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Un homme condamné à 30 ans de prison pour féminicide libéré: les proches de la victime "catastrophés"

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Image d'illustration - JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Condamné à trente ans de prison pour l'assassinat de son ex-compagne, Ramon Cortès a été libéré jeudi en raison du dépassement du délai avant son procès en appel. Les proches et la famille de la victime dénoncent une souffrance supplémentaire pour eux.

Condamné en première instance à 30 ans de réclusion, en 2017, pour l'assassinat de son ex-compagne près de Perpignan en 2013, Ramon Cortès a été libéré jeudi après-midi en raison du dépassement du "délai raisonnable" avant son procès en appel, qui ne doit pas excéder deux ans. Ce dernier doit se tenir le 20 avril prochain devant les assises de l'Hérault, soit deux ans et demi avant le premier jugement.

"Juridiquement, cette décision, elle n'est pas critiquable", a commenté Me Raymond Escalé, l'avocat des proches de la victime, Rosine Roig, auprès de BFMTV. Mais ses clients sont "catastrophés".

"Les parents et la sœur de la victime Rosine Roig sont submergés par cette nouvelle de libération, ils ne comprennent pas", a-t-il ajouté auprès du Parisien. "Déjà, envisager de vivre un second procès à partir du 20 avril, c'était difficile pour eux. Cette libération, c'est une intense souffrance supplémentaire."

"C'est la loi et les juges sont là pour la faire respecter mais encore faut-il qu'ils aient les moyens de la faire respecter dans un sens comme dans l'autre. C'est un constat dramatique, effrayant, catastrophique. (...) Il n'est pas normal que la famille de la victime attende deux ans et demi pour qu'elle puisse enfin faire le deuil", a-t-il expliqué par ailleurs.. 

"Sa place n'est sûrement pas en liberté"

Le 16 septembre 2013, après avoir enlevé Rosine Roig, 45 ans, la mère de ses trois enfants, à la sortie de son travail au musée de Céret (Pyrénées-Orientales), Ramon Cortes l'avait exécutée dans les bois et enterrée dans une tombe creusée la veille. Il était ensuite allé se dénoncer au commissariat de Perpignan. Accusée de l'avoir aidé, sa maîtresse avait été condamnée en première instance à 18 ans de réclusion. 

"Pendant des mois, il l'a traquée, il l'a harcelée, puis traînée dans la forêt pour l'enterrer comme un déchet", avait insisté mercredi lors de l'audience sur la remise en liberté un autre avocat de la famille de la victime, Me Harald Knoepffle. 

Sept ans après les faits, le crime est toujours présent dans la mémoire des habitants de Céret, la commune théâtre du féminicide.

"La place de cet homme n’est sûrement pas en liberté à refaire sa vie avec sa nouvelle femme alors que Rosine est pour toujours au fond d’un trou", a déclaré une amie de la victime au Parisien. "Cet homme, c'est une honte qu'il soit relâché à l'heure actuelle, c'est un gros problème de justice. Il a commis un crime", s'émeut une habitante de la commune, interrogée par BFMTV. 

"La loi est dure, mais elle doit passer"

Lors de l'audience qui s'est tenue le 15 janvier, l'avocat général Hervé Poinot avait estimé que si "la loi est dure", "elle doit passer". "Je sais que mes explications aujourd'hui sont inaudibles pour la famille de la victime et pour le public, mais je dois vous demander la remise en liberté de Ramon Cortes", avait-il lancé lors des réquisitions. 

"C'est un message qui est délivré aux autorités, si vous ne donnez pas les moyens à la justice de remplir les objectifs que vous lui imposez, elle sera contrainte d'appliquer les textes et de remettre en liberté des personnes que vous ne penseriez pas voir libre", a réagi maître Jean-Marc Darrigade, l'avocat de Ramon Cortès, auprès de BFMTV. 

Ramon Cortès a été libéré sous un contrôle judiciaire "particulièrement strict, compte tenu du trouble à l'ordre public causé par la nature de l'affaire et pour prévenir tout risque de fuite", a détaillé jeudi Agnès Thibault-Lecuivre, porte-parole de la Chancellerie. L'homme doit se présenter deux fois par jour dans une gendarmerie désignée par la Cour d'appel.

Romane Ganneval