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"Jamais je n’ai voulu tuer Arthur Noyer": interrogé, Nordahl Lelandais campe sur sa version des faits

Croquis d'audience montrant Nordahl Lelandais le 4 mai 2021 devant la cour d'assises de Savoie, à Chambéry

Croquis d'audience montrant Nordahl Lelandais le 4 mai 2021 devant la cour d'assises de Savoie, à Chambéry - Marie WILLIAMS © 2019 AFP

Auditionné au cinquième jour de son procès, Nordahl Lelandais a encore démenti toute intention de donner la mort à Arthur Noyer. Mais il n'a pas semblé convaincre le président de la cour d'assises.

"Aujourd'hui, mon but n'est pas de vous faire avouer, l'aveu n'est qu'une preuve parmi d'autres." C'est ainsi que le président de la cour d'assises de Chambéry a ouvert la cinquième journée du procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre d'Arthur Noyer. L'intégralité de la matinée a été consacrée à l'interrogatoire de l'accusé, qui s'en est, encore une fois, tenu à sa version: le caporal de 23 ans est mort accidentellement, après une bagarre qui a mal tourné.

"Je n'ai jamais voulu le tuer. Jamais, jamais, jamais", a-t-il répété, debout dans le box, alors que la famille d'Arthur Noyer, qui ne croit pas à ce scénario, l'a exhorté à dire la vérité.

Alors, pourquoi dit-il avoir tenté un massage cardiaque quand la victime est tombée inanimée, mais n'a-t-il pas appelé les secours, l'a questionné le président. Pourquoi même a-t-il éteint son téléphone?

"A ce moment-là, j'aurais dû avoir un manuel d'émotions pour savoir quoi faire. Mais je ne savais plus quoi faire (...) C'est compliqué de voir quelqu'un tomber face à moi après des coups de poing (...) J'étais en panique. J’ai tout gâché. J’en suis conscient. J’aimerais revenir en arrière", a-t-il répondu à la cour.

"C'était difficile de parler"

Le président s'est ensuite intéressé aux différentes versions livrées par Nordahl Lelandais. Avant de reconnaître avoir donné un coup mortel à Arthur Noyer, il a d'abord nié l'avoir croisé le soir de sa disparition. Son discours s'est fissuré au fil de l'enquête et des preuves qui lui ont été opposées, comme les vidéos des caméras de surveillance le montrant prendre le caporal en stop. Pourquoi a-t-il menti?

"C'était un moment particulier, tous les jours, on parlait de moi à la télé, on a dit des choses complètement fausses, dès que je commençais à dire quelque chose, ça sortait tout de suite dans la presse. Ça a toujours été déformé, ce que je disais, c'était difficile de parler", argumente Lelandais.

"Vous comprenez qu'on se pose des questions sur où est la vérité? Sur la première (version)? La seconde? La troisième? Dans une autre? Dans la quatrième?", le bouscule le président.

"Je vous le dis, monsieur le président, j'ai dû venir à la vérité. J'y allais par étapes."

"Rien de sexuel"

Après cet interrogatoire conduit par le président de la cour, c'est au tour de l'avocat de l'accusé de mener la danse. "Les choses se sont-elles passées comme tu l'as dit, où tu l'as dit, pour les raisons que tu as dites?", lui demande Me Alain Jakubowicz. "Je te repose la question pour la dernière fois: est-ce que tu as autre chose à dire?"

"J'ai dit ce qu'il s'est passé. Il n'y a rien de sexuel", a insisté Nordahl Lelandais, qui dément toute tentative d'obtenir des faveurs sexuelles de la part de la victime, théorie avancée par l'accusation.

Mais pourquoi a-t-il "arpenté les rues de Chambéry" la nuit des faits?, lui a demandé l'avocate générale.

"- Je cherche.

- Vous cherchez quoi, vous cherchez qui?

- Des amis, des connaissances à Chambéry.

- Mais les bars sont fermés [à deux heures du matin, ndlr]!

- J'ai beaucoup d'amis qui habitent à Chambéry."

Verdict le 12 mai

Face à ce personnage arc-bouté sur ses positions, les parents, le frère et les grands-parents d'Arthur Noyer ont souvent soupiré, mais sont restés calmes, comme depuis le début du procès.

Ce cinquième jour d'audience s'est achevé à 16h30 ce vendredi, après le passage d'autres témoins à la barre. Le procès reprendra lundi à 09h00, avec l'audition d'experts psychologues. La journée de mardi sera ensuite consacrée aux plaidoiries des parties civiles et de la défense, ainsi qu'au réquisitoire de l'avocate générale. Le verdict est attendu mercredi 12 mai.

Cécile Ollivier avec Ambre Lepoivre