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"Sauvageons", le mot de Cazeneuve qui ne passe pas chez les policiers

Des policiers devant l'hôpital Saint-Louis à Paris le 18 octobre au soir, pour soutenir leur collègue gravement brûlé.

Des policiers devant l'hôpital Saint-Louis à Paris le 18 octobre au soir, pour soutenir leur collègue gravement brûlé. - Geoffroy van der Hasselt - AFP

Le terme employé par le ministre de l'Intérieur, pour désigner les auteurs de l'attaque de Viry-Châtillon, est jugé inapproprié par les syndicats policiers.

Le mot a résonné comme celui de trop. Après l'attaque de policiers à Viry-Châtillon par des jeunes du quartier, les policiers sont en colère. Leur collègue gravement brûlé dans l'attaque au cocktail molotov va mieux. Son état est "en voie d'amélioration", a annoncé mercredi le patron de la police.

Mais les forces de l'ordre sont à bout, et ont tenu à le montrer. Exceptionnellement, une centaine de policiers ont manifesté dans la nuit de lundi à mardi, puis de mardi à mercredi, malgré leur devoir de réserve. Ils exigent des renforts, des moyens, se plaignent d'un surpris de gardes ou de "missions indues", et réclament des sanctions pour les auteurs de violences.

Ce mercredi, les appels à l'apaisement s'enchaînent. Les syndicats de policiers sont reçus par Bernard Cazeneuve puis par le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas. Ils ont également reçu le soutien de François Hollande, qui a appelé au "dialogue" avec les syndicats policiers.

"Une erreur sémantique"?

Mais les policiers ne décolèrent pas. Car depuis l'attaque de Viry-Châtillon samedi 8 octobre, un terme les agite encore davantage: Bernard Cazeneuve a qualifié sur RTL les auteurs de l'attaque de "sauvageons". Un terme qui a rappelé celui employé par Jean-Pierre Chevènement en 1999, pour désigner des mineurs multirécidivistes, coupables de délinquance classique. A l'époque, le ministre de l'Intérieur avait été critiqué et accusé d'exclure les "jeunes en difficulté" en utilisant cette expression.

Sept ans plus tard, ce mot ne passe toujours pas. Mais cette fois, c'est les policiers qu'il met en colère. "C'est une erreur sémantique", estime Luc Poignant, du syndicat SGP-FO. "Ce ne sont pas des sauvageons, mais des criminels". A ses yeux, le mot "sauvageon" est à peine un euphémisme:

"Un sauvageon, c'est un gentil garnement. On n'appelle pas sauvageon quelqu'un qui lance un cocktail molotov contre une voiture de police", s'emporte Luc Poignant, qui fustige "une erreur de communication" de la part du ministre.

Une manifestation silencieuse

Le dictionnaire Larousse désigne par sauvageon un "enfant farouche, qui a grandi dans l'abandon et sans éducation, comme un sauvage". Que voulait dire Bernard Cazeneuve? Le même jour, le ministre a rapidement précisé sa pensée: "Dans 'sauvageons', il y a 'sauvage' (…) C'est une véritable attaque barbare, qui était destinée à tuer", a-t-il affirmé.

Mais cela ne suffit pas. "On s'attendait à une expression de soutien beaucoup plus forte de la part du ministre", déplore Luc Poignant. Désormais, les syndicats réclament des actes "immédiats". "On ne veut pas non plus d'un plan qui serait retoqué par une nouvelle majorité quelques mois plus tard. Ce qu'il faut, c'est des plans pluriannuels, sur le long-terme", assène le policier. Pour maintenir la pression, le syndicat SGP-FO, appelle à une manifestation silencieuse mercredi 26 octobre, et encourage la population à participer.

Ariane Kujawski