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EDITO- Pitié-Salpêtrière: "le succès du maintien de l'ordre du 1er mai est estompé"

L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière -

L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière - - BORIS HORVAT / AFP

BAROMÈTRE DES ÉDITORIALISTES - Après avoir qualifié l'intrusion à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière mercredi "d'attaque", le ministre de l'Intérieur est la cible de l'opposition qui réclame sa démission. Christophe Barbier et Laurent Neumann analysent les conséquences de ses propos qu'ils jugent prématurés.

Des manifestants ont pénétré dans l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière mercredi 1er mai à Paris à l'occasion des rassemblements et certains ont ensuite tenté de s'introduire dans le service de réanimation chirurgicale de l'hôpital. 

Un incident qualifié "d'attaque" le soir-même par le ministre de l'Intérieur qui s'est rendu sur place et dont les propos ont été rejoints par ceux du directeur de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris peu après. Seulement, depuis la polémique n'a cessé d'enfler et cette version d'être contestée. Des vidéos et des témoignages relayés sur les réseaux sociaux affirment notamment que les manifestants auraient cherché à se réfugier dans l'enceinte du bâtiment pour échapper aux forces de l'ordre et aux gaz lacrymogènes.

Christophe Castaner, cible de vives critiques de la part de l'opposition, est appelé à la démission. Pour l'éditorialiste Christophe Barbier, cette polémique ruine la réussite du 1er-Mai où la doctrine du maintien de l'ordre avait gagné face aux casseurs. De son côté Laurent Neumann estime que le ministre de l'Intérieur a parlé trop vite et au minimum commis une erreur sémantique.

> Christophe Barbier:"Par ses propos prématurés Christophe Castaner a créé un incident politique qui estompe le succès du maintien de l'ordre du 1er mai"

"Christophe Castaner est devenu le maillon faible du gouvernement qui aurait dû se réjouir au moins pendant 24 heures de la nouvelle tactique du maintien de l'ordre qui a marché le 1er-Mai. L'opposition essaie de dire que l'on a attaqué les syndicats, que l'on a visé Philippe Martinez mais rien ne permet de l'établir actuellement même s'il y a toujours des dommages collatéraux quand il y a des violences. Pourquoi les manifestants ont paniqué sous l'effet du gaz lacrymogène et sont rentrés dans l'établissement ? Parce qu'il y avait des violences qui ont obligé les policiers à utiliser les gaz lacrymogènes. Donc la première responsabilité est celle des casseurs violents, pas celle des policiers. Mais il est vrai que Christophe Castaner par ses propos prématurés et exagérés "d'attaque", a créé un incident politique qui estompe le succès du maintien de l'ordre du 1er-Mai et prive donc le gouvernement d'une petite victoire politique. Pire, la polémique a été tellement assourdissante hier, que l'on n'a presque pas parlé des bonnes nouvelles économiques de la journée comme Ascoval sauvé, les batteries européennes mises sur les rails, et surtout faire rentrer dans les caisses de l'Etat de l'argent du travail au noir. Tout cela le gouvernement aurait pu en faire ses choux gras jusqu'à la fin de la semaine et reprendre la main. Et puis patatra, à cause de Christophe Castaner et de sa mauvaise gestion de ce grave incident de la Pitié-Salpêtrière, ce bénéfice est annulé. Peut-être qu'en profondeur l'opinion qui regarde ces images reste sur l'idée que rentrer dans un hôpital, même pour se protéger des gaz lacrymogènes, ça ne se fait pas. Mais pour l'instant la polémique, elle est contre le pouvoir."

> Laurent Neumann: "Au minimum le ministre a commis une erreur sémantique et a parlé trop vite"

"Clairement pour l'opposition il faut se servir de cette histoire là pour obtenir le scalp de Christophe Castaner. Au minimum le ministre de l'Intérieur a commis une erreur sémantique, a parlé trop vite. Il doit s'exprimer le plus vite possible pour expliquer pourquoi il s'est trompé et faire d'une certaine manière amende honorable. Les faits quels sont-ils ? Il n'y a pas eu d'attaque vraisemblablement et là encore il faut être prudent, une enquête a été ouverte. Au minimum il reste une intrusion violente dans un hôpital où des grilles fermées à clés ont été poussées et défoncées. Ils n'avaient absolument pas à être là.
L'opposition dit "ils fuyaient la police" mais jusque là ce n'est pas une circonstance atténuante mais peut-être même aggravante de fuir la police d'un Etat de droit. Les 32 gardés à vue ont été relâchés. Cela ne présume ni de leur innocence ni de leur culpabilité".
Manon Fossat