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Besancenot : « Ma priorité ? Le pouvoir d’achat ! »

Olivier Besancenot était l'invité de J-J Bourdin le mardi 16 octobre

Olivier Besancenot était l'invité de J-J Bourdin le mardi 16 octobre - -

Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire défend la répartition des richesses et martèle son credo : halte aux magouilles !

J-J B : Question très directe comme je les aime : est ce que M. Gautier-Sauvagnac vous a apporté quelque argent en liquide à la LCR ?
O B : Ma réponse sera tout aussi directe : Bien sûr que non ! J'espère que toute la vérité sera faite, parce qu'au-delà de savoir à quoi servaient exactement ces sommes d'argent, c'est surtout qu'il y a vraiment beaucoup d'argent en jeu. Pour ne vous donner qu'un seul exemple, j'ai rencontré samedi dernier les salariés de la Société bretonne de Fonderie et de Métallurgie qui craignent pour leur emploi. Ils se disent que les déficits que l'on explique là-bas et qui devraient justifier les licenciements dans quelques jours ne représentent vraiment rien par rapport à l'éventuelle caisse noire qui correspond à plusieurs centaines de millions d'euros.

J-J B : Le patronat, soit l'IUMM, dit qu'il s'agit de fluidifier les relations sociales, c'est à cela qu'aurait servi l'argent...
O B : On voit bien ce que ça veut dire, j'imagine qu'il veut dire que l'on a donné de l'argent aux syndicats pour les calmer ; ils ont « fluidifier le dialogue social », c'est à dire concrètement, ils ont acheté certains accords, ce qui expliquerait éventuellement que certains accords ces dernières années auraient été signées à la va-vite. Maintenant il faut la transparence la plus totale et on n'en a pas, ni dans le milieu patronal, ni dans le monde de l'entreprise. Il faut comprendre aussi pourquoi et d'où vient cet argent. On a des conseils d'administration complètement opaques dans la plupart des grandes entreprises. Il suffit de penser à EADS... Dans l'absence de transparence et de possibilité pour les salariés, et pas simplement pour les organisations syndicales, d'avoir accès à la publication des livres de comptes, on arrivera à ce type de scandale-là.

J-J B : Les organisations syndicales étaient complices ?
O B : Je ne suis pas dans le secret, je ne suis pas au sommet du dialogue social dont parle le responsable patronal. Je crois que de toute façon le vrai scandale est quand même d'abord et avant tout que le milieu patronal s'en met visiblement plein les poches.

J-J B : Que dites-vous aux syndicats ?
O B : Je dis d'abord aux syndiqués qu'il faut continuer à se mobiliser. Deuxièmement qu'il faut continuer à se représenter soi-même, même quand on est syndiqué.

J-J B : S'il s'avère que les syndicats ont touché de l'argent du patronat, ça vous gênerait quand même ?
O B : Absolument. Mais si ça ne vous embête pas, puisque je ne suis pas langue de bois, j'aimerai que l'on rétablisse d'abord les éléments dans leur hiérarchie. Le vrai scandale en cette rentrée, ce n'est pas que des organisations syndicales palperaient éventuellement de l'argent du Medef, c'est que le Medef a une caisse noire et que ça fait écho à ce qui vient de se passer à EADS. Il faut quand même rectifier un minimum la donne. Parce qu'aujourd'hui c'est de ça dont discutent les salariés, et moi c'est d'abord aux salariés que je pense. Les salariés voient qu'au niveau du pouvoir d'achat ils sont pris à la gorge, en gros que les licenciements ne diminuent pas mais au contraire s'amplifient. Et dans cette rentrée, il y a deux scandales qui sont l'éventuelle caisse noire du Medef et EADS dans lequel il y a au moins cent bonnes raisons de devenir anti-capitaliste vu qu'il y a peu près tout. L'opacité sur les comptes, la jonction ou les connivences entre le pouvoir public, c'est-à-dire le Gouvernement, et le pouvoir économique, le fait qu'on demande aux salariés d'EADS de se serrer la ceinture, la suppression d'emplois, la fermeture de site pendant que M. Lagardère a gagné un ou deux milliards d'euros... Le vrai scandale pour moi il est là. Sans parler enfin des petits actionnaires de la caisse de dépôts qui ont été floués pour payer les gros actionnaires.

