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Terrorisme

Mort de Clarissa Jean-Philippe: ceux qui ont affronté Coulibaly racontent

Sur les lieux de l'attaque, à Montrouge, dans le sud de Paris, le 8 janvier 2015.

Sur les lieux de l'attaque, à Montrouge, dans le sud de Paris, le 8 janvier 2015. - Kenzo Tribouillard - AFP

Ils sont les héros méconnus des attentats de janvier. Un policier municipal et deux agents de voirie étaient présents sur les lieux de l'attaque de Montrouge, au cours de laquelle Amedy Coulibaly avait tué la jeune policière Clarissa Jean-Philippe, le 8 janvier. Ils ont été décorés jeudi. L'un d'eux a témoigné pour la première fois, et a raconté comment il a directement affronté le tueur.

Près de dix mois après les faits, ils parlent pour la première fois. Jeudi, à Nanterre, deux agents de la voirie et un policier municipal qui se trouvaient près de Clarissa Jean-Philippe, froidement abattue par Amedy Coulibaly le 8 janvier dernier, au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, ont reçu la médaille de la sécurité intérieure, rapporte France Ô. Créée en 2012, décernée par le ministère de l'Intérieur, cette récompense est attribuée à des personnes ayant accompli un acte de bravoure. 

Une banale intervention

Le 8 janvier dernier, ces trois hommes étaient présents sur les lieux du drame, à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, et ont tenté d'intervenir pour stopper le terroriste. L'un d'eux, Laurent, un agent de voirie de 41 ans, a vu la jeune policière tomber.

"Ce matin-là, on a reçu un coup de fil comme c'est le cas quand il y a un accident", raconte-t-il, en l'occurrence pour intervenir sur un banal accrochage entre voitures.

Sur place, en attendant la dépanneuse avec son collègue Eric, il entame la conversation avec deux policiers municipaux présents sur les lieux, dont Clarissa Jean-Philippe. 

"Mon seul moyen de survie, c'était de lui sauter dessus"

C'est à ce moment là qu'Amedy Coulibaly s'approche du petit groupe. "J’ai senti quelqu’un qui me tirait par le bras, donc je me suis retourné. Et j’ai vu ce type cagoulé. J’ai tapé sur le bout de la Kalachnikov en pensant que c’était un jouet", se souvient Laurent. La situation bascule en l'espace de quelques dixièmes de seconde. Le terroriste tire plusieurs coups de feu. Eric est gravement blessé au visage, une balle lui a transpercé la peau au-dessus de la lèvre, et est ressortie derrière sa mâchoire. Clarissa, elle, est déjà à terre, mortellement blessée par deux balles. 

"Je me suis dit que mon seul moyen de survie, c’était de lui sauter dessus. Alors, je lui ai sauté dessus. Et je me suis agrippé comme une sangsue", raconte Laurent, cité par le Parisien.

Le quadragénaire se souvient du regard d'Amedy Coulibaly à ce moment précis. "C’est clair qu’il était shooté. Ces mecs-là, ils prennent des trucs avant de passer à l’acte. C’est pas du courage".

"J'ai entendu un clic"

L'instinct de survie pousse Laurent à attraper le canon de la kalachnikov de Coulibaly, afin de l'empêcher de tirer à nouveau. Mais affaibli par une crise d'hypoglycémie, il s'écroule.

Le terroriste sort alors un pistolet 9 mm de sa poche, et le pointe sur l'agent de voirie. "Ah tu veux jouer? Ben tu vas crever", lui lance Coulibaly. Mais son arme s'enraye. "J'ai entendu un clic. En fait l’arme s’est enrayée. Heureusement, sinon je ne serais plus là". Le tueur lui donne un coup à la tête, avant de prendre la fuite. Miraculé, Laurent est convaincu que Coulibaly cherchait à s'en prendre à une école juive située non loin de là.

"On reconnaît enfin ce qui s’est passé"

Pour les rescapés, cette cérémonie de remise de médailles est vécue comme un soulagement. "Aujourd’hui, on reconnaît enfin ce qui s’est passé", estime Eric. "Nous attendions ces médailles pour en finir avec le 8 janvier. On va commencer à pouvoir tourner la page", explique Laurent à France Ô

Et de déplorer l'absence en hommage à la jeune policière d'origine martiniquaise. "La seule personne qui est morte à Montrouge, c'est celle dont on ne parle pas. J'aimerais que la famille de Clarissa quand elle vient en métropole puisse avoir un endroit où se recueillir. Là, il n'y a rien. C'est un manque de respect. Je pense souvent à sa famille en Martinique, ils doivent être dégoûtés."

Adrienne Sigel