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Outreau: après l'affaire, une vie dure pour tous

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Le procès de Daniel Legrand, parfois baptisé "Outreau 3", renvoie l'institution judiciaire à un de ses pires souvenirs. A cette occasion, on constate également que la vie de l'ensemble des protagonistes a été brisée, quasiment sans exception.

Victimes et acquittés de l'affaire de pédophilie d'Outreau, considérée comme l'un des pires fiascos judiciaires de ces dernières années, s'apprêtent à revivre un nouveau procès, avec l'ouverture mardi à Rennes de celui de Daniel Legrand fils, 33 ans, l'une des 13 personnes mises hors de cause dans cette affaire en 2005. Que sont devenues les autres?

Daniel Legrand, interpellé en 2001 alors qu'il n'avait que 19 ans a été acquitté le 1er décembre 2005, lors du procès en appel. Derrière, il sombre dans la dépression. Son père a été acquitté dès le premier procès, en 2004 mais après deux ans et demi de détention préventive douloureuse, il est mort des suites d'un cancer, en 2012.

Myriam Badaoui libérée en 2011

Ceux qui devinrent les "acquittés d'Outreau" avaient été arrêtés après les déclarations d'un fils de Thierry et Myriam Delay-Badaoui, accusant de viol un "Danny Legrand". Le couple avait été condamné à 10 et 15 ans de réclusion lors du premier procès. Myriam Badaoui a été libérée en septembre 2011, aux deux tiers de sa peine après avoir suivi en détention une formation d’hôtellerie-restauration. 

En 2015, Jonathan et Chérif Delay sont parties civiles du nouveau procès et réitèrent les accusations de viols. Dimitiri hésite à se présenter devant la Cour de Rennes alors que l'on n'a pas de nouvelles de Dylan. Chérif, l'aîné, est actuellement en hôpital psychiatrique. Il avait publié en 2011 Je suis debout, qui mettait de nouveau en cause pour viols, outre ses parents et leurs voisins condamnés, plusieurs des acquittés. Les quatre ont connu les familles d'accueil après l'incarcération de leurs parents.

Le "couple des voisins" et les Lavier

Aurélie Grenon et Thierry Delplanque, surnommés le "couple des voisins", avaient accusé à tour de bras les voisins mais aussi reconnu des viols avant de faire marche arrière. Ils confiaient ainsi leur honte à Libération dès 2004 d'avoir "suivi ce que disait Myriam" Badaoui.

Sandrine et Franck Lavier, condamnés puis acquittés en 2005, sont revenus au coeur de l'actualité pour des violences sur deux de leurs cinq enfants. Pour ces faits, le couple a été condamné en 2012 à 10 et 8 mois de prison avec sursis pour "violences habituelles" mais relaxés du chef de corruption de mineurs. 

Des fortunes diverses pour les autres mis en cause d'Outreau

L'Abbé Dominique Wiel, prêtre-ouvrier est resté dans la région entre Outreau et Calais et aide notamment les migrants qui séjournent dans la seconde ville. Karine Duchochois est devenue journaliste reporter à la radio. Thierry Dausque s'est installé en 2011 à Béthune et travaille dans le bâtiment, rapportait Le Figaro à l'époque. L'huissier de justice Alain Marécaud dont l'épouse avait aussi été mise en cause, avait lui tenté de suicider en 2005 après avoir comparu libre.En 2011, il avait repris son activité professionnelle.

Christian Godard, l'ex-mari de Roselyne Godard surnommée "la boulangère", est lui décédé en 2012 d'une crise cardiaque. En 2002, François Mourmand, ferrailleur âgé de 33 ans au moment des faits, meurt en prison un an après sa mise en détention.Enfin, Jean-Marc Couvelard, handicapé physique et mental avait été placé en garde à vue mais n'a jamais été incarcéré. Il avait fait l'objet d'un "non-lieu pour charges insuffisantes" lors du premier procès.

Le juge Burgaud, peu sanctionné mais associé au fiasco

En septembre 2011, Fabrice Burgaud, juge d'instruction de l'affaire Outreau, a été nommé magistrat du premier grade à la Cour de cassation. En 2009, le juge Burgaud avait écopé d'une "réprimande avec inscription au dossier" par le Conseil supérieur de la magistrature. Une sanction très basse. A l'occasion d'un documentaire en 2013 sur l'affaire, il avait refusé de s'exprimer et présenter ses regrets comme le lui avait suggéré l'auteur. 

Mais son nom restera à jamais associé à l'un des plus grands scandales judiciaires: 17 personnes avaient été jugées devant les assises pour avoir participé à des abus sexuels sur mineurs. Parmi elles, 13 seront mises hors de cause, 7 lors du premier procès en 2004 et 6 autres en appel en 2005.

Enfin le procureur de Boulogne Gérald Lesigne avait en 2008 été muté, à la demande Rachida Dati, ministre de la Justice, à Caen.

S.A. avec AFP