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La famille d'Adama Traoré porte plainte pour "faux témoignage" contre l'un des témoins

Assa Traore (G), la soeur d'Adama Traore, décédé en 2016 après son interpellation par la police, en conférence de presse avec le réalisateur des Misérables, Ladj Ly (D), le 9 juin 2020 à Paris près de la fresque réalisée par JR

Assa Traore (G), la soeur d'Adama Traore, décédé en 2016 après son interpellation par la police, en conférence de presse avec le réalisateur des Misérables, Ladj Ly (D), le 9 juin 2020 à Paris près de la fresque réalisée par JR - BERTRAND GUAY, AFP

La famille d'Adama Traoré, mort en juillet 2016 après une interpellation musclée dans le Val-d'Oise, porte plainte contre un des témoins de l'affaire, un habitant chez qui le jeune homme s'était réfugié.

La famille d'Adama Traoré a annoncé ce jeudi le dépôt d'une plainte au parquet de Paris pour "témoignage mensonger" contre l’un des témoins dans l'enquête sur la mort de cet homme en 2016 après une interpellation, au vu de ses déclarations effectuées à quatre ans d'écart et qualifiées d'"incohérentes, contradictoires et évolutives".

Le témoin en question est l'homme habitant à Beaumont-sur-Oise chez qui Adama Traoré s’est réfugié le 19 juillet 2016 juste avant son interpellation par les gendarmes.
Devenu témoin du dossier, il a été auditionné une première fois le 1er août 2016 par les gendarmes de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), soit quelques jours après les faits. Puis tout récemment le 2 juillet dernier, par les juges d’instruction, en présence des avocats de la famille et de la défense. Ce récent interrogatoire visait à déterminer dans quel état de santé se trouvait Adama Traoré avant l'arrivée des gendarmes, alors que les derniers experts judiciaires, contestés par les médecins de la famille, ont estimé que son pronostic vital était "engagé de façon irréversible" avant l'arrestation.

Des récits différents

Selon la plainte de l'avocat la famille, Me Yassine Bouzrou, que BFMTV a pu consulter, ce témoin avait notamment affirmé lors de son audition d'août 2016 qu'Adama Traoré était "essoufflé", qu'il n'"arrivait pas à parler" et "respirait bruyamment" lorsqu'il était arrivé chez lui.

"J'ai ouvert la porte et immédiatement j'ai vu qu'un homme était assis mains dans le dos, le dos contre ma porte d'entrée. (...) Il est assis par terre et n'arrive pas à se tenir. Il est essouflé et la seule chose qu'il me dit c'est: 'Tires moi'. Je ne l'ai jamais vu dans un état pareil, il n'arrivait pas à parler. Il respirait bruyamment", déclarait ainsi ce témoin devant l'IGGN il y a quatre ans.

Mais le 2 juillet 2020, lors d'une audition par les juges d'instruction, ce témoin a affirmé, selon la plainte de l'avocat de la famille Traoré, qu'Adama Traoré "ne respirait pas bruyamment", et n'avait "pas fait de bruit" lorsqu'il se trouvait sur le seuil de son appartement.

"Peut-être que les gendarmes ont mal compris. Il n'était pas bien du tout, ça je vous le garantis. Il n'a pas fait de bruit", a déclaré ce jour-là le témoin, qui assure alors ne "pas comprendre" le sens du mot "essouflé".

Me Bouzrou souligne aussi des "contradictions" entre les témoignages successifs de cet homme notamment sur la question de savoir si Adama Traoré avait "cassé" ses menottes à son domicile ou si elles étaient déjà cassées avant, ou sur la question de savoir s'il a "tiré" ou non l'homme à l'intérieur de son domicile pour l'aider.

Des contradictions avec les témoignages des gendarmes

Par ailleurs, l'avocat de la famille Traoré considère que les propos du témoin entrent en contradiction avec ceux des gendarmes qui ont procédé à l'interpellation d'Adama Traoré le 19 juillet 2016, qui rapportaient, selon le PV de retranscription de leurs échanges radio, qu'un "individu menotté" venait de "rentrer en courant" chez le témoin, et ont "toujours affirmé" qu'Adama Traoré "avait opposé une résistance violente à son interpellation".

L'avocat de la famille insiste aussi sur la déclaration-phare de ce témoin lors de sa récente audition, absente de la première : "Quand j'ai parlé avec (Adama Traoré), il a dit 'je vais mourir'", a-t-il ainsi dit le 2 juillet dernier face aux juges d'instruction. Pour ce témoin, le "stress" l'a fait "oublier" de mentionner cette déclaration lors de sa première audition par l'IGGN en août 2016.

"Je l'avais oublié avec le choc. Là ça fait 4 ans, avec le recul j'ai pu réfléchir. (...) Il est possible qu'avec le stress j'ai oublié de le dire", a-t-il ainsi avancé.
Mélanie Vecchio avec Jeanne Bulant