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L'inquiétant phénomène des viols sur mineurs diffusés en direct sur Internet

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Un ex-gendarme à la retraite a été mis en examen pour "complicité de viols et d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans" mercredi dernier à Nancy. Il est soupçonné d'avoir acheté puis visionné en direct des vidéos de viols d'enfants à l'étranger. Si le phénomène n'est pas nouveau, il est en essor et inquiète les enquêteurs spécialisés.

Depuis son domicile meurthois, un ancien gendarme à la retraite depuis 2017 aurait commandé et payé des viols sur des mineurs vivant à l'étranger. Une nouvelle affaire de livestreaming pédopornographique qui lui a valu une mise en examen pour "complicité de viols et d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans" la semaine dernière, au terme d'une enquête de plusieurs mois de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), spécialisé dans ce type de faits, comme le révélait BFMTV vendredi.

Les investigations sur ce Français de 55 ans prennent leurs racines aux Philippines avec l'interpellation d'un homme soupçonné d'abuser des enfants sur place. Sur ses ordinateurs, les enquêteurs de l'agence fédérale américaine compétente et à l'initiative en matière de pédophilie, de pédopornographie et de tourisme sexuel, le Homeland Security Investigations, découvrent des scènes d'agressions sexuelles et de viols qui ont été diffusés en direct. Les analyses remontent jusqu'au commanditaire de ces abus sexuels qui se trouvent en France, a communiqué le procureur de la République de Nancy.

Des viols d'enfants pour 20 euros

La diffusion en direct et sur commande d'agressions sexuelles ou de viols sur des mineurs, exploités depuis l'Asie ou l'Afrique principalement, n'a rien de nouveau. Déjà en 2016, le patron de l'Office central pour la répression des violences aux personnes parlait "d'un phénomène émergent et inquiétant".

"Nous travaillons avec nos partenaires étrangers, services de police, ONG, sociétés privées pour faire face à ce phénomène", confirme cette semaine à BFMTV.com le capitaine Véronique Béchu, cheffe du groupe central des victimes mineures.

Les enquêteurs s'inquiètent de l'essor de cette criminalité. Pour 20, 30, 40 dollars, des Européens entrent d'abord en contact avec des intermédiaires sur des forums ou via le Darknet, la partie cachée d'Internet, et se mettent d'accord sur la "prestation" qu'ils souhaitent regarder. Un nouveau rendez-vous est alors pris sur Skype, par exemple, et le commanditaire assiste en direct à des scènes de pornographie, impliquant des enfants. "Il est très difficile de les confondre au moment de la diffusion", reconnait le capitaine Béchu.

Une condamnation difficile

Les signalements proviennent des agences étrangères, comme celle des Etats-Unis, qui en démantelant des réseaux font remonter des listings des groupes qui organisent les abus sur des mineurs les noms des clients français.

Les affaires peuvent être liées également au travail de Tracfin, chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement des trafics, qui font remonter des informations au service de l'OCRVP en cas de petits virements réguliers douteux. Au bout de la chaîne, ce sont d'ailleurs des réseaux criminels, de la mafia locale, qui sont financés par ces agressions.

En mai 2018, un sexagénaire français a écopé de deux ans de prison ferme pour "détention d'images pédopornographique". L'homme de 73 ans, résidant en Isère, comparaissait pour "complicité de viols sur mineurs avec actes de torture et de barbarie" et "association de malfaiteurs". "Le doute planera toujours", avait alors déclaré la présidente du tribunal de Grenoble qui jugeait les faits, résumant la frustration autour de cette affaire liée au démantèlement d'un réseau international de commandes de vidéos de viols ou de torture d'enfants.

Justine Chevalier