vous. Une invitation qui, telle qu'elle a été formulée, englobait également les électeurs de droite.

"Je les invite à venir à la primaire"

"Y compris les électeurs de droite?", a demandé la journaliste qui l'interrogeait jeudi sur RTL. "Comme certains à gauche voulaient se débarrasser de Nicolas Sarkozy, d'autres vont peut-être vouloir se débarrasser de François Hollande", a-t-elle suggéré. "Il y en a, j'en rencontre, je les invite à venir à la primaire, ceux qui le souhaitent, participer aux choix politiques de l'avenir du pays (...) d’y participer à leur manière, et je leur propose de battre le président de la République avec ma candidature", a répondu l'ancien ministre, avant de tenter de nuancer son propos, résumé, in fine et à raison, comme un "appel aux électeurs de droite".

"Non, j’invite les électeurs de gauche, et tous ceux qui veulent bien se joindre, vous savez il y a beaucoup de gens qui ne savent pas ce qu’ils sont, mais ils savent ce qu’ils ne veulent pas", a-t-il avancé, jouant sur les mots.

Les déclarations d'Arnaud Montebourg sont en tout cas parvenues jusqu'à l'Elysée, pour qui le message est clair. Sans surprise, cet appel a suscité la colère de François Hollande.

La Haute autorité éthique du PS saisie

Trois proches du président ont décidé de saisir la Haute autorité éthique du Parti socialiste. Indépendante de la direction, elle peut être saisie pour décision ou pour avis, et est "chargée de faire respecter les règles d’éthique et de droit commun aux règles démocratiques qui s’imposent au Parti socialiste et à ses adhérents", précise-t-on sur le site du PS.

François Rebsamen, ancien ministre et maire socialiste de Dijon, Didier Guillaume, chef de file des sénateurs socialistes, et Bruno Le Roux, son homologue de l'Assemblée, ont donc adressé jeudi une lettre - consultée par l'AFP - au professeur de droit et Président de la haute autorité éthique, Thomas Clay.

"Cette déclaration nous apparaît en totale contradiction avec les règles d'éthique et l'esprit qui doivent présider à l'organisation de ce scrutin", peut-on lire dans le document, qui rappelle que les règles exigent "une campagne loyale" des candidats et des électeurs "une adhésion aux valeurs de gauche".

"Indigne appel" pour les uns

Sur Twitter, la porte-parole du PS, Corinne Narassiguin, a invité Arnaud Montebourg à "appeler au rassemblement de la gauche". Kader Arif, député socialiste de Haute-Garonne et ancien ministre de Jean-Marc Ayrault, a quant à lui dénoncé le "hollande bashing" et parlé d'un "indigne appel". 

"Faux buzz médiatique" pour Aurélie Filippetti

L'ancienne ministre de la Culture et députée de Moselle et compagne d'Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti, a réagi elle aussi sur le réseau social jeudi soir, mais pour prendre la défense de son conjoint. Répondant à ces différentes critiques, elle a évoqué "un faux buzz médiatique immédiatement démenti".

Alors que Pierre Jouvet, secrétaire national PS aux fédérations, estimait que cela soulevait "des doutes" sur "la bonne tenue" de la primaire, l'ancienne ministre a dénoncé un "mensonge". Pas sûr que ces dénégations suffisent à éteindre la polémique.

Charlie Vandekerkhove avec AFP