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Opération Sentinelle: un rapport confidentiel propose de supprimer les militaires statiques

INFO BFMTV - Initiée après les attentats de 2015, l'opération Sentinelle mobilise 10.000 soldats en permanence sur le territoire national. Face à une menace de plus en plus aléatoire et imprévisible, un rapport préconise de la faire évoluer, notamment en supprimant les gardes statiques.

Comment améliorer la protection militaire dans un contexte où le risque terroriste n'a jamais été aussi fort? Comment s'adapter à une menace de plus en plus aléatoire et imprévisible? BFMTV vous révèle ce jeudi un rapport confidentiel du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), un service du Premier ministre travaillant en liaison étroite avec la Présidence de la République.

Ce document met en avant plusieurs pistes d'amélioration pour l'opération Sentinelle, ces 10.000 soldats déployés sur le territoire et chargés de sécuriser les sites sensibles (lieux de culte, écoles, représentations diplomatiques...). Sorti en février dernier, il préconise de changer la logique de l'opération, mise en place au lendemain des attentats de janvier 2015 à Paris. Notamment en supprimant les gardes statiques, qui rendent la surveillance prévisible et font du militaire une cible potentielle.

> Supprimer les gardes statiques

Premier constat: le militaire en garde statique est une cible pour les terroristes. La surveillance statique, c'était pourtant l'idée de départ de l'opération Sentinelle. Mais devant une menace qui dure, le document préconise de généraliser des patrouilles mobiles, dans des zones sensibles plutôt que sur des sites en particulier. L'idée? Renforcer le caractère aléatoire de la surveillance, créer l’incertitude chez les terroristes, et permettre aux militaires de recueillir de l’information en étant au contact de la population.

"Si vous avez une patrouille qui se promène dans un quartier, on ne sait pas où elle est. Elle se promène de façon aléatoire. Elle va chercher du renseignement, elle est en contact avec la population et elle est capable d’intervenir. Lorsque vous avez trois soldats qui sont devant un bâtiment", fait valoir au micro de BFMTV le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire auprès de l'ONU.
Au contraire, explique-t-il, en l'état actuel, "lorsque vous avez trois soldats qui sont devant un bâtiment, clairement si ils sont tous relevés en permanence au même endroit, on désigne à l’ennemi des cibles qu’il pourrait attaquer."

> Alterner les temps forts et les temps faibles

Le texte conseille aussi d'alterner les temps forts et les temps faibles de la surveillance. Par exemple: surveiller l'entrée ou la sortie d’une école ou d’un lieu de culte constituerait un temps fort. Et pendant le temps faible, les patrouilles seraient préférées aux gardes fixes.

> Mutualiser la surveillance

Il est également proposé de mutualiser la surveillance de certains sites, de les faire surveiller à la fois par les militaires et les policiers.

> Doter les militaires d'un pistolet automatique

Pour patrouiller au milieu des civils, le rapport propose d'adapter l'armement des militaires, en les dotant, en plus de leur fusil d'assaut, d'un pistolet automatique. Une arme moins sujette aux ricochets et aux dommages collatéraux.

> Appuyer les policiers en cas d'attentat

Enfin, autre proposition: en cas d'attentat, les militaires de Sentinelle pourraient jouer un rôle et appuyer les forces de police en intervention. Le rapport souligne que l'armée dispose de compétences intéressantes en termes de protection NRBC (prévention des risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques) face au risque chimique, aux explosifs ou au secourisme en zone de combat.

> Consacrer plus de temps à l'instruction et l'entraînement

Le rapport pointe aussi le caractère chronophage de Sentinelle: en 2015, l’armée a consacré 40 à 50% de son temps à la projection intérieure, alors qu’elle n’y consacrait que 5% avant l’activation du contrat de projection.

En conséquence, le temps consacré à l’instruction et à l’entraînement en garnison ou au sein de centres spécialisés est actuellement insuffisant pour maintenir l’ensemble des compétences requises. Alors qu’elle doit consacrer 90 jours par an à la préparation opérationnelle, l’armée de terre n’en aura conscré que 64 en 2015.

V.R. avec Cécile Ollivier