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Viols dans la forêt de Sénart: les victimes "attendent la vérité pour tourner la page"

Aïssa Z. est accusé d'avoir commis une trentaine de viols, tentatives de viol et agressions sexuelles dans la forêt de Sénart.

Aïssa Z. est accusé d'avoir commis une trentaine de viols, tentatives de viol et agressions sexuelles dans la forêt de Sénart. - fred7491

Aïssa Z. est accusé de 34 viols, tentatives de viol et agressions sexuelles commis entre 1995 et 2001 dans la forêt de Sénart. Placé en détention provisoire depuis 2015, il nie les faits en bloc.

D’un côté il s’agit de "constater une évidence", de l’autre, on tente de pointer les "incohérences" du dossier. Ce mardi matin s’ouvre devant le tribunal judiciaire d’Evry le procès d’Aïssa Z., accusé de 34 viols, tentatives de viol et agressions sexuelles entre 1995 et 2001. Décrit par ses victimes comme "le violeur de la forêt de Sénart", il reste pour ses amis et sa famille "bébé", le petit dernier d’une fratrie de huit dont l’interpellation, en 2015, est incompréhensible.

Pourtant, lors de ses premiers interrogatoires en octobre et décembre 2015, Aïssa Z. "ne nie pas les faits (...) Les tests ADN prouvent que c’est moi, je ne dis pas le contraire mais je n’ai aucune explication à vous donner. Je suis désolé c’est embarrassant pour moi", explique-t-il aux enquêteurs.

Des femmes "salies", "traumatisées"

Et d’ajouter lors de son interrogatoire de première comparution: "Je suis désolé pour les victimes. Je ne sais pas ce qui s’est passé (...) C’est honteux ce que j’ai fait. Ces dames je les ai salies, je les ai traumatisées et ce n’est pas bien. Je m’excuse, même si ça ne changera rien à ce que j’ai fait."

Ce qu’il reconnaît alors, ce sont les agressions commises sur une trentaine de femmes dans la forêt de Sénart, dans l’Essonne. La première plainte à ce sujet est déposée le 16 novembre 1995 par une femme de 36 ans. Ce jour-là, cette éducatrice sportive se promène avec son chien dans la forêt quand un homme en deux-roues la dépasse avant de s’arrêter un peu plus loin, simulant une panne. Au moment où elle arrive à sa hauteur, l’homme - casqué - se jette sur elle et la viole.

La victime parvient à relever la visière du casque de son agresseur, elle le repousse et tente de s’enfuir, en vain. Il la rattrape et continue ses sévices jusqu’à l’arrivée d’un cycliste. Devant les policiers, la jeune femme décrit l’assaillant comme un homme d’une vingtaine d’années, mince, aux yeux foncés.

Une description récurrente pour des agressions commises à un rythme effréné pendant plus de 5 ans et qui lance les policiers à la recherche d’un homme casqué, sur un scooter de couleur foncée, au mode opératoire répétitif et qui s’en prend à des femmes seules, de tous âges, "laissant peu de doute sur le caractère sériel de ses agissements", concluent les enquêteurs.

"Tais-toi sinon je te tue"

Les attaques sont émaillées de violences physiques et verbales: "Tais-toi sinon je te tue", dit-il à l’une, "arrête de crier ou je t’étrangle", lance-t-il à une autre victime. Toutes décrivent un homme qui s’exprime avec un "accent des cités, comme celui des rappeurs". Mais les indices restent maigres… Jusqu’en 1997. Une nouvelle agression permet enfin aux policiers de relever l’ADN du criminel.

"Tout de suite après l’acte, ma cliente les a conduits sur les lieux et leur a montré le préservatif qu’il avait utilisé. Elle était certaine de ne pas se tromper car un préservatif rose à l’époque, ce n’était pas courant", nous raconte Me Déborah Meier-Mimran.

Des traces de semence sont également relevées sur une jupe, un bas de survêtement, et des t-shirt d’autres victimes. Le même ADN est encore retrouvé sur le t-shirt d’une femme qui a mordu "le violeur à la mobylette" jusqu’au sang. Si ces empreintes génétiques représentent une avancée pour l’enquête et confortent la thèse d’un auteur unique, elles ne trouvent encore aucune correspondance permettant de mettre un nom sur l’agresseur.

Plusieurs pistes sont envisagées, des signalements sont envoyés, exploités, des gardes-à-vue ont lieu mais jamais l’ADN ne correspond. A tel point qu’en 2005, le dossier est clos, s’ajoutant à la longue liste des affaires criminelles restées dans les limbes des dossiers irrésolus.

La science au service de l'enquête

C’est une avancée scientifique qui permet à l’enquête d’être relancée en 2014: la recherche ADN par parentèle. Cette technique consiste à faire des rapprochements entre les ADN enregistrés dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Cela permet de retrouver l’identité d’une personne dont on détient l’ADN grâce à celui de ses frères, soeurs, ascendants ou descendants enregistrés au FNAEG. Et dans l’affaire du "violeur de Sénart", il y a match.

Les enquêteurs s’orientent rapidement vers Abdelhamid Z. dont le profil a été enregistré à la suite d’une garde-à-vue. L’homme a quatre soeurs et trois frères, dont Aïssa Z. Âgé de 20 ans au moment des faits, il habite à Corbeil-Essonnes, chez ses parents, à seulement quelques kilomètres de la forêt. Il est interpellé le 28 décembre 2015.

S’il reconnaît dans un premier temps sa culpabilité, sans pour autant se souvenir des agressions, il change de version en mars 2017. Devant le juge d’instruction, l’homme aujourd’hui âgé de 45 ans, se déclare "étranger à ces faits" et innocent. S’il a un jour avoué, c’est sous le coup d’un "état de choc psychologique", assure-t-il, avançant par ailleurs que ses réponses aux interrogatoires ont été reformulées par les enquêteurs. A ce titre, il a d’ailleurs déposé plainte contre X pour abus de pouvoir, destructions, falsifications, faux en écritures par des personnes dépositaires de l’autorité publique et judiciaire.

"C’est son droit le plus stricte de se défendre, c’est sa vie qui est en jeu", concède Me Déborah Meier-Mimran qui déplore néanmoins un allongement de la procédure dû à ces recours. "Ma cliente n’attend qu’une chose, c’est d’obtenir enfin la vérité. Elle souhaite arrêter d’avoir peur que chaque homme qu’elle croise dans la rue puisse être son agresseur."

La défense face aux "incohérences" du dossier

"Ces recours, c’est devenu un sport national pour lui", tance Me François Friquet qui représente une autre partie civile. "Mais son ADN l’accuse, et à plusieurs reprises, il n’y a pas photo. Les jurés n’auront qu’à constater l’évidence", veut-il croire soulignant que les victimes "attendent la vérité pour tourner la page".

Du côté de la défense, les avocats d’Aïssa Z., Mes Gabriel Duménil, Cloé Fonteix et Marc Bailly, tonnent et pointent les "incohérences" du dossier.

"La personnalité de notre client ne correspond pas à celle de l’auteur que l’on présente et l’enquête a été menée à charge dès qu’il a été interpellé", expose à BFMTV.com Me Duménil affirmant que les expertises versées au dossier "seront en débat et leur force probante sera discutée".

Les jurés auront quatre semaines pour se forger leur opinion sur celui que certains appellent encore "bébé" et que d'autres dépeignent comme le violeur en série à la mobylette.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV