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Municipales 2020: à un mois du scrutin, que disent les sondages dans les dix plus grandes villes?

Une vue aérienne de Marseille.

Une vue aérienne de Marseille. - AFP

Dans toutes les grandes villes, ce sont les majorités sortantes, dont certaines sont soutenues (plus ou moins officiellement) par La République en marche, qui ont la faveur des électeurs. Pour l'instant.

À un mois de l'échéance, les rapports de force peuvent encore être bouleversés. Les élections municipales des 15 et 22 mars 2020, à bien des égards inédites dans leur physionomie politique, méritent toutefois que l'on se penche d'ores et déjà sur les sondages.

Dans les dix plus grandes villes de France, l'enjeu est capital: au pouvoir mais dépourvu d'ancrage local, La République en marche est contrainte de planter son drapeau là où cela sera le plus visible. D'où l'intérêt pour les macronistes d'y porter des candidatures autonomes rassembleuses ou d'y soutenir des majorités sortantes qui ont le vent en poupe. 

Cela tombe bien, ce sont lesdites majorités sortantes qui, selon les plus récentes enquêtes, ont les faveurs des électeurs dans les principales métropoles françaises. Certains bénéficient d'une avance plus marginale que d'autres. BFMTV.com fait le point sur les rapports de force qui s'y jouent.

Paris: Hidalgo fragilisée mais servie par les problèmes de LaREM

Le scrutin parisien est un jeu à beaucoup d'inconnues. Une incertitude renforcée par le retrait surprise de Benjamin Griveaux, qui a abandonné suite à la diffusion de vidéos intimes à son insu.

Si l'on s'en tient au sondage Odoxa effectué en janvier pour Le Figaro, la maire sortante Anne Hidalgo - qui s'est lancée sous l'étiquette transpartisane "Paris en commun" - fait la course en tête. Il faut par ailleurs rappeler qu'au sein de la capitale, l'élection se joue par arrondissement, ce qui relativise la portée des études d'opinion effectuées à l'échelle de la ville entière.

La socialiste y recueille 23% des intentions de vote, suivie par l'ex-ministre sarkozyste Rachida Dati qui pointe à 20%. Quatre points de plus que le candidat investi par La République en Marche, Benjamin Griveaux, qui était alors crédité de 16% des suffrages. Juste derrière se place l’écologiste David Belliard (14%) et le dissident de LaREM, Cédric Villani (10%). De quoi augurer d'un jeu ouvert jusqu'au bout.

Lyon: guerre fratricide à la Métropole

La capitale des Gaules a tous les airs d'un champ de bataille shakespearien. Particularité lyonnaise, ces élections municipales se joueront en même temps que les métropolitaines, dont les enjeux politiques sont considérables. C'est pour cela que le maire sortant, Gérard Collomb, tenait à conquérir une Métropole qui a bénéficié d'importants transferts de compétence. Problème: il s'est heurté à la défiance de son ancien dauphin, David Kimelfeld, qui plutôt que de rendre sagement les commandes après le départ de Gérard Collomb du ministère de l'Intérieur, a décidé de s'y présenter également. 

Après avoir été au vert, les voyants du candidat investi par LaREM ont légèrement rougeoyé pour celui qui, en cas de victoire, léguerait son siège de maire de Lyon. Si possible à Yann Cucherat, adoubé par Gérard Collomb (et donc par LaREM) mais qui devra affronter, en plus d'écologistes gonflés à bloc, un autre ancien dauphin du patron, Georges Képénékian. L'équipe "K" contre l'équipe "C", comme l'a récemment observé L'Opinion.

Dans une enquête BVA réalisée pour Mag2Lyon, Gérard Collomb demeure en tête, mais avec 23% des intentions de vote. Une popularité en baisse par rapport aux précédents sondages. Son rival et ancien protégé, David Kimelfeld, est quant à lui crédité 18% des suffrages. Mais c'est surtout le candidat Europe Écologie-Les Verts, Bruno Bernard, qui menace l'ex-ministre de l'Intérieur en le talonnant avec 20% des intentions de vote.

Bordeaux: LR dispute l'après-Juppé à LaREM

L'héritage bordelais d'Alain Juppé ne sera pas légué à la macronie. Du moins pas directement. Alors que le successeur LR de l'ex-Premier ministre, Nicolas Florian, bénéficiait d'emblée du soutien du MoDem et faisait figure de favori pour remporter les municipales, LaREM a choisi d'investir malgré tout un candidat. Il s'agit de Thomas Cazenave, ex-délégué interministériel à la transformation publique, qui s'appuie principalement sur les marcheurs locaux.

S'il divise l'électorat potentiel de Nicolas Florian, par ailleurs soutenu par l'UDI, Thomas Cazenave se montre beaucoup moins menaçant que les écologistes, représentés par Pierre Hurmic. C'est ce qu'illustre le sondage Ifop publié par Sud Radio le 11 février.

Nice: champ libre pour Estrosi?

Christian Estrosi sera-t-il réélu dans un fauteuil dans sa ville de Nice? La décision de son frère ennemi Éric Ciotti, patron de la fédération LR des Alpes-Maritimes, de ne pas se présenter face à lui aura indubitablement pesé dans cette équation. 

Selon un sondage Ifop réalisé en février 2020 pour La Tribune, Christian Estrosi distance en effet largement ses concurrents, 50% des suffrages lui étant crédités. Une élection potentiellement dès le premier tour, donc. Face à lui, seuls le candidat du Rassemblement national, Philippe Vardon, et la liste 100% Écolo de Jean-Marc Governatori tirent leurs épingles du jeu, avec respectivement 15% et 13% des intentions de vote.

