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Lettre aux Français: Macron balise les contours du grand débat national

Emmanuel Macron dévoile sa la lettre aux Français

Emmanuel Macron dévoile sa la lettre aux Français - MICHEL EULER / POOL / AFP

Le chef de l’État avait promis cette adresse aux Français lors de ses voeux, afin de détailler les contours du grand débat national, organisé pour répondre à la crise des gilets jaunes.

Elle doit lancer le grand débat national. Ce dimanche, la version définitive de la lettre aux Français d’Emmanuel Macron a été dévoilée. La missive, diffusée dans les médias et sur les réseaux sociaux, fait figure de mode d’emploi en vue du grand débat national, voulu par Emmanuel Macron pour répondre à la contestation sociale des gilets jaunes, et dont le coup d’envoi est prévu pour le 15 janvier.

En préambule, le président de la République a tenu à rappeler que la France n’était pas "un pays comme les autres". "Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités. Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités. Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune”, écrit le chef de l’État, qui rappelle aussi qu’en France, les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, "grâce à l’effort partagé par tous".

Les contours du grand débat national

Dans cette introduction, Emmanuel Macron a aussi tenu à démontrer qu’il avait entendu la colère qui s’exprime depuis le début du mouvement des gilets jaunes:

“En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires”, écrit le président.

L’occasion pour lui de détailler les grandes lignes du grand débat national, qui doit se dérouler jusqu’au 15 mars prochain. Sur plusieurs lignes, le président revient d'ailleurs sur le fonctionnement de cette consultation. Pour lui, "pas de questions interdites". "Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre", affirme le président.

Les thèmes du débat détaillés

Sur le débat en tant que tel l’objectif affiché est clair pour Emmanuel Macron: "rendre à la France sa prospérité pour qu’elle puisse être généreuse". Et d’ajouter: "car l’un va avec l’autre". Pour ce faire, le président revient sur les thèmes déjà dévoilés par le gouvernement, qui vont faire office de base au débat national. Le premier porte sur les impôts, les dépenses et l’action publique. "L’impôt est au cœur de notre solidarité nationale", explique Emmanuel Macron.

Le président profite de cette partie pour réaffirmer son opposition à rétablir l’ISF. "Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour corriger cela afin d’encourager l’investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d’être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable”, indique-t-il.

Dans la logique de la grande consultation nationale, le président profite de sa lettre pour, lui aussi, poser des questions. "Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité? Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire?...” Au total, une trentaines de questions sont posées par le chef de l’État. Ces dernières doivent notamment permettre de baliser le grand débat national.

Le président pose une série de questions

Le deuxième sujet évoqué par le président de la République recouvre les questions liées à l’organisation de l’État et des collectivités publiques. "Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux: école, police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale", rappelle le locataire de l’Élysée.

Sur ce point, à nouveau, Emmanuel Macron couche plusieurs questions sur le papier. Parmi elles: "Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales? Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens? A quels niveaux et pour quels services?".

Comme expliqué au moment de l’annonce de la tenue du grand débat national, le troisième volet portera sur la transition écologique. Un thème qui tient particulièrement à coeur à Emmanuel Macron.

"Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses contraintes des ménages en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes", estime le président.

Ce dernier juge qu’à ce sujet, plusieurs questions s’imposent, comme par exemple la façon dont il faut financer la transition écologique.

"Ni une élection, ni un référendum"

Enfin, le président aborde le dernier thème choisi par l’exécutif pour le débat national. Il s’agit des questions en lien avec la démocratie et la citoyenneté. Parmi les questions suggérées par le chef de l’État: "Faut-il reconnaître le vote blanc?" ou encore une question liée à une éventuelle limitation du nombre de parlementaires.

Dans la missive, le président rappelle que la citoyenneté "c'est aussi le fait de vivre ensemble". Ainsi, le président évoque un sujet jusqu’ici peu abordé: l'immigration.

"Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol: c’est le devoir de l’asile, qui ne saurait être remis en cause", écrit Emmanuel Macron.

En conclusion de sa missive, le président insiste sur le caractère inédit de ce débat. Mais pour lui, ce n’est "ni une élection, ni un référendum". “C’est, je crois, un grand pas en avant pour notre République que de consulter ainsi ses citoyens”, estime le président, qui appelle le plus grand nombre de Français à participer à cette large consultation, qui doit officiellement démarrer ce mardi.

Valentine Arama