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Mère infanticide: "Elle refuse toute autre explication que la sorcellerie"

Dès premier jour de son procès, Fabienne Kabou a reconnu avoir tué sa fille de 15 mois en 2013. Elle dit avoir été victime d'un sort.

Le procès de Fabienne Kabou a débuté lundi devant la cour d'assises de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais. Ce n’est pas tant sa culpabilité qu'il s'agira d'établir que de savoir pourquoi Fabienne Kabou a tué sa fille Adélaïde.

Après avoir évoqué dans une parfaite maîtrise de la langue française son enfance à Dakar, au Sénégal, où elle est née d'une mère secrétaire et d'un père traducteur à l'ONU, son arrivée en France pour ses études, sa rencontre avec Michel Lafon, le père de la fillette, elle a lancé sans changer de ton:

"En 2011, je tombe enceinte d'Adélaïde, elle née en août et je finis par la tuer, 15 mois après sa naissance".

C'était le 19 novembre 2013. Le lendemain, le corps de la fillette était découvert par un pêcheur de crevettes.

Les débats se sont concentrés dans la matinée sur son parcours et notamment ses mensonges. Elle se disait doctorante en philosophie alors qu'elle n'avait même pas sa licence. Elle s'est emportée devant son avocate face à des débats qu'elle jugeait sans intérêt, préférant se concentrer sur les circonstances de sa mort.

"Sa vie elle s'en fout", a expliqué à BFMTV son avocate Fabienne Roy-Nansion. Sa cliente explique son geste par un sort qui lui aurait été jeté, "elle refuse toute autre explication", avance la pénaliste.

"La sorcellerie? C'est la constatation à laquelle j'arrive par défaut, car je n'ai aucune autre explication...", a affirmé l'accusée, expliquant avoir dépensé pas moins de 40.000 euros pour consulter "des marabouts et des guérisseurs" avant son geste.

"Il n'y a rien de cohérent dans ce que j'ai fait"

Pour expliquer son crime aux enquêteurs, Fabienne Kabou a d'abord avancé des problèmes d'incompatibilité entre la prise en charge de la fillette et sa vie de couple avant d'évoquer des raisons mystiques, se disant perturbée par des hallucinations sonores ou visuelles.

Un point important pour établir s'il y a eu ou non altération de son discernement. Les trois collèges d’experts qui l’ont examinée ont tous été frappés par sa grande intelligence: elle a un quotient intellectuel très supérieur à la moyenne.

"Il paraît que je suis intelligente", a-t-elle dit devant le tribunal. "Dans cette histoire, rien n'est cohérent (...) Quel intérêt j'aurais à me tourmenter, à mentir, à tuer ma fille? J'ai parlé de sorcellerie et je ne plaisante pas. Même quelqu'un de stupide n'aurait pas fait ce que j'ai fait", s'emporte-t-elle.

Le père et des associations, parties civiles

Dans la salle, se trouvait le père de l'enfant, Michel Lafon partie civile dans le procès, avec qui elle entretenait une relation maritale au moment de la mort d'Adélaïde. "C'est une épreuve pour lui, ce sont cinq jours dont il espère que la vérité émergera", a expliqué à la presse son avocat Christian Saint-Palais.

Les parents de Fabienne Kabou ainsi que trois associations de défense des droits des enfants sont également partie civile.

"Les associations ont toujours un rôle à jouer dans ce genre de procès. Il faut bien comprendre qu'une cour d'assises, c'est le procès de l'accusé. Et un enfant mort doit pouvoir trouver sa place et trouver une expression à travers les parties civiles qui le portent", a assuré Jean-Christophe Boyer, avocat de l'association L'Enfant Bleu

Pour l'association, la sorcellerie n'est qu'une stratégie de défense. "Vous êtes face à une femme qui est très intelligente et qui sait qu'il ne faut pas se dire fou, mais qu'il faut donner à manger aux experts pour paraître fou, la sorcellerie est toute trouvée, et puis c'est conforme à sa culture", a plaidé Jean-Christophe Boyer.
K. L. avec Lionel Top