J-J B : est-ce que selon vous le Gouvernement a laissé transpirer cette affaire patronale de l'IUMM ?
O B : Je ne peux pas vous dire, je ne suis pas dans le secret mais ce que je peux dire c'est que je trouve que ça commence à faire quand même beaucoup pour le Gouvernement. Il y a des difficultés économiques d'un côté, il y a scandale du Medef, il y a EADS, et je crois que le Gouvernement va au devant, et il le sait, de difficultés économiques et politiques. C'est aussi pour ça que les réformes qui devaient théoriquement s'étaler un peu plus dans le temps s'accélèrent bizarrement et que le Gouvernement a décidé d'aller au carton. On s'en rend compte avec le 18 octobre mais aussi avec l'affaire des internes aujourd'hui qui se mobilisent et qui ont été reçu comme des malpropres par Mme Bachelot qui leur a visiblement claqué la porte au nez.

J-J B : Je regardais ce matin, il y a de plus en plus de salariés actionnaires de leur entreprise, est ce que vous encouragez l'actionnariat du salarié dans l'entreprise ?
O B : Non, parce que pour moi c'est une illusion. Je connais bien le problème, au moment de la privatisation de France Telecom, il y a pas mal de salariés et des Telecom et de la Poste, qui ont été sollicités pour acheter des actions, ça n'a pas été mon cas. Ces salariés-là sont tombés des nues et ont perdu beaucoup. Je dis que c'est un mythe, parce que finalement quand vous prenez le monde de l'actionnariat aujourd'hui, il n'y a que 7% des actionnaires qui détiennent à peu près 60% des actions. Ça veut dire que, même dans le domaine de l'actionnariat, il n'y en a que pour les gros et pas pour les petits. Je sais aussi pourquoi certains veulent prendre des actions. C'est la même raison qui les pousse parfois à faire des heures supplémentaires : les gens veulent vivre correctement, ils veulent de l'argent. Je dis qu'il faut donc augmenter les salaires. Je dis ça parce que j'ai la prétention de croire qu'il y a les moyens et les richesses en France pour le faire. Un fois de plus on nous « bourre le mou » sur le thème qu'on est au bord de la faillite, qu'on n'a plus les moyens de vivre. Or je le rappelle, il n'y a jamais eu autant de richesses en France qu'en ce moment. Ces richesses ne tombent pas du ciel, elles viennent du travail de 85% de la population, qui vend sa force de travail manuelle ou intellectuelle et qui ne voit jamais la couleur de ces richesses. Le problème qui est posé pour moi c'est la répartition des richesses. Je réexplique à chaque fois que si le monde du travail reprenait ce que le capital lui a volé depuis plus de trente ans, on pourrait augmenter tous les revenus, et pas simplement les salaires, de 300 euros nets par mois. Quand je dis tous les revenus, ça implique aussi les pensions des retraités qui s'enfoncent de plus en plus dans la misère.

J-J B : Vous serez en grève le 18 octobre ?
O B : Absolument, et j'irai manifester.

J-J B : Alors que vous n'avez pas de régime spécial de retraite ?
O B : Non, à la poste on n'est pas concerné par ça. On a été victime de la dernière réforme Fillon en 2003. Mais on se sent concerné pour deux raisons : d'abord parce qu'évidemment il n'y a pas que la question des régimes spéciaux qui est posée, on a tous compris le menu principal : dès le mois de janvier l'ensemble du système des retraites va être revu et l'ensemble des salariés de ce pays, public ou privé, va être amené à travailler 41 à 42 annuités, jusqu'à 61 ou 62 ans. Deuxièmement, il faut comprendre que les régimes spéciaux ce n'est pas qu'une affaire de corporation mais une espèce de digue pour l'instant qui nous protège. Si ce verrou saute, il est évident que l'on va tous en payer les frais.

