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Buzyn peut-elle vraiment sauver LaREM à Paris?

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Après avoir occupé pendant deux ans et demi le ministère de la Santé, foyer de nombreuses crises depuis le début du quinquennat, Agnès Buzyn va devoir se frotter pour la première fois de sa vie à une campagne électorale. Et pas des moindres.

"Les marcheurs sont comme des fous", entend-on depuis dimanche après-midi. Après le séisme politique déclenché par le désistement de Benjamin Griveaux en tant que chef de file de La République en marche pour les élections municipales à Paris, les troupes semblent rassérénées. Avant même sa chute, l'ex-porte-parole du gouvernement suscitait une déception de plus en enkystée et renforcée par les mauvais sondages.

Avec Agnès Buzyn, LaREM veut croire à la possibilité d'un nouveau départ, voire de l'inédit: qu'une candidate novice, lancée à moins d'un mois d'une échéance électorale, soit en capacité de retourner une situation devenue pour le moins délétère.

Ancienne ministre des Solidarités et de la Santé, identifiée à des thématiques sociales, plus à gauche, tout en paraissant en phase avec l'électorat bourgeois des arrondissements de l'ouest parisien, sensible aux sirènes du "parti de l'ordre" qu'a pu incarner le gouvernement lors de la crise des gilets jaunes... Agnès Buzyn est dotée, en apparence, de deux jambes complémentaires. L'archétype de la candidature macroniste.

  • Le noviciat

L'ex-ministre sera toutefois confrontée à plusieurs défis de taille, après s'être vu reprocher d'abandonner son poste en pleines crises hospitalière et du coronavirus. Le défi le plus évident est celui du noviciat politique, quand bien même Agnès Buzyn avait déjà été pressentie pour conduire la liste LaREM aux élections européennes de 2019. Elle avait finalement laissé la place à sa collègue Nathalie Loiseau. Laquelle a d'ailleurs fait les frais d'une campagne âpre où ses adversaires n'ont pas manqué de lui renvoyer à la figure ses maladresses.

"Il ne lui reste qu'un mois. C'est une opération commando et il va falloir qu'elle soit en campagne 24 heures sur 24", prévient un maire d'arrondissement auprès de BFMTV.com. "L'élection à Paris, c'est 17 élections. Il faut s'appuyer sur elles et ne pas croire, comme Griveaux, qu'il n'y en a qu'une qui se joue", abonde une autre.

De fait, cette hématologue de carrière, dont la notoriété reste à parfaire, va devoir affronter deux grandes professionnelles de la politique parisienne, Anne Hidalgo et Rachida Dati. Dans leurs camps respectifs, on sort déjà l'artillerie lourde pour canarder la candidate propulsée. "C'est un signe de grande fébrilité", veut-on croire dans le camp Buzyn. 

"Le gros truc, ce sera les médias", confirme une tête de liste LaREM, par ailleurs confiante en les capacités de l'ex-ministre à surmonter ses carences. Lors de sa première intervention de candidate face aux marcheurs, certains l'ont trouvée un peu "plate". Beaucoup se jouera lors du débat télévisé qui doit avoir lieu le 4 mars, moins de deux semaines avant le premier tour.

"Elle a déjà pris l'habitude de croiser des militants énervés en tant que ministre, notamment durant la crise des hôpitaux. Et puis le chaudron de l'hémicycle, à l'Assemblée, elle connaît. Les débats sur la bioéthique, ce n'était pas un truc de rigolo", défend un député LaREM de premier plan. 

La joute parlementaire est-elle transposable à l'arène électorale parisienne? "C'est plus difficile de passer d'une campagne à l'hémicycle. On l'a vu avec ce qu'ont vécu pas mal de députés de la majorité", se convainc ce parlementaire marcheur.

  • Le programme

Lorsqu'on interroge un membre du bureau exécutif de LaREM sur les principales chausse-trapes qui guettent la candidate, la réponse fuse: il faut "montrer tout de suite qu'elle est sur les sujets de la campagne". Là-dessus, les caciques macronistes parisiens veulent resserrer les perspectives.

