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Européennes: interrogée sur ses liens avec Bannon, Le Pen accuse les médias de "complotisme"

Steve Bannon et Marine Le Pen lors du congrès annuel du Front national, le 10 mars 2018

Steve Bannon et Marine Le Pen lors du congrès annuel du Front national, le 10 mars 2018 - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Invitée de franceinfo ce lundi matin, la présidente du Rassemblement national a jugé normal de solliciter les conseils de l'ex-conseiller de Donald Trump, tout en niant toute aide financière de sa part.

Marine Le Pen continue de l'assurer avec aplomb: Steve Bannon, l'ex-conseiller de Donald Trump, n'a "aucun rôle" particulier dans la campagne du Rassemblement national pour les élections européennes. Invitée ce lundi matin de franceinfo (alors même que le sulfureux homme d'affaires s'exprimait sur notre antenne), la présidente du RN a assuré ne pas avoir été mise au courant de sa venue à Paris. 

"Il est à Paris pour des affaires, puisqu'il est en train de vendre une de ses sociétés à une grande banque française, donc ça n'a strictement rien à voir avec la campagne. Et ceux qui intègrent M. Bannon dans la campagne européenne, c'est (...) les médias", a accusé Marine Le Pen. 

Et d'avancer que dès que Steve Bannon "met un pied à Paris, tous les journaux (...) français se précipitent pour avoir une interview".

"Un conseiller remarquablement intéressant"

"Nous nous sommes rapprochés pour deux raisons de Steve Bannon: d'abord parce que (...) c'est un conseiller politique qui est remarquablement intéressant", a néanmoins admis l'ex-candidate à l'élection présidentielle.

Elle affirme par ailleurs qu'en tant qu'ancien financier, la tête pensante de l'Alt-right américaine aurait pu être en mesure d'orienter le RN vers une banque européenne susceptible de lui accorder un prêt. Sans succès, visiblement.

Et Marine Le Pen d'invoquer, enfin, les "méthodes de levée de fonds" en vigueur aux États-Unis, qui pourraient servir d'inspiration aux formations politiques françaises. 

"C'est ridicule"

"Est-ce qu'on peut parler politique avec des gens sans, obligatoirement, que ces gens-là soient des conseils politiques?", s'est-elle demandée, avant de répondre qu'elle s'était entretenue avec Steve Bannon il y a "trois mois". 

Poussée dans ses retranchements sur les rencontres qui auraient eu lieu récemment entre des cadres du RN et l'idéologue identitaire américain, la députée du Pas-de-Calais s'est vivement agacée:

"Arrêtez votre complotisme, ça suffit, c'est ridicule. (...) Vous n'êtes pas obligés de vous couvrir de ridicule comme le fait le gouvernement et la tête de liste d'Emmanuel Macron."

Depuis la diffusion de l'extrait d'Envoyé spécial dans lequel on peut voir Steve Bannon s'entretenir avec des cadres du parti de Marine Le Pen, parmi lesquels son compagnon Louis Aliot, élus et hiérarques de La République en marche ont régulièrement accusé le RN de collusion avec une puissance étrangère. Des parlementaires de tous bords ont même demandé la création d'une commission d'enquête pour en savoir davantage sur les liens financiers entre Steve Bannon et le parti d'extrême droite.

"Positionnements communs"

"Il faut choisir: soit on est soumis à Trump, soit on est soumis à Poutine; soit on est rabougri et on est enfermé sur nous-mêmes, soit on a trop de rapports avec les étrangers", a raillé Marine Le Pen.

Dans l'entretien qu'il a récemment accordé au Parisien, Steve Bannon déclarait "faire des connexions" et "donner des conseils généraux" aux dirigeants du RN, par exemple leur "souffler" de faire des européennes un "référendum" contre Emmanuel Macron. Il a également suggéré qu'une victoire de la liste de Jordan Bardella le 26 mai nourrirait la dynamique sur laquelle s'appuie Donald Trump en vue de sa réélection. Un reproche que Marine Le Pen balaie d'un revers de la main:

"Il trouve que nous avons des positionnements, sur certains sujets, qui sont communs. Mais qu'est-ce que ça a d'extraordinaire? (...) Quand M. Obama a fait une vidéo pour soutenir (...) Emmanuel Macron entre les deux tours de l'élection présidentielle, est-ce que ça vous a gêné? Non, je ne le crois pas."

Cette comparaison a été brandie par nombre de ses lieutenants depuis quelques jours sur les plateaux de télévision. La patronne du RN estime que la tactique de LaREM consistant à présenter son mouvement comme un "agent étranger" dénote la "panique" qui s'emparerait de la macronie, à une semaine du scrutin des européennes.

Jules Pecnard