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Insécurité: l'emploi du terme "ensauvagement" par Gérald Darmanin fait polémique

Ce vocable, issu d'un essai intitulé La France Orange Mécanique paru en 2013, avait rencontré un vif succès dans les milieux d'extrême droite.

La formule ne passe pas. Dans un entretien donné au Figaro vendredi, le nouveau ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a déclaré qu'il fallait "stopper l'ensauvagement d'une certaine partie de la société" et "réaffirmer l'autorité de l'État, et ne rien laisser passer". Une sortie faite à la veille d'un déplacement sur le thème de l'insécurité, qui se déroulait ce samedi matin à Nice.

Invitée sur le plateau de BFMTV ce samedi, Camille Chaize, porte-parole du ministère de l'Intérieur, commentait le choix de ce terme.

"Il y a différentes manières d’expliquer les choses, mais le constat il est là. Ce n’est pas seulement nous qui le faisons, si l’on parle avec des éducateurs sociaux, avec des professeurs des écoles, avec des élus locaux, ils nous parlent de cette augmentation de la violence. Les mots ont du sens, celui-ci est fort et au moins il marque les esprits. Maintenant, il faut agir et se donner les moyens contre cette violence", assure-t-elle.

Si le terme n'est pas inédit, c'est semble-t-il la première fois que le sarkozyste emploie, publiquement tout du moins, ce vocable étant jusque-là surtout cantonné aux sphères d'extrême droite.

Un terme populaire à l'extrême droite

Ce néologisme "d'ensauvagement" est issu d'un essai intitulé La France Orange mécanique, écrit par Laurent Obertone et publié en 2013. Un ouvrage dont la parution avait à l'époque été saluée par Marine Le Pen, mais aussi par Marion Maréchal, et dont les thèses avaient été vivement critiquées, notamment par Mediapart.

Dans les années 2017-2018, "l'ensauvagement" avait commencé à être repris marginalement au sein de la droite républicaine.

"Je suggère vivement à Gérald Darmanin de ne pas se contenter, comme ces (sic) prédécesseurs, de reprendre nos constats, mais plutôt de mettre en place nos solutions", a cinglé Marine Le Pen sur Twitter, accompagnant sa phrase du mot-dièse "ensauvagement".
"Je me rappelle d'un ministre de l'Intérieur, M. Chevènement qui parlait de 'sauvageons' (repris en 2016 par Bernard Cazeneuve, NDLR). Au fond, Gérald Darmanin s'inscrit dans cette lignée. (...) il ne me choque pas, parce que c'est une réalité", a défendu Christian Estrosi sur BFMTV depuis Nice, ce samedi matin.

Un terme "connoté"

"Je n'aime pas ce mot. Je n'aime pas ce mot dans la bouche d'un ministre de l'Intérieur, parce qu'il est à connotation, a jugé Eduardo Rihan-Cypel. On peut très bien signifier et lutter contre la délinquance et la criminalité sans créer des problèmes de langage qui vont insulter ou faire passer les gens pour des sauvages, pour des êtres primaires ou des non-humains", a condamné l'ancien député de Seine-et-Marne, conseiller national du Parti socialiste.

"C'est un terme extrêmement connoté politiquement", a également jugé sur notre antenne Aurélien Taché, député du Val-d'Oise anciennement rattaché à La République en marche (LaREM) et fondateur du mouvement politique "Nous demain".

Clarisse Martin et Thomas Soulié