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Trenet, Picasso, Larsson... Ces héritages qui ont viré au pugilat

Statue de Charles Trenet dans sa maison natale à Narbonne.

Statue de Charles Trenet dans sa maison natale à Narbonne. - -

Mercredi, la cour d'appel de Paris se prononçait sur la demande d'annulation du testament de Charles Trenet. L'occasion de se pencher sur quelques célèbres bisbilles de succession.

Quand un héritage colossal est en jeu, il est aisé de passer du bureau du notaire à celui du juge. Alors que la famille de Charles Trenet, déshéritée au profit du secrétaire particulier du chanteur, se voit mercredi une nouvelle fois déboutée par la justice, BFMTV.com fait le récit de quelques célèbres querelles de succession.

Trenet, un testament jalousé

Charles Trenet à Bourges en 1977.
Charles Trenet à Bourges en 1977. © -

Ce qu'il laisse: un légataire unique, son secrétaire. Charles Trenet meurt en 2001 à 87 ans. Dans son testament rédigé en 2009, il a fait de Georges El Assidi, son secrétaire particulier, son unique héritier. Son patrimoine, qui comprend notamment une villa à Juan-les-Pins, un manoir à Aix-en-Provence, un appartement à Canet-Plage et des tableaux de maître, est estimé à plusieurs millions d’euros.

L'origine de la bisbille: la famille s'estime lésée. Lucienne et Wulfran Trenet, demi-sœur et neveu du "Fou chantant", n’ont droit à rien. En 2008, ceux qui sont les plus proches parents du chanteur accusent Georges El Assidi d'avoir profité de l'état de faiblesse de Charles Trenet pour être désigné seul et unique héritier de son testament, rédigé en 1999.

Les suites: plainte au civil après l’échec au pénal. La famille a saisi la justice civile après deux plaintes pénales infructueuses pour "abus de faiblesse", "extorsion", "violence" et même "homicide volontaire". En première instance, au mois de septembre 2011, leur demande avait été rejetée par le TGI de Créteil, le tribunal estimant que la preuve des manœuvres frauduleuses n'était pas démontrée.

Picasso, le flou artistique

Pablo Picasso en 1962
Pablo Picasso en 1962 © -

Ce qu'il laisse: un vide testamentaire. Pablo Picasso meurt en 1973 sans laisser de testament, ayant estimé de son vivant que "ces choses-là portent la poisse". Ses héritiers légaux sont son fils Paulo, et sa seconde épouse Jacqueline. En jeu, un héritage pharaonique de 700 millions d'euros.

L'origine de la bisbille: des enfants adultérins. Deux filles et un fils que Picasso n’a pas reconnus réclament leur part du gâteau. Et pour ne rien arranger, Paulo, le fils légitime, ne survit que deux ans à son père et meurt en laissant une épouse, un fils et une fille.

Les suites: six parts et une plainte. Les trois enfants illégitimes intentent une action en justice et se font reconnaître leur droit à l’héritage, dont la part est fixée à la moitié de celle des enfants légitimes. Celui-ci est donc divisé en six parts, 300 millions pour la veuve, 200 million pour chacun des deux petits-enfants et 85 millions pour chaque enfant illégitime.

En 2010, les héritiers sont unis pour poursuivre Pierre Le Guennec, un électricien retraité chez qui 271 dessins et esquisses de Picasso ont été retrouvés. L'homme argue qu'il a travaillé chez Picasso et que le maître les lui a donnés en dédommagement, mais il est mis en examen pour le recel des œuvres.

Pavarotti, beaucoup de bruit pour rien

Luciano Pavarotti en 2002 à Marseille
Luciano Pavarotti en 2002 à Marseille © -

Ce qu'il laisse: des millions et des dettes. Luciano Pavarotti meurt le 6 septembre 2007. Il laisse à ses héritiers une fortune et un patrimoine considérables, estimés par la presse italienne entre 30 et 200 millions d’euros. En contrepartie, il leur lègue aussi de 18 millions d’euros… de dettes. Atteint d'un cancer, il avait arrêté son activité mais continuait de payer ses collaborateurs, et avait beaucoup dépensé pour ses soins.

