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Nanterre: l'homme accusé d'avoir brûlé vive sa compagne condamné à 20 ans de prison

Le tribunal de Nanterre a été évacué ce lundi matin (photo d'illustration).

Le tribunal de Nanterre a été évacué ce lundi matin (photo d'illustration). - Jack Guez

Christophe J., 42 ans, était jugé depuis jeudi à la cour d'assises de Nanterre pour avoir brûlé vive sa conjointe, sous les yeux de leur fille en septembre 2017. Il s'est défendu en assurant que c'était un suicide qui avait mal tourné, sans toutefois réussir à convaincre le jury.

"Il n’y a aucune forme d’amour, de passion, dans ce geste mortifère", a répété l'avocate générale. Ce mercredi, la cour d'assises de Nanterre (Hauts-de-Seine) a condamné Christophe J., 42 ans, à 20 ans de prison, pour avoir brûlé vive sa compagne, Ghylaine Bouchait, sous les yeux de leur fille en septembre 2017. Jugé pour homicide volontaire sur conjoint, il encourait la réclusion criminelle à perpétuité.

"Elle a souffert le martyre"

Le couple était ensemble depuis dix ans quand, le soir du 22 septembre 2017, Christophe J. a vidé le contenu d'une bouteille d'eau Cristalline remplie d'essence sur sa compagne, dans leur appartement du Plessis-Robinson, puis y a porté la flamme d'un briquet. Ghylaine avait un amant, elle voulait partir et il ne pouvait le supporter. Brûlée à 92%, elle meurt deux jours plus tard des suites de ses blessures. Une fin "inévitable" selon l'avocate générale: "Elle a souffert le martyre. C’est d’une violence inouïe."

Un "acte fou" a reconnu l'avocat de la défense Aurore Francelle, réalisé devant les yeux de leur fille, alors âgée de sept ans. Absente à l'audience, Camille était pourtant constamment là pendant ces cinq jours de débat. Là, quand le juge a rappelé ses mots, durant l'instruction: "Papa a voulu suicider maman”, il a "jeté du gaz" sur maman. Là, par la lecture, douloureuse, de son journal intime:

"Maman, tu me manques. Est-ce que je te manque? Tu n’as qu’à juste me répondre dans mes rêves. (...) J’ai fait de mon mieux pour que papa ne te tue pas mais il l’a fait”, a rapporté Maître Fabien Arakelian, représentant la famille de la victime.

Immaturité affective

Depuis le box, Christophe J., n'a pu contenir ses larmes à l'évocation de sa "petite fille merveilleuse" qu'il n'a pas vue depuis 845 jours. Ses bras portent encore les stigmates de l'incendie et des nombreuses greffes de peau qu'il a subies depuis, en détention. Sa mémoire, aussi, semble durablement marquée. Il échoue, à de nombreuses reprises, à donner des précisions sur le soir du drame. "La bagarre a-t-elle commencé dans sa chambre? Y-a-t-il eu un coup de poing au visage? Comment le corps de Ghylaine a pris feu? Vous n’avez pas approché le briquet près d’elle?" Autant de questions demeurées sans réponses et auxquelles son avocate a tenté laborieusement de trouver une justification: "son cerveau se défend". 

Dépeint comme un homme "immature affectivement”, souffrant d'une "grande dépendance sentimentale" par les experts, il répète, d'une voix à peine audible, que son geste ne visait que lui: "J'ai voulu me suicider." 

"Ça faisait 20 jours que je ne dormais plus, j’étais entré dans un état de démence. Un état où on n’est pas totalement maître de ses actes. L’être humain n’est pas fait pour ne pas dormir”, essaye-t-il encore.

Ses propos n'ont pas "convaincu" l'avocate générale, qui avait requis une peine d'au moins 25 ans de prison ainsi que le retrait de l'autorité parentale. "C'est dévastateur. Camille a besoin de son père", a rétorqué Maître Francelle. "Christophe J. n'est pas un monstre. (...) Il faut avoir un peu d'empathie", a poursuivi son confrère, Maître Julien Chaouat, offusquant les parties civiles. En fin d'après-midi, la cour a donc condamné Christophe J. à 20 an de réclusion. Elle a également retiré l'autorité parentale de l'accusé. Dans son journal intime, Camille n'avait pas attendu le verdict pour se présenter comme "la fille d'un meurtrier."

*Le prénom a été changé

Esther Paolini