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Les Républicains se penchent sur la question de l'islam à huis clos

Les Républicains consacrent leur première réunion de travail sur l'islam.

Les Républicains consacrent leur première réunion de travail sur l'islam. - Stéphane de Sakutin - AFP

Pour sa première réunion de travail, la nouvelle formation des Républicains, ex-UMP, va se pencher sur la question de l'islam en France. Une réunion qui dérange, même dans les rangs du parti, au point même que les principaux représentants musulmans de France ont décidé de ne pas participé au débat.

Le nouveau parti de Nicolas Sarkozy, Les Républicains, consacre ce jeudi sa première journée de travail à l'islam: une initiative contestée jusque dans ses rangs et boudée par le Conseil français du culte musulman (CFCM), qui redoute une "stigmatisation" de la deuxième religion de France.L'organisation de cette "journée de travail sur la question 'islam en France ou islam de France'" avait été annoncée le 7 février par le président de l'UMP, rebaptisée Les Républicains le week-end dernier.

Un mois après les attentats jihadistes de Paris, l'ancien chef de l'Etat avait lancé: "La question n'est pas de savoir ce que la République peut faire pour l'islam, mais ce que l'islam peut faire pour devenir l'islam de France". Formule qu'il a martelée depuis. Mais l'initiative n'a jamais fait consensus au sein du parti de droite.

Une "mauvaise idée", tance NKM

Sa vice-présidente, Nathalie Kosciusko-Morizet, s'est étonnée que la nouvelle formation issue de l'UMP puisse consacrer sa première journée de travail à l'islam, qui "n'est pas le seul sujet". "Mauvaise idée", a-t-elle jugé. En terrain meuble, les organisateurs de cette réunion "à huis clos", les députés Gérald Darmanin et Henri Guaino, font assaut de prudence quand ils en évoquent les contours.

"Sur un sujet aussi compliqué, nous privilégions la réflexion", dit le jeune maire de Tourcoing, dans le Nord, qui co-rédigera avec l'ancienne plume de Nicolas Sarkozy "un rapport" présenté au président des Républicains puis au bureau politique du mouvement avant d'être rendu public.

"Cette journée ne fera l'objet d'aucune communication sur le contenu des échanges, ni sur les enseignements auxquels ils pourraient conduire", ont prévenu les deux députés mercredi. Un voile pudique bien pratique, qui évitera également l'étalement des fortes divisions qui animent Les Républicains sur cette délicate question... 

Des représentants de "tous les cultes"

Concrètement, le parti réunit jeudi de 9h30 à 17h00 à son siège les membres de son bureau politique - dont NKM et, en début d'après-midi, Nicolas Sarkozy - et de sa commission exécutive, des maires de villes sensibilisés à ces questions (Mantes, Roubaix, Saint-Etienne...), des représentants de "tous les cultes" et des universitaires, assure Gérald Darmanin. La matinée sera consacrée à "la place des religions dans la République", l'après-midi plus particulièrement "à l'islam de France". Figure du parti, l'ancien Premier ministre François Fillon, en déplacement, a annoncé qu'il ne prendra pas part à cette journée de travail.

Mais le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance créée en 2003 par Nicolas Sarkozy - alors ministre de l'Intérieur -, a sèchement décliné l'invitation. "On ne peut pas participer à une telle initiative qui stigmatise les musulmans", a déclaré àAbdallah Zekri, membre du bureau exécutif du CFCM et proche de son président, le recteur de la grande mosquée de Paris.

"Depuis hier, Dalil Boubakeur subit des pressions pour se rendre à cette réunion, mais il n'ira pas", a-t-il ajouté. Abdallah Zekri, également président de l'Observatoire national contre l'islamophobie au CFCM, appelait depuis dix jours au boycott de cette journée de travail, échaudé par des déclarations UMP jugées hostiles aux musulmans. 

Un premier débat qui met "mal à l'aise"

Ainsi de celles du député-maire de Nice Christian Estrosi contre "les cinquièmes colonnes et leurs réseaux infiltrés dans nos caves, dans nos garages, dans les lieux clandestins". L'Union des organisations islamiques de France (UOIF), fédération influente sur laquelle Nicolas Sarkozy s'était appuyé en 2003, ne sera pas davantage représentée à la réunion.

"D'abord, nous n'avons pas reçu d'invitation", fait valoir son président Amar Lasfar, à la tête d'une organisation qui paie sans doute sa proximité avec la mouvance des Frères musulmans, taxée d'"islamisme" par ses détracteurs. "Ensuite, engager un débat avec une formation politique qui vient de naître et commence par l'islam nous met mal à l'aise", poursuit-il. Enfin, note le responsable, l'UOIF n'a guère goûté les déclarations de Nicolas Sarkozy "prônant l'interdiction du voile à l'université et des menus de substitution dans les cantines".

"On n'ira pas à ce genre de débat", tranche-t-il. Un débat sur lequel le porte-parole du gouvernement porte "un regard extrêmement inquiet". "Je voudrais savoir où ce parti qui se prétend républicain veut aller", a lancé Stéphane Le Foll mercredi à l'issue du Conseil des ministres.

Jé. M. avec AFP