Montpellier: la gauche éparpillée

Montpellier aurait pu être l'une des rares grandes villes où les écologistes transforment l'essai des élections européennes, sa candidate Clothilde Ollier figurant en tête des sondages depuis plusieurs mois déjà (19% des intentions de votes selon une étude Harris publiée en janvier). Mais début janvier, EELV a décidé de ne plus soutenir sa candidate qui s'était visiblement trop rapprochée du mouvement Confluence, soutenu notamment par une partie de l’extrême-gauche locale.

Un scénario inattendu, qui se brouille encore davantage lorsqu’on voit le nombre de postulants. Outre le maire divers gauche sortant, Philippe Saurel, qui figure en deuxième position des sondages (18%) et les partis traditionnels (PS, LaREM, LR, RN), il faut prendre en compte les candidatures de l'entrepreneur milliardaire Mohed Altrad (10%) et de l’humoriste Rémi Gaillard (5%). Ces deux outsiders ont d'ailleurs organisé début février une rencontre avec l’insoumise Alenka Doulain, créditée elle de 10% des voix.

Nantes: le PS veut (et peut) tenir le fort

À l'instar des LR, les socialistes entendent bien préserver ce qu'ils ont de maillage territorial. Une question de survie politique. Johanna Rolland, qui a repris le siège jadis occupé par Jean-Marc Ayrault à la mairie de Nantes, est l'une des principales figures du PS à être en bonne position pour rempiler. Bien ancrée dans le paysage, elle est avant tout concurrencée sur sa gauche par la candidate EELV, Julie Laernoes. 

Du côté de LaREM, le mauvais démarrage de campagne de la députée Sophie Errante a contraint celle-ci à renoncer, libérant ainsi la voie à l'investiture de Valérie Oppelt. Le dernier sondage publié pour Nantes, qui date du mois de juin, ne pouvait tenir compte de ce petit bouleversement. Il donne néanmoins une confortable avance à Johanna Rolland avec 33% d'intentions de vote au premier tour.

Toulouse: LaREM mise sur Moudenc

Habemus auxilium. Fin octobre, après de longues tractations, Le Figaro révélait que LaREM avait finalement décidé de soutenir la candidature du maire Les Républicains de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, pour sa réélection. Même s'il date du mois de mai, un sondage BVA pour La Tribune indiquait combien l'édile pouvait d'ors et déjà se prévaloir d'un statut de favori: sans marcheur face à lui (en l'espèce le député de Haute-Garonne Mickaël Nogal), Jean-Luc Moudenc recueille 40% des intentions de vote.

Marseille: la droite divisée, le RN en embuscade

Malgré sa position de force sur le plan électoral à Marseille, Les Républicains y sont menacés par le spectre de la division. Adoubée par la commission nationale d'investiture présidée par Eric Ciotti, Martine Vassal est lestée de la concurrence du sénateur Bruno Gilles, qui maintient pour l'heure sa candidature.

Les effets de cet éparpillement sont toujours aussi visibles dans le sondage Ipsos-Sopra Steria publié par France Info, France Bleu et La Provence le 17 janvier: si Martine Vassal pointe en tête avec 23% des voix, elle est talonnée de près par son concurrent du Rassemblement national, le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier (22%).

La droite n'est pas la seule à se disperser, puisque les écologistes, dont la liste est conduite par Sébastien Barles (14%), refusent de fusionner avec la candidate du Printemps marseillais, Michèle Rubirola (16%), pourtant elle-même élue municipale EELV.

Lille: Aubry rempile et donne de l'oxygène au PS

Elle est sortie du bois. Après trois mandat à la mairie de Lille, Martine Aubry a décidé d'en briguer un quatrième à 69 ans. L'ex-ministre de Lionel Jospin en a fait l'annonce dans une interview accordée à La Voix du Nord fin novembre. D'ores et déjà, l'édile sortante est portée par un sondage flatteur. Celui réalisé par Ipsos-Sopra Steria pour France Info, France Bleu et La Voix du Nord en décembre la crédite de 30% des intentions de vote, loin devant son rival Europe Écologie-Les Verts, Stéphane Baly, qui en recueille 18%.

Toujours à gauche, la décision d'Adrien Quatennens de ne pas conduire la liste La France insoumise fait de Lille une place forte que le Parti socialiste peut envisager de préserver. Le candidat LFI, Julien Poix, n'est pour l'heure crédité que de 11% des intentions de vote en mars prochain. 

Strasbourg: LaREM et EELV au coude-à-coude

Dans la capitale alsacienne, le maire socialiste sortant Roland Ries a décidé de libérer son fauteuil. Son premier adjoint, Alain Fontanel, ex-PS membre du bureau exécutif de LaREM, est soutenu par le parti présidentiel et figure actuellement en deuxième place des sondages (25%) derrière l’écologiste Jeanne Barseghian (27%).

Toujours selon ce sondage Ifop publié par Sud Radio en janvier, le reste de la gauche est partagée entre les candidatures insoumise (9%) et socialiste (9%). Il faut d’ailleurs préciser que Mathieu Cahn a quitté la liste du PS début février suite à des articles de Rue89Strasbourg et Médiapart révélant que la tête de liste tenait, entre 2004 et 2011, un blog sur lequel il publiait des photos érotiques de jeunes femmes.

Ces problèmes et ces divisions pourraient profiter à la droite et l'extrême-droite, qui les devancent déjà de quelques points dans le sondage de janvier. 

Jules Pecnard