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Notre-Dame-des-Landes: un feuilleton politique vieux de 50 ans se referme

Des cyclistes à Notre-Dame-des-Landes en 2000.

Des cyclistes à Notre-Dame-des-Landes en 2000. - FRANK PERRY / AFP

Aucun aéroport ne verra finalement le jour à Notre-Dames-des-Landes, dans la Loire-Atlantique. Edouard Philippe l'a annoncé ce mercredi après le Conseil des ministres. Ce dossier avait accompagné l'actualité française depuis les années 60.

Lorsqu'on a pensé pour la première fois à construire un aéroport dans les pâturages de Notre-Dames-des-Landes, en Loire-Atlantique, le général de Gaulle présidait, Georges Pompidou gouvernait, et Air Inter disputait encore les cieux français à Air France. L'année où la "zone d'aménagement différé", cette fameuse ZAD appelée à la postérité, parfois rebaptisée "Zone à défendre" par les adversaires du projet, a été créée, Valéry Giscard d'Estaing entrait à peine à l'Elysée et le club de football phare de la région, le FC Nantes-Atlantique, terminait deuxième du championnat de France, loin derrière Saint-Etienne. Le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes est un feuilleton politique qui ne rajeunit personne.

Or, c'est ce dossier que le Premier ministre, Edouard Philippe, semble avoir refermé ce mercredi en annonçant son abandon. Vieux de plus de cinquante ans, il a connu de nombreux rebondissements. 

Dans les années 60, le choix du site se dessine 

Dans l'idée d'aménager le territoire local de manière à développer la région, sans engorger davantage l'aéroport nantais (qu'on appelle pas encore "aéroport de Nantes-Atlantique" mais de "Château-Bougon"), le préfet de Loire-Atlantique lance en 1965 la recherche d'un site pour un nouvel aéroport dans le Grand Ouest. La zone de Notre-Dame-des-Landes, site évoqué pour la première fois en 1967, est préférée à 17 autres. Ce choix est validé en 1970 par le Comité interministériel d'aménagement du territoire (Ciat).

En 1974, la création de la ZAD

Une zone d'aménagement différé (ZAD) de 1.225 hectares est créée sur le site de Notre-Dame-des-Landes, entraînant la préemption progressive de terres par le conseil général de Loire-Atlantique. Dans un reportage de l'ORTF, relayé par l'INA (ci-dessous), le maire de la commune à l'époque, Pierre Guillard explique alors la raison pour laquelle il a adhéré au projet: "Une ZAD dure 14 ans. Les agriculteurs concernés ont quant même 14 ans pour se reconvertir ou revoir leurs positions". 14 ans, un délai plein d'optimisme que ne semble pas partager un couple d'habitants: "On aurait autant aimé qu'il n'y ait pas d'aéroport. on sera obligé de partir!" disent-ils dans ce reportage. Un comité de défense de riverains se monte déjà: le collectif note l'inopportunité du projet en mettant en avant la crise de l'énergie et la crainte de suppressions de routes départementales. 

Années 80 et 90, le flou s'installe 

Dans les années suivantes, si les choses vont lentement, elles paraissent aller sûrement. La résignation l'emporte parmi les locaux opposés au projet. Un agriculteur interrogé par France 3 en 1992 lance: "On a tous plus ou moins laissé tomber. On ne peut pas s'opposer au progrès!". Si cette conception du progrès ne met pas tout le monde d'accord, personne ne s'accorde non plus sur la date de la réalisation de l'aéroport. En 1992, on évoque l'horizon 2007, quand douze ans plus tôt, on tablait sur 2025 ou 2030 à l'antenne de la chaîne régionale.

Le projet relancé en 2000

Le 26 octobre 2000, le Premier ministre socialiste Lionel Jospin relance le projet, mis en sommeil plus de 25 ans. Il voit dans ce site aérien potentiel un "véritable atout d'aménagement du territoire et de développement économique", a-t-il alors déclaré. Un débat public, mené jusqu'en 2003, n'apporte aucun consensus. Le décret déclarant le nouvel aéroport d'utilité publique (DUP) est publié le 10 février 2008 au Journal officiel, après avis favorable de la commission d'enquête.

Le tournant des années 2010: Vinci en première ligne, et l'opposition s'organise

Des militants anti-capitalistes commencent à occuper la ZAD en août 2009 après la tenue d'un "Camp action climat". En 2010, Vinci remporte en décembre l'appel d'offres pour la conception, le financement, la construction et l'exploitation du futur aéroport pour une période de 55 ans.

Suspendant l'opération "César", visant à expulser les occupants de la ZAD, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault met en place fin 2012 une "commission du dialogue". Celle-ci conclut en avril 2013 à l'utilité du projet, tout en recommandant une amélioration des mesures de compensation environnementales.

Quand les partisans de l'aéroport paraissent l'emporter

Le 30 octobre 2015, la préfecture de Loire-Atlantique annonce la reprise des travaux pour 2016, après le rejet en juillet des recours environnementaux déposés par les opposants et la confirmation par le Premier ministre Manuel Valls de la poursuite du projet. Le 25 janvier 2016, la justice valide l'expulsion des derniers agriculteurs et riverains historiques vivant sur la ZAD.

Le 26 juin 2016, les électeurs de Loire-Atlantique votent en faveur de la construction du nouvel aéroport, à plus de 55% des voix, lors d'une consultation organisée par le président de la République, François Hollande, qui promet que le résultat sera respecté. Malgré la validation par la justice des arrêtés autorisant les travaux, mi-novembre, le gouvernement de Bernard Cazeneuve abandonne le 9 décembre son objectif d'une évacuation de la ZAD, prévue à l'automne.

Ces dernières semaines, une ultime bataille d'experts avant l'abandon

Après une mission de six mois, trois médiateurs nommés par l'exécutif pour, "une dernière fois, regarder les choses" et "faire baisser la tension" sur ce dossier très contesté, remettent leur copie au Premier ministre, proposant deux options, soit la construction du nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, soit le réaménagement de celui existant de Nantes Atlantique. Le gouvernement promet une décision "claire" et "assumée" sur la poursuite ou non du projet avant fin janvier 2018. 

Le Premier ministre Edouard Philippe annonce lors d'une conférence de presse l'abandon du projet de construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, optant pour un réaménagement de l'aéroport actuel de Nantes Atlantique.

Robin Verner avec AFP