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Rentrée compliquée pour le Front national

Marine Le Pen

Marine Le Pen - DENIS CHARLET / AFP

C'est affaiblie et empêtrée dans les ennuis judiciaires et financiers que Marine Le Pen entame cette nouvelle année. Certains lui prêtent même l'envie de raccrocher.

Ennuis judiciaires, problèmes financiers, remise en question politique. L'année 2018 commence de manière compliquée pour Marine Le Pen. Le 19 décembre dernier, la présidente du Front national est même allée frapper à la porte du Premier ministre, Edouard Philippe, après avoir consulté le président. Depuis que la Société générale a fermé ses comptes, le FN cherche une banque de remplacement.

"Edouard Philippe a reçu madame Le Pen pour écouter dans le détail ses griefs. Il nous a indiqué que nos problèmes seraient étudiés. Mais il ne nous a pas dit qu'il avait des solutions" explique Wallerand de Saint Just, le trésorier du mouvement. 

Sa requête est pour l'instant restée sans réponse. "Toutes les banques françaises et européennes nous ont refusé. Nous devons donc vivre très sobrement", ajoute le dirigeant frontiste à BFMTV.

Conséquence immédiate: la patronne du FN est de retour à Nanterre, au siège du mouvement. Elle qui rêvait d'un nouvel écrin pour son parti, moins hostile et plus central au moment de sa grande refondation. Elle doit donc redémarrer dans ce triste siège qu’elle déteste.

Cachez ce nom qu'elle ne saurait voir 

Par ailleurs, Marine Le Pen veut changer le nom du parti. Encore trop sulfureux, encore trop répulsif. Peut-être qu'en enterrant le Front national, elle enterrera ses ennuis avec. Mais ses adhérents et ses cadres ne l'entendent pas de la même oreille.

D'après RTL, 80% des militants interrogés sont contre. Une information démentie par Marine Le Pen, mais certains membres du parti reconnaissent qu’une majorité d’adhérents s’est en effet opposée au fait que le FN s’appelle autrement. Et puis certains cadres eux-mêmes sont plus que dubitatifs: "On risque de perdre notre identification. De déboussoler totalement nos électeurs", confie l'un d’entre eux. "Il y à la question du timing. La période est difficile, ce serait plus approprié en pleine dynamique" abonde un autre.

Mater dolorosa

Le temps d'une campagne présidentielle jusqu'au second tour paraît bien loin. Où est passée la Marine le Pen offensive, qui imposait son tempo aux médias, aux politiques, à coup de polémiques? La présidente du FN est fatiguée, "physiquement et psychologiquement", selon son entourage. "Ses problèmes de dos sont un peu les stigmates de la présidentielle" reconnaît un proche, qui nuance cependant: "Pas facile de savoir ce qu'elle pense, il faut reconnaître qu'elle donne plutôt le change." 

Au Front national, le sujet du leadership de la patronne est tabou. Mais en coulisses, une question hante les troupes. La cheffe pourra-t-elle se relever de son débat raté? "C'est une grosse inquiétude" s’épanche un frontiste. "Il y a des électeurs et des cadres qui ont tiré un trait définitif sur elle. D’autres qui se posent la question de savoir si elle est en position pour 2022."

Sortir la tête de l’eau

D'ici là, il faut passer 2018. Une année sans élection, où il faudra bien exister. Le parti mise sur deux grands chantiers: sa refondation -avec le Congrès de mars prochain-, et les élections européennes. D’après un sondage Ifop pour Le Figaro, si ces élections avaient lieu aujourd’hui, le FN serait le premier opposant à Emmanuel Macron, avec 17% contre 26% pour LREM.

En attendant ce scrutin, Marine Le Pen va tenter de surfer sur l’actualité du moment pour se faire entendre. La dirigeante frontiste donnera une conférence de presse ce mercredi 9 janvier sur la sécurité à l’Assemblée nationale. Avant des vœux tardifs à la presse, le lundi suivant, au siège de Nanterre. "Nous devons repenser nos rapports à la presse", avait reconnu Marine Le Pen en septembre dernier à Toulouse. Des intentions qui peuvent participer à la réinvention du Front national. 

Agathe Lambret