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EDITO - Montée du populisme en Espagne: "Il y a encore un plafond de verre"

Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol.

Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol. - Emilio Naranjo - AFP

Les élections législatives espagnoles ont été gagnées ce dimanche par les socialistes, malgré une émergence de l'extrême droite dans le pays. Un scrutin dont l'Europe peut tirer des leçons, selon notre éditorialiste Christophe Barbier.

Le socialiste Pedro Sanchez a remporté ce dimanche les élections législatives espagnoles. En l'absence de majorité absolue, son parti devra composer avec une logique de coalition, en raison de la proportionnelle. De son côté, l'extrême droite de Vox entre au Parlement, plus de 40 ans après la fin de la dictature de Franco. Une conjoncture dont la France et l'Europe peuvent tirer des enseignements, selon notre éditorialiste Christophe Barbier. 

christophe barbier
christophe barbier © -
  • "Les fastes et les méfaits de la proportionnelle"
"Voir un parti social-démocrate remporter une élection, ça devient rare en Europe, donc la gauche française peut se dire tout espoir n'est pas perdu. Il y a des mauvais moments, il y a des bons moments, on peut revenir au pouvoir. Mais enfin, ça ne se fait pas tout seul, il faut un leader, un programme. (...) Ensuite, il y a les fastes et les méfaits de la proportionnelle, qui fait qu'aujourd'hui, la bonne coalition ce sont les sociaux-démocrates et les centristes, alors que pendant toute la campagne, les centristes ont dit 'Jamais on n'ira avec la gauche, si on va quelque part, c'est vers la droite'. (...) Soit ça pousse la gauche dans les bras de la gauche radicale de Podemos, soit centristes et socialistes vont devoir s'entendre, comme en Allemagne. Mais s'entendre après avoir dit le contraire pendant la campagne, c'est ça aussi la proportionnelle. C'est de la clarté avant pour faire semblant, et après de la tambouille, de la carabistouille, pour gérer les affaires. Et ça ce n'est pas bon, alors qu'on va l'adopter en France, on devrait réfléchir un petit peu."
  • "Vox a un plus petit score et moins d'élus que prévus"
La percée de Vox est-elle un signe avant-coureur d'un tsunami nationaliste aux européennes? "Non, je ne crois pas", juge Christophe Barbier. "Il y a un progrès dans tous les pays des formations nationalistes ou populistes. On craint l'immigration, on craint l'Espagne, on craint le péril, etc. Mais Vox fait un score plus petit que prévu, a moins d'élus que prévus, comme les Finlandais il y a quinze jours qui ont échoué aux portes du pouvoir, comme Wilders aux Pays-Bas début 2017, comme Marine Le Pen en France… Il y a quand même encore un plafond de verre qui fait qu'à la dernière minute, les peuples se disent 'Non, on ne va quand même pas donner trop de pouvoir à ces gens-là'. Et s'ils viennent en nombre au Parlement, ils ne seront pas plus d'un gros tiers, ils auront une minorité de blocage, mais comme ils sont très divisés ils n'auront aucune solution alternative. Qu'est-ce que ça va provoquer au Parlement européen sans doute? L'obligation de s'entendre pour gérer, pour avancer, l'obligation de s'entendre entre PPE, la droite modérée, et les socialistes, les sociaux-démocrates. Là encore, on va retrouver une logique de grosse coalition, c'est-à-dire le centre de l'omelette, un calcul un peu 'et en même temps' macronien."
Propos recueillis par Liv Audigane