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Plus nombreuses, plus mobiles: à Paris, la stratégie des forces de l'ordre décryptée

Le nombre de policiers dans les rues de Paris a doublé par rapport au 1er décembre.

Le nombre de policiers dans les rues de Paris a doublé par rapport au 1er décembre. - Eric Feferberg - AFP

8000 policiers et gendarmes étaient mobilisés dans les rues de Paris ce samedi afin d'éviter que des violences comparables à celles de la semaine précédente ne se reproduisent. L'accent a été mis sur l'anticipation avec, à la mi-journée, plus de 500 interpellations préventives.

8000 policiers et gendarmes mobilisés principalement dans les zones sensibles, des périmètres d'interdiction définis pour protéger les institutions et les monuments, des grillages anti-émeutes, des véhicules blindés à roues de la gendarmerie... Le dispositif des forces de l'ordre déployé dans Paris était "exceptionnel" ce samedi pour tenter d'empêcher que les violences de la semaine dernière ne se reproduisent. Avec une nouvelle stratégie: celle d'empêcher que les casseurs ne se mêlent pas aux gilets jaunes pacifiques.

Certes, il y a de nouveau eu de nombreux dégâts, plusieurs voitures brûlées et des pillages. Plus d'une centaine de blessés, également, dont des journalistes et des membres des forces de l'ordre. Mais les images de cette nouvelle journée de mobilisation étaient bien loin de celles de la semaine dernière, avec des scènes des affrontements plus contenus, alors que les autorités s'attendaient au pire. Dès les premières heures du jour, des gilets jaunes, beaucoup pour la première fois, se sont rassemblés place de l'Etoile, mais aussi porte Maillot. Il aura fallu attendre 10h20 pour voir la première utilisation de gaz lacrymogènes des CRS lors de tensions avec les manifestants à l'intersection de l'avenue des Champs-Elysées et de la rue Arsène Houssaye. Les heurts avaient débuté dès 8h30 la semaine passée.

Des interpellations préventives

A la mi-journée, les forces de l'ordre avaient procédé à plus de 580 interpellations, donnant lieu à plus de 420 gardes à vue. 920 en tout à la fin de la journée, pour 619 gardes à vue, selon un nouveau bilan dévoilé ce dimanche matin. Des chiffres bien supérieurs à ceux de la semaine dernière qui sont la conséquence d'une nouvelle méthode. Sur réquisitions du procureur de la République de Paris, un grand nombre de contrôles d'identité ont été réalisés dans les gares, péages et dans les rues, donnant lieu à ces arrestations préventives. Marteaux, pierres, boules de pétanque, frondes, masques, lunettes de protection... Du matériel a été saisi sur les individus, dans leur sac ou voiture.

"On a l’attirail parfait du casseur, des gens qui veulent commettre des dégradations sur les commerces, les monuments", a rappelé Johanna Primevert, la porte-parole de la préfecture de police de Paris, sur notre antenne. "Pour l’instant, ils n’ont pas en leur sein des gens qui contaminent la manifestation dans un objectif de blesser les forces de l’ordre"

Le nombre des forces de l'ordre présentes dans la capitale a doublé par rapport à la semaine dernière. Dans le même temps, la stratégie du maintien de l'ordre à la française, qui consiste à mettre à distance les manifestants, a été revue. Des consignes avaient été données aux agents, par le préfet de police de Paris, d'aller plus rapidement au contact et d'être beaucoup plus mobiles, notamment en supprimant les barrages filtrants aux abords des Champs-Elysées. Le rassemblement des manifestants pacifiques était alors moins dense, notamment sur le rond-point de l'Etoile ne leur permettant pas aux individus violents, munis de gilets jaunes, de s'infiltrer dans la foule.

Plus de mobilité

Des agents plus mobiles dans le temps mais aussi dans l'espace grâce à un redéploiement possible des policiers et gendarmes dans les différents quartiers d'après les remontées de terrain. Cette méthode a d'ailleurs permis de contenir les différents foyers de violences dans la capitale. D'abord sur les Champs-Elysées, avenue Friedland, boulevard Courcelles, boulevard Haussmann, ou encore rue de Bretagne dans le IIIe arrondissement, où des casseurs ont tenté d'ériger des barricades.

Là encore, les images tranchent avec celles du samedi 1er décembre. Beaucoup moins de véhicules en feu, les individus violents ont pris du mobilier urbain ou décroché les planches de bois qui protégeaient les vitrines des magasins pour dresser des barricades que les forces mobiles sont venues détruire rapidement, laissant le passage aux camions à eau pour éteindre les incendies.

"En matière de maintien de l'ordre, les policiers et gendarmes sont habitués à recevoir des projectiles", a d'ailleurs noté Driss Aït-Youssef, spécialiste de la sécurité, estimant qu'il s'agissait de faits habituels lors d'une manifestation.

Des violences mais pas de débordements

Plus mobiles mais aussi plus rapides, les agents ont pu charger immédiatement les groupements qui se constituaient. En renfort, des hommes des brigades de recherche et d'intervention (BRI) procédaient aux interpellations. Dans le IIIe arrondissement, ce sont des policiers à cheval de la préfecture de police de Paris qui sont intervenus pour poursuivre des casseurs et les encercler. Pour le symbole, les véhicules blindés de la gendarmerie ont circulé dans les rues.

Une stratégie de harcèlement pour reprendre rapidement les zones envahies par les groupes violents à coup de grenades assourdissantes et gaz lacrymogènes. Contrairement à la semaine dernière, les casseurs reculaient plus facilement, malgré les nombreux points de tensions dans le 8e et le 17e arrondissement de la capitale qui ne se sont pas transformés en débordements.

"En fonction du désordre, du niveau de violence, ça peut inciter des personnes mal intentionnées à venir sur les zones de manifestations pour piller, casser, se livrer à de la délinquance crapuleuse. Si dès le matin on montre une impression de maîtrise, ça n’incite pas des personnes mal intentionnées à venir commettre d’autres infractions pénales", a expliqué Guillaume Farde, maître de conférence à Sciences Po.
Justine Chevalier