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Mantes-la-Jolie: la police fait agenouiller des lycéens pour les interpeller et provoque de vives réactions

Les forces de l'ordre ont fait s'agenouiller une centaine de jeunes aux abords d'un lycée de Mantes-la-Jolie jeudi, pour certains mains sur la tête. L'interpellation massive, qui s'est déroulée après des scènes de violences, a duré plusieurs heures selon des témoins.

La quatrième journée de mobilisation lycéenne jeudi a mené à plus de 700 arrestations en France, dont environ 150 rien qu'aux abords des lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand à Mantes-la-Jolie.

Près de deux établissements des Yvelines, deux voitures et des dizaines de poubelles ont été incendiées. Le rectorat de Versailles fait état de "bonbonnes de gaz" apportées devant le lycée et de "projectiles avec cocktail Molotov".

Les policiers relataient s'être retrouvés à 15 face à 122 personnes "hostiles", qu'ils disent avoir été armés de "pierres, armes blanches, bâtons et battes de baseball". Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement. Ce vendredi, le ministère de l'Intérieur a fait état de "12 policiers" face à "150 interpellés". 

"Il y avait beaucoup de personnes, c'était énorme. Il y avait vraiment tout, on a vu des voitures brûlées, des poubelles brûlées, des poteaux enlevés, ça a dégénéré dans toute la ville", témoigne Hichem.

Si le rectorat de Versailles fait état de violences "commises par des jeunes extérieurs aux lycées pour un grand nombre d'entre eux (...) sans aucun rapport avec les revendications portées pacifiquement par les lycéens", des parents d'élèves attendaient pourtant non loin des jeunes interpellés. Ces derniers ont été mis à genoux par la police en attendant d'être emmenés en garde à vue.

"Les mômes sont parqués, à genoux"

"Les mômes sont parqués, à genoux, avec des parents qui sont là sur le parking à qui on ne répond même pas, des parents qui sont là uniquement pour savoir si leurs mômes font partie de ces mômes interpellés", déplorait au micro de BFMTV une femme sur place.

Faute d'un nombre suffisant de menottes, les forces de l'ordre expliquent avoir mis à genoux la centaine d'interpellés en "posture de sécurité", certains les mains visibles au-dessus de la tête, en attendant qu'ils soient emmenés dans des fourgons de police après l'arrivée de renforts. Quelque 70 policiers ont été mobilisés pour l'opération, a constaté une journaliste de l'AFP.

D'après nos informations et des témoignages, l'attente a duré plusieurs heures. Une procédure que la police assure réglementaire mais qui n'a pas manqué de choquer les témoins, puis les internautes après la diffusion des vidéos.

Blanquer "évidemment choqué" par les images

Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer s'est dit ce vendredi sur France Inter "évidemment choqué" par ces images mais a souhaité "rappeler le contexte" des interpellations. "Je parle depuis le début des difficultés avec Christophe Castaner pour qu'il y ait des consignes de proportionnalité de la part de la police", a-t-il assuré.

De son côté, la ministre des Armées a assuré sur RMC "mesurer la force des images". "Mais ces images doivent aussi être regardées avec recul, avec de la perspective", a poursuivi Florence Parly.

"Ces images ne peuvent pas être vues de façon brutes. Il faut aussi comprendre les raisons pour lesquelles les policiers ont eu à intervenir. Il y a eu beaucoup de violences. Des violences au cours desquelles les lycéens, eux-mêmes, se sont mis en danger. Certains ont été blessés par leurs propres agissements", a-t-elle mis en avant. 

La colère de l'opposition

"On attend la réaction de Christophe Castaner pour prendre aussi des mesures face à cette violence inacceptable et humiliante", a réagi dès jeudi soir le député France insoumise Eric Coquerel

Le leader de Génération-s et ancien candidat à la présidentielle Benoît Hamon a dénoncé un événement "glaçant, inadmissible". "Cela n’est pas la République. La jeunesse Française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour?", a-t-il réagi sur Twitter.

"Il faut dire les choses posément mais fermement : ce qui s’est passé avec les lycéens de Mantes-la-jolie - ces scènes dont il existe de nombreuses photos et vidéos - est simplement intolérable", a pour sa part déclaré l'ancienne ministre Cécile Duflot.
Raphaël Maillochon avec Liv Audigane