L’origine de la bisbille: deux testaments. Le chanteur lyrique a rédigé son testament quelques mois seulement avant sa mort. Dans une première version, datée du 13 juin 2007, il a distribué conformément à la loi italienne la moitié de son héritage à ses enfants (quatre filles de deux mariages), et l'autre moitié à sa seconde épouse, Nicoletta Mantovani, de trente-quatre ans sa cadette.

Mais dans une seconde version, rédigée le 29 juillet, il attribue exclusivement à sa seconde épouse trois appartements à New York ainsi que des tableaux de Matisse, pour un montant total de 15 millions d'euros.

Au même moment, la presse italienne met de l'huile sur le feu en laissant entendre que Nicoletta Mantovani aurait profité de la faiblesse du chanteur en fin de vie pour lui soutirer ces biens et qu'elle était brouillée avec les trois filles ainées de Luciano Pavarotti, nées d'un premier mariage.

Les suites: beaucoup de bruit pour rien. Nicoletta Mantavoni se défend de toute manipulation et invoque son "amitié" avec ses belles-filles. Elle porte même plainte contre deux amies du ténor pour diffamation. Les trois filles évoquent de leur côté de "prétendues chamailleries". Un accord est rapidement trouvé et les biens du second testament sont intégrés dans la part réservée à Nicoletta Mantovani dans le premier document.

Stieg Larsson et les millions de Millenium

Stieg Larsson
Stieg Larsson © -

Ce qu'il laisse: un succès posthume. Stieg Larsson, l'auteur de la trilogie Millenium, est un millionnaire posthume. Il décède d'une crise cardiaque en 2004, avant même la sortie du premier tome. Après sa mort, les royalties tombent. Problème: il n'a jamais laissé de testament.

L'origine de la bisbille: une compagne sans droits. Eva Gabrielsson, qui a passé 32 ans de sa vie avec Stieg Larsson, entend récupérer sa part des royalties. Mais elle ne touche rien: elle n'était pas mariée avec l'auteur, et ils n'avaient pas d’enfants ensemble. Légalement, les royalties reviennent donc au père et au frère de l’écrivain suédois, Erland et Joakim Larsson. Après cinq ans de bataille judiciaire et 13 millions d’euros empochés, ceux-ci lui proposent en 2009 deux millions pour qu'elle les laisse tranquilles. Mais Eva Gabrielsson refuse.

Les suites: un livre défouloir. Début 2011, Eva Gabrielsson publie un livre, "Stieg, Millenium et moi" dans lequel elle règle ses comptes avec la famille Larsson, qu’elle accuse notamment de radinerie. Les gains de Millenium ont alors atteint 30 millions d"euros et elle réclame la gestion de l'héritage littéraire de son compagnon.

Hergé, un héritage artistique muselé

Statue d'Hergé à Angoulême.
Statue d'Hergé à Angoulême. © -

Ce qu'il laisse: une veuve… qui se remarie. Le père de Tintin meurt en 1983 sans laisser de consigne, sinon celle de "pas de Tintin après moi". Sa veuve, Fanny, hérite de la totalité des droits de ses œuvres. Dix ans après, elle se remarie après avec un Londonien sulfureux, Nick Rodwell. Depuis, c'est lui qui gère la fortune d’Hergé et les royalties du reporter à la houpette.

L'origine de la bisbille: un héritage artistique muselé. Dans les années 1980, Nick Rodwell a intégré l'équipe qui gère le marchandising de Tintin. C’est là qu'il fait la connaissance de la veuve d'Hergé. Après leur mariage, elle le nommera à la tête de la société Moulinsart, qui gère les droits de l'œuvre et les royalties issues de Tintin. Il va museler l'œuvre en récupérant l'ensemble des licences attribuées à différentes firmes, et attaquer quiconque la reproduit.

Les suites: des inimitiés en pagaille. Des dizaines d'entreprises qui vivaient de Tintin se retrouvent sur le carreau. Dans un même temps, Nick Rodwell intente pléthore d'actions en justice contre des utilisations non autorisées de l’œuvre d’Hergé, des logos sur la façade de libraires, des parodies sur internet… Il se brouille également avec l'éditeur historique Casterman et menace de casser le contrat d’auteur. Nick Rodwell multiplie les inimitiés, les anciens amis d’Hergé se défoulent contre lui, mais l'Anglais ne partage pas davantage les droits de l'oeuvre.

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