"Il faut qu'elle chausse ses bottes de sept lieues, donc bien connaître les Parisiens et leurs problèmes. Et les remèdes à leur apporter sont connus depuis le début de cette mandature: c'est la sécurité, la propreté, le logement et la circulation", résume Florence Berthout, maire sortante investie par LaREM dans le Ve arrondissement. 

Le souci, c'est que dans les dernières semaines de sa campagne avortée, Benjamin Griveaux avait multiplié des propositions raillées pour leur extravagance et leur coût. La construction d'un "Central Park" à la française à la place de la Gare de l'Est était probablement la plus symbolique d'entre elles. Une manière de se démarquer dans un contexte où les sondages entamaient, semblait-il, une plongée inexorable dont il risque d'être difficile de s'extraire.

"C'était du Paul Midy ça", balaie-t-on chez LaREM, en référence au directeur de campagne nommé par Benjamin Griveaux mi-janvier, au grand dam d'une bonne partie de la macronie parisienne. Ancien dirigeant des Jeunes Pop', il a notamment été l'un des initiateurs du fameux "lipdub" de l'UMP en 2009. Selon une tête de liste LaREM, il serait opportun pour Agnès Buzyn "qu'elle abandonne un ou deux éléments du programme".

"Le 'Central Park' serait un excellent projet, mais c'est inaudible. Quand ça n'imprime pas sur le terrain, c'est pas la peine. Donc elle pourrait dire que c'est une magnifique opportunité pour végétaliser Paris... mais à construire avec les Parisiens dans le futur", poursuit celle élue expérimentée. 
  • Les alliances

Reste la question des alliances possibles. Car à supposer qu'un "effet Buzyn" fasse redécoller la campagne de LaREM, l'éventualité d'une victoire dépendra de la capacité de l'ex-ministre à savoir rallier certains rivaux. À commencer par Cédric Villani, dont l'entourage a fait savoir dès ce lundi qu'il s'était "entretenu" avec la nouvelle candidate. Le député de l'Essonne aurait "posé ses conditions pour envisager d'éventuelles convergences" et formulé une "demande de concessions majeures sur l'écologie, la démocratie, la métropole".

"D'un point de vue politique", Cédric Villani exige enfin "l'ouverture à un accord de second tour avec les Verts pour réussir l'alternance à Anne Hidalgo sur une base écologiste et progressiste".

Les sondages sont passés par là. Dans les dernières enquêtes, y compris celles commandées sous le manteau, le mathématicien ne décolle pas. "Il va finir en slip", prédit un marcheur parisien.

Si le retrait de Benjamin Griveaux semble dégager la voie à un éventuel rapprochement avec le mathématicien, qui dès dimanche a témoigné de son "respect" et de son "estime" vis-à-vis d'Agnès Buzyn, celui avec Europe Écologie-Les Verts va se heurter à d'autres paramètres. À commencer par l'hostilité affichée de ses dirigeants à l'encontre de l'exécutif. 

"On dépose nos listes en ce moment", insiste auprès de BFMTV.com Julien Bayou, secrétaire national d'EELV. "J'imagine que chez Villani la pression doit être forte puisque Buzyn fait moins 'épouvantail' que Griveaux, mais chez nous ça ne change rien: bulletin Belliard le 15, bulletin Belliard le 22. Je comprends fort bien que certains puissent fantasmer ou jouer l'intox, mais nous avons un cadrage."

En politique, les additions de voix ne sont jamais une science exacte. Les écologistes le savent et, forts de vents favorables à l'échelle nationale, veulent avant tout compter leurs forces. C'est au "troisième tour", lorsque les candidats élus au Conseil de Paris seront sollicités pour élire la ou le maire, qu'il peut y avoir des déblocages. Encore faut-il qu'Agnès Buzyn y atterrisse en position de force, ce qui est loin d'être fait.

Jules Pecnard