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Municipales: après Villani à Paris, d'autres candidats peuvent-ils créer la discorde chez LaREM?

Le député de l'Essonne a annoncé ce mercredi sa candidature à Paris malgré l'investiture de Benjamin Griveaux par le parti macroniste. Dans d'autres villes, certains impétrants déçus pourraient être tentés de suivre l'exemple du mathématicien.

Après l'entrée officielle en dissidence de Cédric Villani à Paris, les dirigeants de LaREM sont contraints de formuler des vœux pieux. "J'en appelle à la responsabilité de chacun de nos marcheurs", a réagi ce mercredi la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, quelques minutes après la déclaration de candidature du député de l'Essonne aux élections municipales. Selon elle, il faut "admettre que parfois on n'est pas l'élu". Difficile d'imaginer que de tels propos suffisent à éviter les rébellions.

Si le scénario parisien, potentiellement catastrophique pour LaREM, semble pour l'instant circonscrit à la capitale, d'autres pourraient être tentés de s'en inspirer. Et, ce faisant, multiplier les pieds de nez à la macronie et compliquer une implantation locale qui reste à faire. 

"Problèmes éthiques"

À Lille, même si la température semble avoir baissé, les rapports entre la candidate investie par LaREM et sa concurrente ne sont pas au beau fixe. La députée du Nord Valérie Petit, à laquelle la commission nationale d'investiture (CNI) a préféré l'ex-socialiste Violette Spillebout pour briguer la mairie, a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne ferait pas campagne pour celle-ci. 

"Le choix fait par la CNI me pose des problèmes éthiques. Je suis donc dans l'objection de conscience", a expliqué Valérie Petit à l'AFP jeudi dernier. 

L'élue LaREM a laissé planer, un temps, le doute sur sa volonté d'entrer en dissidence active. Dès le mois de janvier, Valérie Petit affirmait subir des "pressions" de la part des marcheurs lillois. Elle dénonçait les "vieilles pratiques" de ceux qui s'estiment "candidats naturels". Ancienne directrice de cabinet de Martine Aubry, Violette Spillebout tient pour l'heure la corde, le calcul étant qu'elle sera plus en mesure d'affronter la maire sortante si celle-ci décidait de briguer un quatrième mandat. 

"Les gens sont bavards"

Du côté de la CNI de LaREM, on met en doute la possibilité que d'autres foyers de divisions s'embrasent. "Les gens sont bavards, ils ont un noyau de groupies de cinq personnes qui se donnent l'impression d'être 50 grâce aux réseaux sociaux", soupire l'un de ses membres auprès de BFMTV.com.

"Est-ce qu'un type qui fait une réunion de presse avec quatre ou cinq journalistes en disant, 'je vais être candidat', c'est suffisamment crédible? On peut se poser la question", ajoute-t-il. 

Le parti présidentiel s'en trouve réduit à observer si la décision de Cédric Villani fera tache d'huile. À Nice par exemple, où Christian Estrosi compte se représenter avec ou sans le soutien de LaREM, la situation se crispe. Le député des Alpes-Maritimes Cédric Roussel, à l'instar des macronistes niçois, n'est pas partisan d'une alliance avec l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qu'il juge trop droitier. Interrogé par L'Express, il dit vouloir s'appuyer sur un socle plus à gauche, sans préciser s'il défendra ses propres couleurs, au risque de donner l'avantage à Éric Ciotti, frère ennemi de Christian Estrosi. Pour les instances parisiennes de LaREM, le pragmatisme est de mise:

"Estrosi est un allié objectif. Il ne souhaite pas qu'on fasse de liste contre lui au premier tour et il demande quelques concessions. On n'est pas là pour rouler pour Ciotti, tout de même! C'est tout ce qu'il attend, qu'on fasse les lourdeaux en laissant un candidat autonome se présenter."

Tensions à Montpellier

D'autres cas sont à souligner. À Montpellier, le maire sortant Philippe Saurel répète depuis plus d'un an qu'il ne souhaite pas obtenir l'investiture de LaREM pour briguer un second mandat. Il a néanmoins donné les signaux qui convenaient, à savoir soutenir Emmanuel Macron à l'élection présidentielle puis la liste Renaissance aux européennes.

"Ce n'est pas notre meilleur allié, mais ce sera notre allié, dans un contexte qui ne nous apportera pas toute satisfaction. Mais il bénéficie d'un large soutien à Montpellier, c'est un fait", dit-on à la CNI.

La position de Philippe Saurel incitera-t-elle d'autres figures locales à viser l'investiture? Comme le rapportait Libération en juillet, le bouillonnant député LaREM de l'Hérault Patrick Vignal pourrait se lancer... à ses risques et périls. "S'il se présente en dissident il aura quelques bricoles. Il a peut-être envie de rester député, le garçon", nous souffle un cadre LaREM. 

Spectre de l'exclusion

Le cas de Marseille n'étant pas encore tranché, il reste celui de Besançon, où le député Éric Alauzet est le candidat macroniste officiel. Le maire ex-PS sortant, Jean-Louis Fousseret, qui ne se représente pas, aurait préféré que Alexandra Cordier, référente LaREM du Doubs, lui succède. La CNI a estimé qu'elle ne disposait pas de réseaux locaux assez solides pour garantir une victoire.

Pourtant, les marcheurs se voient en position de "challengers" à Besançon, ce qui interroge d'autant plus que Éric Alauzet et Alexandra Cordier sont à touche-touche dans les sondages (18 et 16%, respectivement). De quoi inciter celle-ci à temporiser.

"Je continue à croire à l’unité. L’étape d’après, c’est de réfléchir à une candidature. Cédric Villani va offrir cette option à beaucoup de marcheurs", a-t-elle déclare à L'Opinion

Peut-être le spectre d'une exclusion éventuelle du mouvement pèsera-t-il dans la balance, quel que soit le dissident. Pour l'heure, rien de tel ne semble prévu pour Cédric Villani.

"Quand je regarde l'éventail des possibilités, celle de le laisser aller au bout de la campagne avec une candidature solide me paraît préjudiciable pour LaREM", peste un macroniste. "Cette maison a un besoin de maturation", ajoute-t-il.
Jules Pecnard