J-J B : Comment ça ?
O B : On va travailler plus longtemps, avec des retraites de plus en plus faibles. On rejoint la question du pouvoir d'achat. Ma génération arrive sur le monde du travail à l'âge de 25 ans globalement, puisque la durée des études est de plus en plus longue. Si on applique à la lettre les réformes qui ont été votées, ça veut dire que ma génération va partir à l'âge de la retraite à 65 ou 67 ans.

J-J B : Mais la durée de vie est de plus en plus longue...
O B : Et c'est tant mieux. Mais qui va me faire croire qu'à l'âge de 67 ans aujourd'hui, on est jugé rentable par le patronat dans les entreprises. Alors que le patronat, les directions des entreprises du public comme du privé passent le plus clair de leur temps aujourd'hui à faire des départs en pré-retraite quand on a en-dessous de 60 ans.

J-J B : Elles vont être pénalisées les pré-retraites...
O B : De rien du tout ! Parce que de toute façon le Gouvernement n'arrivera pas à imposer ça.

J-J B : Pourquoi ?
OB : Parce que le patronat d'un point de vue de rentabilité essaie, pour faire plus de profits, de tirer tout ce qu'il peut des salariés. Et ce qui génère des profits aujourd'hui, c'est la productivité des salariés.

J-J B : Alors comment faire pour payer les retraites ?
O B : Arrêter d'exonérer les cotisations, déjà. Puisque les exonérations de cotisations sociales ne bénéficient qu'aux plus grandes entreprises et pas aux plus petites. Ce que nous préconisons c'est un système de retraite où l'on retourne à l'équité entre le public et le privé à 37 annuités 1/2 pour tous. Avec la possibilité d'un départ à la retraite à 60 ans et moins pour les métiers les plus pénibles. Ça, d'après le conseil d'orientation des retraites ça représente 0.37% du PIB, chaque année. J'ai le défaut de croire qu'on doit pouvoir les trouver.

J-J B : Et pour ceux qui veulent travailler plus longtemps ?
O B : Il faudra savoir pourquoi. Il y a des tas de personnes qui adorent leur métier et je le comprends. Mais ce que je sais aussi, c'est qu'il y a des domaines où il y a de vrais risques du travail et j'ai le défaut de penser que, passés 60 ans, on prend encore plus de risques. Je pense que la plus grande majorité de ceux qui décident de travailler plus longtemps c'est surtout parce qu'ils ont besoin de gagner plus d'argent. Donc, je dis augmentons les salaires, augmentons les pensions des retraités. Après je suis prêt à avoir des discussions philosophiques pour savoir si les gens ont vraiment envie de travailler plus longtemps.

J-J B : Pour vous la question du pouvoir d'achat est la question primordiale aujourd'hui ?
O B : Oui c'est la question prioritaire.

J-J B : Il y a des gens qui aujourd'hui passent leur vie à être syndicalistes. Est-ce logique ? Est ce que vous souhaitez une reforme ?
O B : J'ai un avis : qu'on ne vive pas professionnellement d'une activité syndicale ou d'une activité politique. Je pense qu'il faut des garanties démocratiques et qu'au bout de 2 voire 3 mandats il faut ensuite retourner au travail. La conception qu'on a de notre engagement politique par exemple, dans notre organisation, c'est d'être salarié et de faire notre engagement militant sur la base du volontariat et de la gratuité. S'il y a une professionnalisation de l'activité ça devient un risque, ça devient une marchandise comme les autres et c'est la source de toutes les dérives possibles.

J-J B : Dans l'affaire EADS, est ce que les plus-values perçues doivent être rendues aux salariés ?
O B : Je suis pour que de toute façon tous les profits soient rendus aux salariés. Et surtout qu'il n'y ait aucune suppression d'emploi. Je rappelle qu'EADS est une entreprise profitable dont les bons de commande sont pleins à craquer.

