BFMTV

FN 2002-2017: ce qui a changé en 15 ans

Marine Le Pen est arrivée.

Marine Le Pen est arrivée. - BFMTV

Le peu d'émoi suscité par la présence du Front national au second tour de l'élection présidentielle traduit le succès de la stratégie de "dédiabolisation" du FN et l'échec des membres du "front républicain".

À quoi reconnaît-on la banalisation du Front national? Certainement au gouffre qui sépare la mobilisation populaire provoquée par la qualification au second tour de Jean-Marie Le Pen, le 21 avril 2002, de la relative passivité de l'opinion après la qualification de sa fille, le 23 avril 2017.

Sans doute, aussi, à la différence de traitement médiatique entre ces deux événements: "NON", titrait alors Libération, "À une marche", titre cette fois le quotidien. Sûrement, enfin, au contraste entre la gravité solennelle de Jacques Chirac et le sourire enjoué d'Emmanuel Macron.

Différence de ton

Deux entre-deux tours aux antipodes, et ce dès le premier discours suivant les résultats: "Aux millions de Françaises et de Français qui m'ont ce soir fait confiance, en votant pour moi, je veux dire merci. Je veux dire que j'en mesure la charge, et c'est ce soir une joie grave, lucide qui m'habite", a ainsi déclaré Emmanuel Macron, avant de fêter sa qualification à La Rotonde.

"Aujourd'hui, ce qui est en cause, c'est notre cohésion nationale, ce sont les valeurs de la République. Aujourd'hui, ce qui est en cause, c'est l'idée même que nous nous faisons de l'Homme, de ses droits, de sa dignité. C'est l'idée que nous nous faisons de la France (...)."

Une différence de ton qui a conduit François Hollande à tirer la sonnette d'alarme ce mardi, dans un avertissement à son ancien protégé: "Je pense qu'il convient d'être extrêmement sérieux et mobilisé, de penser que rien n'est fait parce qu'un vote ça se mérite, ça se conquiert, ça se justifie, ça se porte." Réponse sèche de l'intéressé, quelques heures plus tard: "Certains se réveillent avec la gueule de bois (…) Ils n’avaient qu’à s’activer avant. Ils ont nourri le Front national", lance le leader d'En Marche!, qui "assume totalement".

Échec du front républicain, succès de la "dédiabolisation"

L'attitude de l'ancien ministre de l'Économie ne fait qu'illustrer la conviction nettement répandue que le Front national se heurtera toujours à un "plafond de verre", conviction au nom de laquelle Christine Boutin a par exemple annoncé qu'elle voterait Marine Le Pen pour affaiblir un Emmanuel Macron, qu'elle pense élu à coup sûr. Ce cas isolé marque cependant une autre différence avec 2002: alors que la gauche avait appelé, unanime, à voter pour Jacques Chirac, l'appel au "front républicain" est nettement plus flou en 2017.

Les stratèges de la "dédiabolisation" du Front national peuvent se réjouir: le fond xénophobe, nationaliste du parti d'extrême droite dilué dans un discours social et sécuritaire, l'étiquette "FN" ne suffit plus pour coaliser les partis politiques contre les candidats du parti des Le Pen. 

La droitisation initiée par Nicolas Sarkozy conduit aujourd'hui une partie des Républicains, représentée par Laurent Wauquiez, Eric Ciotti ou Bruno Retailleau, à se réfugier dans le "ni-ni". L'abysse idéologique qui sépare En Marche! de la France insoumise débouche, lui, à l'absence de consigne de vote de la part de Jean-Luc Mélenchon, pourtant farouche opposant de Marine Le Pen. 

Cet entre-deux-tours traduit donc, avant tout, un échec politique du "front républicain" dépassant le seul cas du leader d'En Marche!. En 2002, Jacques Chirac refusait de débattre avec Jean-Marie Le Pen en ces termes: "Pas plus que je n'ai accepté dans le passé d'alliance avec le Front national, je n'accepterai pas de débat avec son représentant. Je ne peux pas accepter la banalisation de l'intolérance et de la haine." Emmanuel Macron débattra pour sa part avec Marine Le Pen le 3 mai prochain.

Louis Nadau