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Liberté d'expression: pourquoi Dieudonné est-il poursuivi?

Une affiche pour un spectacle de Dieudonné à Tours, en janvier 2014.

Une affiche pour un spectacle de Dieudonné à Tours, en janvier 2014. - Guillaume Souvant - AFP

Mercredi dernier, Dieudonné s'est vu notifier des poursuites judiciaires pour apologie du terrorisme, qui vont le conduire en correctionnelle. D'aucuns dénoncent une justice qui serait plus dure envers le polémiste qu'envers les caricaturistes de Charlie Hebdo. En réalité, elle ne fait qu'appliquer la loi. Explications.

Les réseaux sociaux bruissent d'une rumeur depuis quelques jours: la justice française appliquerait "deux poids, deux mesures" aux propos de Dieudonné, auteur de la phrase "Je me sens Charlie Coulibaly", et aux caricatures dans Charlie Hebdo, qui blessent parfois certaines communautés. La polémique a même franchi l'Atlantique: Jon Stewart, équivalent américain de Yann Barthez et son Petit Journal, s'est indigné dans son émission Daily Show du sort réservé à Dieudonné, quelques jours après une marche historique pour la liberté d'expression en France.

La religion oui, les croyants non

En réalité, que dit la loi française? Lorsqu'une personne "fait publiquement l'apologie d'actes de terrorisme", elle peut être poursuivie et punie de cinq ans d'emprisonnement. C'est la qualification retenue à l'encontre de Dieudonné à l'issue de sa garde à vue mercredi. Quant à l'incitation à la haine, elle se caractérise notamment par "une provocation visant à la haine à l'égard d'une personne, à raison de son appartenance à une religion déterminée".

Alors pourquoi Charlie Hebdo n'a-t-il pas été systématiquement poursuivi lorsque les caricaturistes ont brocardé le prophète Mahomet, par exemple? Me Basile Ader, spécialiste du droit de la presse et interrogé par La Croix, apporte une réponse: "On peut moquer les religions sans encourir de poursuites. En revanche, et c’est là une ligne de partage fondamentale, on ne peut pas tout dire sur les croyants. Ces derniers peuvent en effet exercer un recours en justice pour diffamation, injure, voire incitation à la haine en raison d’une appartenance à une religion".

La Croix cite l'exemple de Michel Houellebecq, relaxé en 2002 après avoir dit "La religion la plus con, c'est quand même l'islam" dans une interview au magazine Lire, tandis que Dieudonné a bien été condamné en appel en 2007 pour avoir avoir assimilé les juifs à "des négriers", dans une interview au Journal du Dimanche.

Humour ou premier degré?

Une autre distinction entre en ligne de compte pour les juges: l'humour. Pour cela, le contexte dans lequel sont prononcés les propos litigieux, et la personnalité de celui qui les tient, peuvent influer sur un jugement. Une saillie d'un homme politique sur les juifs ou les musulmans ne sera pas équivalente aux yeux de la justice à cette même phrase si elle est prononcée par un personnage dans une caricature de presse.

Dieudonné a-t-il fait preuve d'humour lorsqu'il s'est dit se sentir "Charlie Coulibaly"? Dans ses explications peu après, il a indiqué avoir écrit ces propos pour dénoncer le "lynchage médiatique et judiciaire" qu'il dit subir "depuis un an". Il reste aujourd'hui présumé innocent. La justice tranchera le 4 février prochain, jour de la convocation de Dieudonné devant le tribunal correctionnel..