BFMTV

Procès du génocide au Rwanda: Simbikangwa condamné à 25 ans de prison

Dessin d'audience réalisé le 4 février 2014 et montrant Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France en lien avec le génocide.

Dessin d'audience réalisé le 4 février 2014 et montrant Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France en lien avec le génocide. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Le verdict de cette audience historique a été rendu vendredi soir aux alentours de 22 heures. L'homme condamné était le premier Rwandais poursuivi en France pour le génocide rwandais. Il envisage de faire appel.

Le Capitaine Pascal Simbikangwa, qui dit avoir traversé le génocide rwandais sans voir un seul cadavre, a été condamné vendredi à 25 ans de réclusion criminelle pour son rôle dans cette tragédie, 20 ans après les massacres dans lesquels le rôle de la France a été très critiqué. Ses avocats ont indiqué envisager de faire appel, et ont dénoncé un jugement "politique".

La cour d'assises de Paris a reconnu l'ex-officier de la garde présidentielle, aujourd'hui âgé de 54 ans, coupable de génocide et de complicité de crimes contre l'humanité, au terme d'un procès fleuve de six semaines et d'un délibéré de 12 heures.

"Le fait qu'il conteste avoir vu le moindre cadavre (revient à) manifestement minimiser son rôle et sa connaissance des massacres qui se déroulaient sous ses yeux", a jugé la cour. Pour elle, Simbikangwa a bien distribué des armes aux miliciens Interahamwe qui tenaient les barrages dressés dans Kigali et "donné des instructions pour que les Tutsi soient systématiquement exécutés sur le champ".

La perpétuité requise

Elle a aussi estimé "invraisemblable", au vu de son parcours politique, qu'il soit resté inactif" après l'assassinat au soir du 6 avril 1994 du président Juvénal Habyarimana, dont il était proche. "L'authenticité de mon innocence n'a plus besoin de preuves", avait pourtant lancé en guise de derniers mots au jury celui qui est cloué depuis 1986 dans un fauteuil roulant suite à un accident de la route.

L'accusation avait réclamé dans un réquisitoire implacable la perpétuité contre un "donneur d'ordre", "génocidaire négationniste". L'avocat général Bruno Sturlese avait d'ailleurs demandé la requalification des faits en "crime de génocide", finalement retenu par la cour, alors que l'accusé était entré dans le box poursuivi pour "complicité".

Bientôt d'autres procès?

Au fil des audiences, le capitaine Simbikangwa, qui niait en bloc, était apparu toujours passionné de politique, restant sur la plupart des positions des extrémistes hutu, tout en cherchant systématiquement à minimiser son rôle et sa compréhension des massacres à l'époque.

Et, à la stupéfaction générale, il a répété sans fléchir n'avoir vu aucun cadavre pendant les 100 jours d'horreur au cours desquels 800.000 personnes, principalement tutsi, ont été massacrées entre avril et juillet 1994.

Vingt-sept informations judiciaires sur le Rwanda sont actuellement traitées au "pôle génocide" du parquet de Paris, dont deux sont proches de la fin de l'instruction.

M. T. avec AFP