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Après son départ du gouvernement, quel avenir politique pour Taubira?

Christiane Taubira, le 27 janvier 2016.

Christiane Taubira, le 27 janvier 2016. - Kenzo Tribouillard - AFP

Elle a quitté le ministère de la Justice ce mercredi sur un "désaccord politique majeur" avec le gouvernement, cédant sa place à Jean-Jacques Urvoas, un proche de Manuel Valls. Quel avenir s'esquisse désormais pour Christiane Taubira hors de la place Vendôme? Passage en revue des scénarios possibles.

Elle a quitté -à vélo- le ministère de la Justice ce mercredi. "Par fidélité pour ses engagements", a-t-elle expliqué devant la presse. Reconnaissant un "désaccord politique majeur" avec la ligne de Manuel Valls, Chistiane Taubira, qui avait ouvertement exprimé son désaccord avec le projet de réforme constitutionnelle, a fini par claquer la porte du gouvernement, laissant sa place à Jean-Jacques Urvoas, un proche du Premier ministre. Avant le dernier remaniement annoncé du quinquennat.

Et maintenant qu'elle a repris sa liberté? L'ex-garde des Sceaux n'a pas dit un mot sur ce qu'elle ambitionnait de faire après la place Vendôme. Mais plusieurs hypothèses se dessinent. Tour d'horizon.

> Rejoindre les frondeurs?

Avec ce départ surprise, Christiane Taubira, qui n'a pas hésité à afficher ses divergences avec le virage sécuritaire pris par l'exécutif, redevient un électron libre. Alors qu'elle retrouve sa liberté de parole et de mouvement, sa voix critique pourrait s'additionner à celles des frondeurs du PS. Considérée comme la dernière caution de gauche du gouvernement après les départs en 2014 de Cécile Duflot, puis Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, elle est d'ailleurs très appréciée de l'aile gauche de la majorité. Qui a multiplié les louanges à son attention, mercredi.

A l'annonce de sa démission, Benoît Hamon a ainsi exprimé son "respect pour les convictions" de son ancienne collègue au gouvernement. "Cela doit être le commencement d'un grand travail collectif à gauche", a-t-il expliqué sur RMC. "Un seul mot: bravo! Hommage au talent immense, au travail et à l'engagement de @ChTaubira qui marquera l'histoire du @justice_gouv", a pour sa part réagi Aurélie Filippetti sur Twitter.

L'ancienne ministre EELV Cécile Duflot a quant à elle salué "chaleureusement la décision de courage et de conviction de @ChTaubira: la fidélité à nos valeurs est une force".

Le frondeur Laurent Baumel a lui estimé que "François Hollande aura fracturé la gauche d'un bout à l'autre".

Rappelons qu'en 2014, Christiane Taubira s'était affichée aux côtés des frondeurs socialistes lors de l'université d'été du PS à La Rochelle, qui avaient en retour acclamé la ministre.

"Le risque, c’est qu’à l’extérieur, Christiane Taubira soit plus nuisible, plus problématique pour François Hollande et Manuel Valls qu’à l’intérieur, qu’elle retrouve une plus grande liberté de parole", analyse l'éditorialiste politique de BFMTV Thierry Arnaud. "Le risque existe qu’elle devienne une opposante franche au gouvernement."

> Se présenter à la présidentielle de 2017?

Se pose aussi la question de la participation de Christiane Taubira à une éventuelle primaire, que plusieurs voix à gauche appellent de leurs vœux.

"Il sera très intéressant de l’entendre (dans les prochains jours, Ndlr) sur la question d’une éventuelle primaire de gauche", souligne l'éditorialiste politique de BFMTV Hervé Gattegno. "Est-ce qu’elle y serait favorable? Est-ce qu’elle serait en mesure d’apporter son soutien à un autre candidat que François Hollande ?", interroge-t-il.

Christiane Taubira a déjà participé à la course à l'Elysée. Candidate du Parti radical de gauche (PRG) à l'élection présidentielle de 2002, elle avait obtenu 2,32% des voix. Pourrait-elle de nouveau se présenter en 2017? Hervé Gattegno juge l'hypothèse peu probable:

"Ce scénario existe, c’est un scénario de politique fiction. En 2002, la candidature de plusieurs représentants des autres gauches -disons 'non socialistes'- avait provoqué la défaite de Lionel Jospin (le candidat du PS, Ndlr). C’était l’explosion de ce que l’on avait appelé à l’époque la gauche plurielle. Aujourd’hui, la situation politique est très différente. (...)", analyse-t-il. Mais "précisément parce qu’elle l’a déjà été, et parce qu’on sait les conséquences funestes que ça avait eu pour son camp, je dirais qu’il est assez peu probable que Christiane Taubira s’oriente vers une solution comme celle-là."

> Redevenir députée de Guyane?

Christiane Taubira, native de Cayenne, pourrait aussi vouloir retrouver son siège de députée de Guyane, un poste qu'elle a occupé pendant 19 ans (1993-2012).

Selon le journaliste Michel Denisot, qui a interviewé Christiane Taubira ce week-end pour le tournage de l'émission Conversations secrètes diffusée ce soir sur Canal +, elle aurait confié souhaiter "respirer un peu, lire des livres, peut-être aller en Guyane".

> Prendre la tête du Conseil constitutionnel? 

Le nom de Christiane Taubira est également cité parmi les possibles successeurs de Jean-Louis Debré, dont le mandat s'achève début mars à la tête du Conseil constitutionnel. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et l'ancien Premier ministre Lionel Jospin sont tous deux sur les rangs. Selon une source gouvernementale haut placée citée par l'AFP, le président pourrait faire connaître son choix entre les 15 et 20 février.

V.R.