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"Offshore Leaks": la plus grande fuite de documents secrets

Dans ces fichiers, plus de 26 Go de fichiers confidentiels venant entre autre de la Portcullis TrustNet à Singapour.

Dans ces fichiers, plus de 26 Go de fichiers confidentiels venant entre autre de la Portcullis TrustNet à Singapour. - -

La publication surprise de noms de personnalités du monde entier liées à des activités économiques dans des paradis fiscaux choque l'opinion ce jeudi. BFMTV.com explique les coulisses de cette opération qui a mobilisé 86 journalistes de 46 pays.

Les chiffres donnent le tournis. 2,5 millions de fichiers confidentiels, de relevés, de copies de passeport, fragments de correspondance… Qui concernent quelque 120.000 sociétés offshore et 130.000 personnes, dont 130 Français. Une véritable mine, pour documenter des institutions qui comptent parmi les plus opaques de la planète.

Le Monde, avec les 38 journaux du monde entier partenaires de l'opération, publient ce jeudi des révélations issues de la plus grosse fuite de documents secrets jamais organisée. Ils offrent au monde les entrailles des deux sociétés offshore basées dans des paradis fiscaux, créant dans de nombreux pays des scandales en cascade.

"Il n’y a jamais eu aucun média qui ait eu une telle mine d’informations sur les paradis fiscaux", annonce Serge Michel, qui s’est occupé de l’opération pour Le Monde en tandem avec Anne Michel. Cette fuite est estimée par le quotidien belge Le Soir, partenaire de l’opération, 162 fois plus importante que tout ce que Julian Assange a pu rendre public. Son envergure est mondiale: depuis ce jeudi matin, les journaux de 40 pays en font leurs gros titres.

Comment a-t-on mis la main sur ces données?

Cette fuite monstrueuse est arrivée sous la forme d’un colis postal. Il y a plus d’un an, Gerard Ryle, journaliste d’investigation français et fraîchement nommé directeur de l’Icij (le consortium international des journalistes d’investigation, basé à Washington), reçoit à son domicile australien un disque dur dans une boîte noire. Dedans, plus de 260 Go de fichiers confidentiels venant de deux sociétés de services offshore, Portcullis TrustNet à Singapour et Commonwealth Trust Limited, dans les îles Vierges britanniques.

Gerard Ryle enquêtait déjà depuis trois ans sur un dossier australien impliquant des paradis fiscaux, le Firepower Scandal, c’est dans ce contexte que ce paquet est arrivé entre ses mains.

Qu'y avait-il dans le disque dur?

L'Icij, qui développe les implications de sa révélation sur son site web, trouve dans ces données des registres, 2 millions de mails, des papiers administratifs, des mémos internes, des tableaux de données, des copies de passeports… Une grande richesse, et aussi de quoi être perdu. Car, contrairement aux données de Wikileaks, ces documents ne sont pas du tout exploitables tels quels.

Les données sont complètement brutes, elles ne peuvent faire l’objet d’un traitement automatisé. "Rien n’est organisé, tout est très disparate et fragmentaire", confirme Serge Michel.

Qu'est-ce que "Le Monde" a fait de ces données?

Si Le Monde a été choisi, c’est parce que le journal était déjà en lien avec l’Ijic pour avoir publié deux de ses enquêtes par le passé. Chacun des médias partenaires s’est vu remettre un jeu de données partiel préparé en amont, correspondant aux données de son pays. De nombreux échanges ont eu lieu entre les différents journaux concernés au travers d'un forum internet sécurisé.

C’est Anne Michel qui est allé chercher le dossier France, il y a deux mois en Espagne, ainsi qu’elle le raconte sur LeMonde.fr. S’en sont suivies des semaines de jeu de piste, comme en témoigne Serge Michel: "Anne a commencé par creuser sur les 130 noms. Nous avons croisé et recroisé énormément de documents, vérifié les prête-noms qu’on retrouvait dans d’autres documents… C’est comme un très grand puzzle à assembler. C’est tellement disparate qu’il faut faire des recherches très ciblées, très précises."

Le Monde a mené des recherches de son côté pour évaluer la crédibilité de ces informations, et les a considérées suffisamment fiables: "La plupart des gens qu’on a contactés ont admis immédiatement et corroboré ces données, tout en précisant que cela n’avait rien d’illégal."

Et maintenant?

La publication de ces données a été décidée par les médias partenaires dès fin février, selon Serge Michel. Le timing correspondant avec l’aveu de Jérôme Cahuzac est donc complètement fortuit. Le Monde, le Guardian, Le Soir, Le Matin, etc. ont commencé à diffuser leurs découvertes et continueront à rythme soutenu pendant quelques jours. Le scandale se déclenche tout autour du globe.

Outre Jean-Jacques Augier, Le Monde prévoit des révélations: la famille Rotschild, les frères Grosman (propriétaires de l’enseigne Celio) mais aussi la BNP Paribas et le Crédit agricole, qui auraient aidé des européens à monter des sociétés offshore. Le nom de Cahuzac pourrait revenir, il n’apparaît pas dans la liste française mais la fiduciale qui s’est occupée de ses avoirs, Reyl, figure dans la liste suisse.

Tout ne sera pas bon à être publié, précise Serge Michel: "Nous avons décidé de ne publier que les noms qui ont une signification politique ou économique. Nous n’avons pas vocation à sortir le nom d’un simple notable qui aurait caché de l’argent sur un compte offshore."

Il n’y a pour le moment eu aucune demande de la part d’autres médias français à accéder à cette liste, mais si cela se produit, l’Icij devra donner son accord avant toute transmission des fichiers.

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