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Lutte contre le jihadisme: les 110 propositions du Sénat pour rattraper le retard français

Trois membres du Raid lors de l'arrestation de Français suspectés de s'être rendus en Syrie, le 13 mai 2014 à Strasbourg.

Trois membres du Raid lors de l'arrestation de Français suspectés de s'être rendus en Syrie, le 13 mai 2014 à Strasbourg. - Frederick Florin - AFP

La commission d'enquête du Sénat sur la lutte contre le jihadisme rend son rapport mercredi. Parmi ses 110 propositions, une meilleure formation des magistrats et des enseignants, ainsi que des moyens supplémentaires pour le renseignement.

C’est un rapport attendu. La commission d’enquête du Sénat sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe présente ses conclusions mercredi. Coprésidée par la sénatrice UDI Nathalie Goulet et l'UMP Alain Reichardt, avec pour rapporteur le sénateur PS Jean-Pierre Sueur, la commission formule 110 propositions qui visent à résoudre une série de lacunes dans les lois, mais aussi dans le renseignement, jugé beaucoup trop faible.

Dans son rapport, la commission d’enquête pointe d'abord le retard pris par les autorités françaises dans la gestion des filières jihadistes. Le nombre de signalements de départs vers l’Irak ou la Syrie augmente dès 2012, mais il faut attendre le printemps 2014 pour qu’un plan anti-jihad soit annoncé. "On a réagi plus tard que les autres pays d'Europe", admet Jean-Pierre Sueur. "Aujourd'hui il y a 1.432 Français qui sont en Syrie et en Irak dans les combats. C'est près de la moitié des Européens qui sont là-bas".

La DGSI débordée?

Pour endiguer ce phénomène, la commission d’enquête préconise plusieurs mesures. Plusieurs d’entre elles mettent l'accent sur la prévention: il s'agit notamment de mieux former les magistrats ou les enseignants à la détection des profils radicalisés.

Autre proposition du rapport: le fonctionnement 24 heures sur 24 du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation. Créé l’an passé, c'est ce centre qui reçoit les signalements de dérives jihadistes. Une fois repérées, les personnes concernées seraient ensuite suivies en temps réel par un référent, avant d’être dirigées vers des programmes de réinsertion au cas par cas.

Mais ces propositions supposent des moyens. Or selon le rapport, les services sont déjà débordés. "Les effectifs à la DGSI étaient totalement insuffisants pour canaliser ce qui semblait être une menace nouvelle", constate Martin Pradel, avocat de jihadistes français. La commission propose donc de renforcer les effectifs, notamment en milieu carcéral.

Si ces propositions ont été adoptées à l'unanimité, d'autres ont en revanche été écartées, affirme Public Sénat. Il s'agit notamment de la question de la mise en place de statistiques ethniques, ou encore du prêche en français obligatoire dans les mosquées. Une mesure qui serait jugée anticonstitutionnelle.

A. K. avec Alexis Cuvillier