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Tout en dénonçant le racisme, Macron soutient les forces de l'ordre et rejette le communautarisme

Contraint par les récentes mobilisations contre le racisme et les violences policières à prendre position publiquement sur le sujet, le chef de l'État a fermement rejeté tout accommodement vis-à-vis du communautarisme.

Il a été contraint par l'actualité à sortir du strict cadre du déconfinement et de l'après-Covid. Lors de son allocution télévisée de ce dimanche, sa quatrième depuis le mois de mars, Emmanuel Macron a adressé les tensions qui secouent la France depuis le meurtre de George Floyd aux États-Unis. Promettant que lui et son gouvernement seraient "intraitables face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations", le chef de l'État s'est montré tout aussi ferme dans sa défense des forces de l'ordre.

"Nous ne bâtirons pas notre avenir dans le désordre. Sans ordre républicain il n'y a ni sécurité, ni liberté", a-t-il affirmé, paraphrasant en substance Charles Péguy. "Cet ordre, ce sont les policiers et les gendarmes sur notre sol qui l'assurent. Ils sont exposés à des risques quotidiens en notre nom c'est pourquoi ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation."

"Je nous vois nous diviser pour tout"

Pour une partie de la jeunesse, notamment celle qui milite au côté de la famille d'Adama Traoré et qui s'est mobilisée samedi dans plusieurs villes de France, le propos risque de sonner comme une fin de non-recevoir. Il sonne aussi comme un rattrapage, après le cafouillage provoqué par les prises de parole confuses du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. 

Plus globalement, Emmanuel Macron a claironné le besoin d'"unité autour de la République". "Je nous vois nous diviser pour tout et parfois perdre le sens de notre Histoire. Nous unir autour du patriotisme républicain est une nécessité", a-t-il affirmé, avant de reconnaître brièvement qu'il persistait ici ou là, en France, des inégalités tributaires des origines ou de la religion de certains. 

Face à ce défi, le président de la République a promis de "lutter contre le fait que le nom, l’adresse, la couleur de peau réduisent encore trop souvent encore l’égalité des chances que chacun doit avoir".

"La République ne déboulonnera pas de statue"

Fidèle à sa volonté d'arpenter une ligne de crête sur ces questions, le président de la République a ensuite qualifié de "dévoyé" le combat antiraciste "lorsqu'il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé".

"Ce combat est inacceptable lorsqu’il est récupéré par les séparatistes. Je vous le dis très clairement ce soir mes chers compatriotes, la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. La République ne déboulonnera pas de statue", a-t-il insisté. 

En disant cela, Emmanuel Macron fait directement référence aux divers appels à rebaptiser certains lieux et à retirer les édifices rendant hommages à des personnalités issues, en particulier mais pas seulement, de notre passé esclavagiste ou colonial. 

"Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires, notre rapport à l’Afrique en particulier, pour bâtir un présent et un avenir possible, d’une rive l’autre de la Méditerranée avec une volonté de vérité et en aucun cas de revisiter ou de nier ce que nous sommes", a conclu le locataire de l'Elysée.

Régulièrement soupçonné d'être mal à l'aise sur ces sujets explosifs, ou du moins de vouloir ménager la chèvre et le chou, Emmanuel Macron a donné la part belle au régalien, tout en tentant de ménager ceux qui, à gauche, se reconnaissent dans le combat antiracisme. Un "en même temps" qui devrait perdurer jusqu'à la grande explication qu'il a promis de faire durant l'été. Reste à savoir s'il sera suivi d'un chamboulement au niveau ministériel.

Jules Pecnard