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Relaxe des "décrocheurs" de portraits de Macron: les questions que pose la décision controversée du tribunal de Lyon

La décision d'invoquer "l'état de nécessité" et le "motif légitime" divise, au sein même de la classe politique.

Lundi après-midi, deux "décrocheurs" d'un portrait d'Emmanuel Macron ont été relaxés par le tribunal correctionnel de Lyon qui, de manière inédite, a invoqué "l'état de nécessité" et le "motif légitime". Initialement poursuivis pour vol en réunion, tous deux sont toutefois sous le coup d'une procédure d'appel de la part du parquet. 

  • Comment le tribunal justifie-t-il sa décision inédite? 

Dans sa décision, le juge a reconnu que le vol de "l'objet d'une valeur fortement symbolique" était bien matérialisé. Mais, selon lui, la réalité du dérèglement climatique "affecte gravement l'avenir de l'humanité", ce qui légitime "d'autres formes de participation" des citoyens, "dans le cadre d'un devoir de vigilance critique."

Pour lui, l'intrusion d'une vingtaine de militants dans la mairie d'arrondissement lyonnaise n'a troublé l'ordre public que de manière "très modérée". Le magistrat a estimé que l'action des militants a finalement constitué une interpellation légitime du président de la République. 

"Le décrochage et l'enlèvement sans autorisation de ce portrait dans un but voué exclusivement à la défense de cette cause (...) doit être interprété comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple", a-t-il encore indiqué.
  • Une décision qui fera jurisprudence? 

Si un appel a été annoncé par le parquet, la décision du tribunal de Lyon fera date. Pour Cécile Duflot, ancienne ministre de l'Égalité des territoires et du Logement, qui a témoigné lors du procès, le verdict s'inscrit dans "une longue histoire où ce sont les tribunaux qui, parfois, ont été en avance et ont interpellé le pouvoir exécutif sur des situations qui étaient des situations de manque de droit", explique-t-elle auprès de FranceInfo.

"C'est une bonne chose que le tribunal ait pris cette décision. Je crois que quoi qu'il arrive, cette décision du tribunal correctionnel de Lyon restera dans l'histoire", poursuit-elle encore. 

Pour notre éditorialiste politique Christophe Barbier, cette décision pourrait bel et bien faire jurisprudence.

"Le parquet s'inquiète, il trouve que ça fait mauvais exemple. S'il y avait eu une condamnation symbolique parce que la cause est juste, d'accord, mais la méthode est mauvaise, c'est un vol quand même. Vous n'êtes pas content de ce que fait le gouvernement en matière de lutte contre l'insécurité routière, volez des feux rouges! Cela peut aller loin", détaille-t-il. 
  • Quel impact sur les prochains procès?

Les procès de "décrocheurs" se multiplient ces dernières semaines. Le premier s'était tenu fin mai à Bourg-en-Bresse, dans l'Ain. Un militant écologiste avait été condamné à une peine d'amende ferme de 250 euros et cinq autres à une amende avec sursis. 

Deux semaines plus tard, le tribunal correctionnel de Strasbourg avait relaxé trois militants qui avaient brièvement décroché un portrait du chef de l'État dans une mairie du Bas-Rhin. 

La semaine dernière, huit militants écologistes jugés à Paris ont défendu cette action de désobéissance civile pour dénoncer "l'inaction climatique" au sommet de l'État, invoquant un "devoir moral".

"Cela donne beaucoup d’espoir pour la suite des procès, il y en a encore 13 à venir et on espère que cela va influencer", explique de son côté Fanny Delahalle, l'une des deux relaxées auprès de BFM Lyon.
  • Quelles ont été les réactions? 

Dès la décision du tribunal prise, les réactions se sont multipliées. Dans un communiqué, le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a estimé que "cette décision doit sonner l'arrêt de l'acharnement judiciaire que (la Garde des Sceaux) Nicole Belloubet et ses procureurs font subir depuis plusieurs mois aux militants écologistes". 

Le porte-parole d'EELV Julien Bayou s'est également réjoui sur Twitter d'une "victoire symbolique extrêmement forte". "Le tribunal a reconnu à la fois l'insuffisance des politiques publiques et la légitimité des actions de décrochage de portrait dans une démocratie en panne."

Invitée ce mardi matin de BFM Lyon, Fanny Delahalle, l'une des deux militantes relaxées, a salué une "bonne décision" et une "bonne surprise." 

"Je pense qu’on a un juge qui a eu beaucoup de courage avec cette décision, c’est historique et rare. On espère une jurisprudence", a-t-elle expliqué. "C’est une vraie victoire, ça montre que la justice reconnaît que Macron n'est pas à la hauteur des enjeux climatiques et que nous sommes légitimes à la désobéissance civile. On voulait laisser un vide à la place du portrait qui symbolise sa politique", a-t-elle ajouté. 

Dans la matinée, la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne a de son côté assuré que les "comportements inciviques ne méritent pas d'être encouragés". 

Hugo Septier