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Vol de cocaïne au 36: le show d'un "tonton" qui accable un policier

Farid Kharraki a joué la carte de la blague lors de la troisième journée du procès du vol de cocaïne au 36 quai des Orfèvres.

Farid Kharraki a joué la carte de la blague lors de la troisième journée du procès du vol de cocaïne au 36 quai des Orfèvres. - Benoit Peyrucq - AFP

Le troisième jour du procès du vol de cocaïne au 36 quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire à Paris, a été marqué par l'audition de Farid Kharraki. Ce dernier est soupçonné d'avoir revendu la drogue volée. Au cours de l'audience, il s'est adonné aux provocations et aux blagues tout en mettant en cause le policier accusé d'être à l'origine de ce vol.

Il s'est livré à un véritable show pendant près de trois heures. Farid Kharraki est jugé, comme huit autres personnes, dans l'affaire du vol de 50 kilos de cocaïne dans les scellés du 36 quai des Orfèvres, en plein centre de Paris. Son rôle à lui? La revente de la drogue que lui a fournie, selon ses dires, Jonathan Guyot, ancien policier de la Brigade des stupéfiants de Paris (BSP). Sans concession pour ce dernier, le trafiquant a réitéré ce jeudi ses accusations de la veille.

En incriminant Jonathan Guyot, Farid Kharraki s'incrimine aussi lui-même. Oui, il connaît l'ancien policier depuis qu'il a tenté de faire tomber un concurrent par son intermédiaire. Oui, ce dernier lui a fait parvenir les 50 kilos de cocaïne. Et oui, il a touché une commission de 200.000 euros sur cette transaction. Des déclarations accablantes aussi bien pour lui que pour l'ex-policier, faites sur le ton de la blague. Sauf quand on le qualifie d'indic: Farid Kharraki dément formellement jouer ce rôle.

"Pas facile de trouver quelqu'un pour 50 kilos"

A chaque question du président de la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Farid Kharraki a une réponse.

- "Vous avez touché votre commission?"
- "Bah oui! J'ai fait mon travail." 

- "Pourquoi aviez-vous besoin de 200.000 euros?" - "Pour vivre"

- "Pourquoi avoir attendu 13 jours pour trouver un acheteur?"
- "C'est pas facile de trouver quelqu'un qui achète 50 kilos!"

Le trafiquant ne perd aucun détail de l'affaire. Selon lui, le tarif négocié avec les deux hommes venus lui apporter les 50 kilos de cocaïne était de 25.000 euros le kilos. Les bras croisés, face au tribunal, il déballe tout sans prendre l'affaire au sérieux. Quand le président présente un tableau de chiffres, Farid Kharraki lui rétorque qu'"il faut appeler un comptable". Face à l'avocat de Jonathan Guyot, il lui demande de ne pas "hausser la voix".

"Moi aussi je peux m'énerver!", menace-t-il.

Pipeau

Parole après parole, le trafiquant refuse toutefois de reconnaître l'ancien policier sur les images de vidéosurveillance du 36 quai des Orfèvres. "Je suis pas l'IGPN (Inspection générale de la police nationale, NDLR), moi!", s'agace-t-il. Farid Kharraki ne répond pas non plus aux interrogations du tribunal sur la manière dont Jonathan Guyot aurait pu sortir les 50 kilos de drogue. Il affirme juste qu'il pensait que la cocaïne provenait des perquisitions de la brigade des stupéfiants et non des scellés de la PJ.

"Ben il peut pas rentrer au 36 comme il rentrerait chez Auchan", s'amuse-t-il alors.

Face à cette audition, Jonathan Guyot, le policier accusé, s'agace. "Je bous en entendant ça", assure-t-il au tribunal. "En même temps je suis serein parce que tout est faux". S'il tente bien un coup de théâtre en assurant s'être rappelé que le soir du vol des 50 kilos de cocaïne, il était en planque dans le 13e arrondissement, le président refuse d'entendre le témoignage d'une femme qui pourrait confirmer cette version. "Maintenant à chaque fois qu'un tonton tombera, il mettra tout sur le dos des flics", s'emporte-t-il.

"Moi aussi, je vais faire une révélation: l'argent, c'était celui de Kharraki", poursuit l'ancien policier.

Dans cette affaire, d'importantes sommes d'argent ont été retrouvées, notamment cachées chez des amis. "Kharraki avait volé cet argent, il m'a dit 'j'ai fait un coup'", insiste Jonathan Guyot. Face à lui, Farid Kharraki poursuit dans la provocation: à chaque déclaration du policier, il mime un joueur de pipeau. 

Justine Chevalier