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Jean Germain, l'universitaire tourangeau devenu conseiller des grands de l'Etat

Jean Germain en octobre 2013, devant l'hôtel de ville de Tours.

Jean Germain en octobre 2013, devant l'hôtel de ville de Tours. - Alain Jocard - AFP

Le sénateur socialiste, ancien maire de Tours pendant une vingtaine d'années, a été retrouvé mort ce mardi. Il devait comparaître ce même jour au procès "des mariages chinois", soupçonné d'avoir favorisé des malversations. L'émotion est vive parmi ses amis tourangeaux et dans sa famille politique, jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. Jean Germain était père de deux enfants.

Jean Germain ne s'est finalement pas présenté à sa convocation au procès dit des "mariages chinois". Le sénateur d'Indre-et-Loire, qui fut maire de Tours pendant 20 ans, n'aura pas supporté que son honneur soit ainsi mis en cause. "Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m'aiment, mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement", avait-il écrit, avant de se donner vraisemblablement la mort avec un fusil de chasse.

Dans la région de Tours, pour ses amis socialistes, mais aussi dans la classe politique tout entière et jusqu'au sommet de l'Etat, l'émotion est vive.

Un proche de Hollande et de Valls

A 67 ans, ce sénateur était considéré comme un proche de François Hollande. Il s'était rallié à lui après la campagne présidentielle de 2007, pendant laquelle il avait soutenu Ségolène Royal. Ancien universitaire, il conseillait le futur président de la République sur les questions d'éducation. Mardi, le président, après avoir adressé ses condoléances à sa famille, a fait part de "sa tristesse", après la mort d'un "grand élu".

L'engagement politique de Jean Germain remonte au début des années 2000. En 2003, il était membre du comité d'orientation scientifique de l'association "A gauche, en Europe", fondée par deux figures de la gauche, Michel Rocard et Dominique Strauss-Kahn.

Interrogé par BFMTV sur la mort du sénateur, Manuel Valls s'est dit "bouleversé" et a confié avoir perdu "un ami". "Il se trouve que nous étions très liés avec Jean Germain" qui a été "un élu extraordinaire" et a "changé en profondeur" sa ville, a continué le Premier ministre.

Maire de Tours pendant 20 ans

En dehors des conseils prodigués à François Hollande et de ses liens avec Manuel Valls, c'est surtout pas son action locale, en Touraine, que Jean Germain aura marqué l'époque. Avant d'être battu aux dernières municipales, il avait été maire de tours de 1995 à 2014 et président de la communauté de communes dès 2010. Un mandat qu'il cumulait depuis 2011 avec son mandat de sénateur et de nombreuses présidences d'organismes locaux, liés à l'événementiel, au tourisme, à l'équipement aux transports.

Pendant ses mandats, le maire aura profondément remodelé certains quartiers de Tours, tels ceux des Deux-Lions, Rochepinard ou le parc des expositions. Mais il aura surtout mené à terme le vaste chantier du tramway. Manuel Valls se rappelle l'inauguration du tramway: "Il était là, j'étais heureux qu'il soit là. Je savais qu'il avait à affronter un moment difficile, ce procès", a observé le chef de gouvernement. "Je pensais qu'il avait la force et la détermination pour pouvoir se confronter à la justice". "Jean était profondément tourangeau. Il portait en lui d'ailleurs une part de cette douceur du centre de la France. C'était un républicain, un laïc engagé, un enseignant", a-t-il encore dit. 

Un universitaire reconnu

Fils de pâtissier, Jean Germain, né le 11 septembre 1947, avait achevé ses études de droit par un doctorat. En toute logique, il était ensuite devenu maître de conférences en droit public, enseignant le droit constitutionnel et les finances publiques. De 1988 à 1993, il était devenu président de l'université François-Rabelais de Tours, accompagnant notamment l'ouverture de l'institution aux cursus européens, à travers les programmes Erasmus. Il avait alors été nommé inspecteur général de l'Education nationale. En 2011, ce poste lui avait valu d'être épinglé par la Cour des comptes, qui lui reprochait d'avoir occupé un emploi public quasi-fictif pendant 18 ans. L'ancien professeur de droit avait alors démenti ces allégations.

Père de deux enfants, Jean Germain était décrit par son entourage comme un fin cuisinier, ayant pour loisir le jardinage et la lecture, selon le site du Sénat.