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Européennes: Jordan Bardella, le benjamin rompu aux tactiques militantes du RN

Jordan Bardella, tête de liste RN aux européennes, le 13 mai 2019

Jordan Bardella, tête de liste RN aux européennes, le 13 mai 2019 - AFP - Denis Charlet

PORTRAIT - La plus jeune tête de liste du scrutin et chef de file de Génération Nation est un pur produit du militantisme lepéniste, tombé très tôt dans le bouillon de la politique.

"Aujourd'hui dimanche 26 mai, le peuple français a fait entendre sa voix avec une force inattendue." Peu après 20h, Jordan Bardella, 23 ans célèbre la victoire de la liste Rassemblement national qu'il menait aux élections européennes. "Le peuple français a infligé ce soir une sanction claire ainsi qu'une leçon d'humilité au Président de la république qui a choisi d'engager toute son autorité dans la campagne", ajoutait-il, suivant la rhétorique utilisée depuis plusieurs semaines par le parti d'extrême-droite. 

"Vous avez été très bien formé aux éléments de langage." Le soir du 15 mai, durant le débat qui l'opposait sur notre antenne à Nathalie Loiseau, Jordan Bardella avait d'ailleurs été attaqué sur un possible formatage. Un bon mot en riposte à l'accusation, martelée méthodiquement par le Rassemblement national, de collusion de La République en marche avec un parti européen un temps financé par Bayer-Monsanto.

Propulsé à l'âge de 23 ans tête de liste RN pour les européennes, Jordan Bardella est, indubitablement, un pur produit du militantisme frontiste. Né en 1995 à Drancy, en Seine-Saint-Denis, dans une famille modeste et d'origine italienne, Jordan Bardella est tombé très tôt dans le bouillon de l'engagement politique. À 16 ans, il prend sa carte au Front national, "séduit" par une Marine Le Pen qui vient d'en prendre les rênes.

Ascension fulgurante

Baccalauréat économique en poche - mention "très bien" -, il obtient une bourse pour ses études et se fait vite repérer par la nouvelle patronne du FN et son bras-droit, le souverainiste Florian Philippot. À 19 ans, Jordan Bardella se voit confier la fédération frontiste du 93, où il dénonce "l'ensauvagement ininterrompu" d'un territoire devenu un "parc d'attraction pour délinquants".

De là, l'ascension est ininterrompue. Après les élections régionales de décembre 2015, il cofonde l'éphémère collectif "Banlieues patriotes", sorte d'avant-poste du combat frontiste contre "l'islam politique" dans les quartiers difficiles. "Musulmans peut-être mais Français d'abord", peut-on lire sur les tracts distribués à l'époque à Montfermeil par le jeune élu. 

Abandonnant ses études de géographie pour se consacrer à plein temps à la politique, il devient porte-parole du FN quelques mois après l'élection présidentielle de 2017, qui a vu Marine Le Pen subir un cinglant revers au second tour. Du moins en termes d'image, puisque le mouvement frontiste, lui, a tout de même recueilli plus de 10,6 millions de suffrages, chiffre jamais atteint depuis sa fondation en 1972.

"Il coche de nombreuses cases"

Au congrès "refondateur" de mars 2018, où le parti créé par Jean-Marie Le Pen se mue en Rassemblement national, Jordan Bardella prend la tête de Génération Nation, ex-Front national de la Jeunesse. Il intègre par ailleurs le bureau national du mouvement.

La campagne des européennes approchant, son nom commence à circuler de manière insistante pour conduire la liste RN. Certains craignent un candidat un peu trop vert pour une telle charge, d'autres misent sur le fait que "la star" sera davantage la liste elle-même que sa tête. Par ailleurs, Jordan Bardella entretient des liens étroits avec la Ligue de Matteo Salvini, un "modèle" selon le conseiller régional francilien.

"Il coche de nombreuses cases. Il est issu de l’appareil, c’est un exemple de méritocratie et il a un profil intéressant", vante alors auprès du Parisien Philippe Olivier, conseiller et beau-frère de Marine Le Pen.

"Une révélation"

À l'instar des principales formations d'opposition à Emmanuel Macron, le RN mise sur la carte "jeune" pour ce scrutin, "repolitisé" par le retour de la circonscription national unique.

Pour l'heure, le coup de poker de Marine Le Pen s'avère gagnant. La majorité des sondages placent le RN devant LaREM dans les intentions de vote pour le 26 mai. Même dans les rangs de la macronie, certains reconnaissent sans ambages le talent oratoire et rhétorique de l'élu francilien.

"Ça m'attriste, mais je pense que le RN sera largement en tête. Et Bardella, c'est une révélation, il faut être lucide", glissait il y a quelques jours un député LaREM auprès de BFMTV.com.

Emploi fictif?

Reste que l'un des principaux atouts initiaux de l'intéressé, à savoir le fait de ne pas avoir été éclaboussé par les affaires judiciaires qui pèsent sur le RN (et qui ont débouché sur des mises en examen), a été récemment écorné par des révélations de Challenges.

En avril, l'hebdomadaire affirme que Jordan Bardella a été, pendant plus de quatre mois, assistant parlementaire de l'eurodéputé RN Jean-François Jalkh. Le nom du jeune homme apparaîtrait "sur un listing de 2017 transmis à la justice française et évaluant le préjudice subi par le Parlement européen 'du fait d'un usage irrégulier de l'indemnité d'assistant parlementaire'".

S'agissait-il d'un emploi fictif? Jordan Bardella s'en est défendu en confirmant avoir occupé ce poste "à mi-temps" pendant sa "deuxième année de fac". L'expérience n'apparaissait pas, jusque là, dans sa biographie. "Je ne suis mis en cause nulle part par la justice française", a-t-il déclaré sur France 3 après la publication de l'article de Challenges.

Jules Pecnard