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Soupçons sur le micro-parti "Jeanne", rouage essentiel du FN pour les élections

Candidate FN à Gravelines aux dernières municipales, Carole Van Hullebusch ne sait quoi faire des affiches de son kit de campagne qui lui sont restées sur les bras.

Candidate FN à Gravelines aux dernières municipales, Carole Van Hullebusch ne sait quoi faire des affiches de son kit de campagne qui lui sont restées sur les bras. - BFMTV

Dans son édition de jeudi, le quotidien Libération faisait un état des lieux de l'enquête judiciaire portant sur le financement des campagnes électorales du Front national. Au cœur du système, des kits de campagne accusés d'être surfacturés. Une ancienne conseillère municipale frontiste a expliqué à BFMTV le fonctionnement de ces kits.

Dans une enquête publiée jeudi, le journal Libération affirme que des proches de Marine Le Pen ont installé à l’intérieur du Front national un circuit de financement occulte des campagnes électorales, qui passe notamment par "Jeanne", le micro-parti politique de la présidente. D’après le journal, cette structure serait avant tout un organe financier qui prêterait de l’argent aux candidats, pour acheter un kit à des taux d’intérêts très élevés.

Les fameux kits ne sont pas fabriqués par Jeanne, mais par Riwal, une société proche du FN soupçonnée d’avoir surfacturé ce matériel de campagne. Un proche du patron de Riwal, Frédéric Chatillon, a affirmé au quotidien que celui-ci réalisait entre 40% et 50% de marge sur les kits de campagne au cœur de l'enquête. Ce système intéresse la justice: en janvier dernier, Frédéric Chatillon a été mis en examen pour "faux et usage de faux", "escroquerie", "abus de biens sociaux" et "blanchiment d’abus de biens sociaux".

"De l'argent gaspillé"

Pour mieux comprendre, BFMTV est allé à la rencontre de la tête de liste FN aux dernières municipales à Gravelines dans le Nord. Carole Van Hullebusch nous a expliqué le fonctionnement de ce kit de campagne obligatoire pour les candidats du parti frontiste.

Il lui a été facturé 2.550 euros et contenait des affiches, le journal de campagne, le site internet et une aide pour les comptes de campagne. La candidate a remboursé un prêt de 2.715 euros à "Jeanne", soit un taux d'intérêt de 6,5%, supérieur aux taux traditionnels des banques. Elle explique que la propagande fournie était très peu personnalisée et grosso modo la même pour chaque candidat.

Le kit contenait 400 affiches, mais Carole Van Hullebusch n'a pu en utiliser que 13, "de l'argent gaspillé", juge-t-elle, tout en confiant qu'elle aurait préféré travailler avec un imprimeur local.

"Le FN de l'extérieur c'est beau, mais il faut voir de l'intérieur"

Autre épine dans le pied du FN en ce moment, celle des candidats malgré eux. Plusieurs personnes affirment ainsi être candidats FN aux départementales contre leur gré. A ce sujet, Carole Van Hullebusch estime que plusieurs de ses colistiers se sont étonnés de voir leur nom sur la liste des dernières municipales. Elle-même affirme qu'on lui a "forcé un peu la main". Alors qu'elle s'était rendue au siège du FN de son département, simplement pour apporter son aide, elle s'est retrouvée rapidement propulsée tête de liste.

Novice en politique, Carole Van Hullebusch demandait à être appuyée par le parti. "Avant que je ne signe, tout le monde était avec moi et après il n'y avait plus personne", déplore celle qui claqué la porte du FN et démissionné de son mandat de conseillère municipale en novembre dernier.

Marine Le Pen n'a "rien à se reprocher"

Marine Le Pen balaie toutes ces accusations du revers de la main. Elle a affirmé jeudi que le Front National n'avait "rien à se reprocher" et a estimé que la justice ne cherchait pas la "vérité" mais à "démontrer que le FN serait comme les autres partis".

"Le problème de fond est que les banques, toutes les banques, refusent de prêter de l'argent pour financer les campagnes électorales", avance encore la patronne du Front national, tout en niant le fait que les candidats FN étaient obligés de recourir aux kits de campagne. Libération a maintenu ses informations vendredi, en publiant un document sur lequel est mentionné le caractère obligatoire du kit de campagne.

"Evidemment nous allons porter plainte contre Libération, comme nous l'avions fait contre le Nouvel Observateur", a également indiqué Marine Le Pen.

Karine Lambin avec Valériane Porcher