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L'Institut Pasteur sous le coup d'une enquête judiciaire après de graves dysfonctionnements

L'insitut Pasteur.

L'insitut Pasteur. - LIONEL BONAVENTURE / AFP

Sous le mandat de Christian Bréchot, l'actuel directeur qui s'accroche à son poste à la tête de l'organisme de santé, de graves dysfonctionnements sanitaires, comme la perte de plus de 2.000 tubes de Sras ou la disparition de 10 tubes d'Ebola.

Le prestigieux Institut Pasteur peut-il s'affranchir des règles élémentaires de sécurité sanitaire? L'ANSM n'est pas de cet avis. Entre la fondation et l'agence gouvernementale, le torchon brûle, rapporte Le Parisien. La nouvelle affaire, qui vaut à l'institution d'être sous le coup d'une enquête préliminaire depuis décembre 2016, concerne le transport dans des conditions rocambolesques d'échantillons de Mers Coronavirus entre la Corée du Sud et la France. 

"Le 11 octobre 2015, une scientifique de l'Institut Pasteur de Corée a transporté clandestinement, à bord d'un vol Séoul-Paris, trois tubes d'échantillon de Mers Coronavirus, un virus potentiellement mortel, transmissible par le chameau et apparu pour la première fois en 2012 au Moyen-Orient", assure le quotidien.

Le virus stocké dans une petite boîte de cosmétique

"Le virus, soigneusement rangé dans une petite boîte bleue de produit cosmétique, est resté ensuite sur l'étagère du bureau d'un chercheur de l'Institut sans aucune précaution sanitaire, du 16 au 23 octobre. Tout ceci en dépit des règles nationales strictes du Code de la santé publique ou internationale", relate encore Le Parisien.

L'affaire "n'a été révélée qu'un an plus tard par une fuite opportune dans la presse coréenne" indique le journal qui affirme que cet "incident a conduit le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire le 19 décembre 2016".

La direction du centre de recherche dédié à la santé a pris "la décision de détruire en douce les trois échantillons du virus sans en informer au préalable l'autorité sanitaire (l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, ANSM) et sans même déclarer l'incident sous les 48 heures, comme l'impose la loi", poursuit le journal.

La défense du directeur ne convainc pas

Pour sa défense, Christian Bréchot rétorque que: "Les échantillons qui sont arrivés avaient subi un traitement d'inactivation et ne présentaient donc pas de risque de contamination. L'erreur est de ne pas avoir effectué de déclaration auprès de l'ANSM avec laquelle nous travaillons ensemble pour améliorer les choses."

Mais l'agence de sécurité sanitaire n'est guère convaincue par l'explication. C'est son rapport transmis à la justice qui vaut à Pasteur l'enquête dont il est aujourd'hui l'objet.

Des dysfonctionnements à répétition

Le plus gênant pour l'institution est que les incidents liés aux virus se sont répétés ces dernières années. Ainsi, 2.349 tubes de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) avaient été perdus en 2014. Là encore, Pasteur avait manqué à ses obligations, ne prévenant l'ANSM que deux mois après les faits. Il indiquait dans un communiqué avoir constaté la perte de ces tubes "dans le cadre des procédures d'inventaire réglementaires habituelles". Et là encore, l'organisme de recherche avait argué d'un "potentiel infectieux nul", avant de porter plainte contre X.

En février dernier, rappelle Le Parisien, un autre écart d'inventaire montrait la disparition de dix tubes du virus Ebola... déclaré cette fois sous 48 heures. La non-déclaration d'un incident concernant un MOT (micro-organismes et toxines) fait encourir aux auteurs de l'infraction 350.000 euros d'amende et cinq ans d'emprisonnement.

La crise que traverse l'Institut Pasteur peut-elle expliquer la fréquence de ces incidents? Depuis le printemps 2016, Chirstian Bréchot qui a atteint la limite d'âge de 65 ans fixée par les statuts se défend de "s'accrocher à son poste". Mais a, entre temps, "diligenté 17 expertises sur le sujet", rappelle Le Parisien. Malgré l'appui du gouvernement pour une prorogation d'un an renouvelable de son mandat, le comité d'administration a refusé de modifier les statuts de l'Institut. 

David Namias