J-J B : Est-ce que les médias dépendent du pouvoir politique selon vous ?
O B : Je ne crois pas qu'il y ait de complot. Je crois que c'est pire que ça : je crois qu'il y a une partie des médias qui est tout simplement en phase politiquement avec ce que pense le Gouvernement et une partie du Medef. Ce qui me choque à chaque fois, c'est que si vous zapper sur les différents 20H vous avez exactement le même déroulé, à la seconde près, vous avez les mêmes reportages, et il y a des tas de reportages qui n'y sont pas. Ça n'a rien du complot, c'est juste une question de pensée dominant. Et les médias sont dans cette pensée dominante.

J-J B : Vous avez proposé fin août la création d'un nouveau parti. Vous en êtes où ?
O B : On multiplie les rencontres, on s'est donné l'année. Le premier appel a été lancé aux anonymes du quotidien. Ce n'est pas un appel qui a d'abord été lancé aux organisations existantes parce que la gauche radicale, ça fait à peu près vingt ans qu'elle cherche à regrouper un cartel d'organisations existantes et qu'elle n'y arrive pas. Je considère que la recomposition politique pour ce nouveau parti anti-capitaliste est bloquée par le haut, dans le sommet de la gauche radicale. Mais je pense qu'en revanche, par le bas, il y a un souffle qui passe. Donc on a multiplié les rencontres dans des entreprises et dans les quartiers et c'est ça qu'on va généraliser. Il y a aussi des militants d'autres organisations évidemment. Certains sortis du Parti Communiste, d'autres d'organisations révolutionnaires, et des gens qui ont été organisé nulle part. Pour moi c'est la clé et ça ne marchera que là-dessus. Nous, on va dire la vérité. On va essayer, peut être que ça ne marchera pas, de convaincre les syndicalistes dans les entreprises que l'heure est venue de se représenter soi-même.

J-J B : Vous êtes engagé aussi au niveau des tests ADN, pour le retrait de ces tests, mais apparemment vous n'êtes pas très écouté par le pouvoir qui a choisi de maintenir ce texte...
O B : Sur l'ensemble des sujets, on a un pouvoir qui reste plutôt sourd et aveugle à ce que les réclament les mobilisations. On réclame ce retrait-là et, d'une façon plus générale, ce qu'est la politique de l'immigration du Gouvernement. J'espère que le large éventail unitaire qu'on a sur la question de l'ADN, on pourra aussi le retrouver pour s'opposer aux expulsions d'enfants sans papiers qui continuent dans les écoles.

J-J B : Che Guevara, une braise qui brûle encore, co-écrit avec Michael Löwy. Che Guevara est une icône pour vous ?
O B : Non, ce n'est pas une icône, parce que ce serait une façon involontaire de le discréditer. Je crois qu'il y a deux manières de discréditer Che Guevara aujourd'hui : soit en le présentant ou en cherchant le présenter comme un bourreau sanguinaire, soit en le présentant comme une icône, comme une légende. Il n'était ni l'un ni l'autre. C'était un militant révolutionnaire, un être humain avec ses forces et ses faiblesses, avec ses parts d'ombre et de lumière.

J-J B : Il a du sang sur les mains ?
O B : Il a tué, oui, mais ce n'est pas un scoop. Che Guevara a fait une lutte armée, une guérilla contre une dictature qui été particulièrement féroce. Ce livre n'est pas une biographie. On a simplement essayé de présenter ce qu'est la pensée politique, économique du Che, avec parfois un regard critique. La pire facon de parler du Che c'est de le dévitaliser, de le présenter comme quelqu'un qui a simplement pris les armes à la main. Alors que c'est aussi quelqu'un qui a pris la plume et qui a essayé de définir, à l'époque, un socialisme qui n'était pas le socialisme soviétique.

La rédaction-Bourdin & Co