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Insalubrité et atteintes aux droits: la prison de Strasbourg pointée du doigt

Adeline Hazan la contrôleure générale des lieux de privation de liberté publie mercredi un rapport dénonçant "des atteintes graves aux droits fondamentaux" des détenus et l’insalubrité de la prison. La garde des Sceaux affirme que la plupart de ces problèmes ont été réglés, faux répond Adeline Hazan.

Sanitaires hors d’usage, installations électriques douteuses et détritus qui jonchent le sol. Les photos qui accompagnent le rapport d'Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté publié mercredi montrent la prison de Strasbourg dans un "état de saleté déplorable". Des photos qui ne sont pas sans rappeler le cas de la prison des Baumettes en 2012, aussi mise à l’index pour son insalubrité. Dans son rapport Adeline Hazan rend compte de la situation de la prison constatée par ses services lors d’une visite en mars dernier. Lors de leur passage à Strasbourg, les contrôleurs ont relevé "des atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes détenues", écrit le rapport.

Dans les douches, l'eau est glaciale et au quartier d’isolement notamment, de nombreux matelas sont "dévorés par les moisissures" à cause de l’humidité. Une humidité engendrée par la vétusté de la bâtisse et "susceptible d’entraîner différentes pathologies respiratoires et dermatologiques". L’une des cours, inaccessible aux détenus est couverte de détritus et "génère des nuisances indirectes", rongeurs et pigeons ont investi les lieux.

Les plaques de cuisson pour se réchauffer

Le rapport fait aussi état du froid qui règne dans la prison, 17° dans le quartier des mineurs, 14,6° au quartier disciplinaire quand la température extérieure est de 10°. "Afin d’élever la température à un niveau convenable, beaucoup de personnes maintiennent allumée leur plaque chauffante en permanence, risquant ainsi de provoquer des accidents", déplore le rapport.

Lors de leur visite, les contrôleurs ont également remarqué des défaillances du personnel. "L’encadrement du personnel de détention est manifestement défaillant (...). La détention est apparue livrée à elle-même", constate le rapport. Dans les miradors de surveillance, les sièges sont "en position sieste" et les cellules normalement réservées aux personnes à mobilité réduite servent de salle de repos pour le personnel.

Les contrôleurs rapportent aussi le cas d’un détenu qui déclarait craindre pour son intégrité physique à cause de son codétenu qui le violentait. Malgré un signalement du médecin le détenu est laissé dans la même cellule. "Le lendemain, la personne concernée indiquait avoir été victime de viol durant la nuit", écrit le rapport. La délégation constate aussi la présence de caméras dans les locaux où se déroulent les activités médicales du service de psychiatrie, "ne atteinte grave au secret médical". 

La réponse de Christiane Taubira

Publiée en même temps que les recommandations d'Adeline Hazan la réponse de la garde des Sceaux indique que la plupart de ces problèmes ont déjà été réglés après de premières constatations en 2009. Elle revient d'abord sur le détenu violé et la réaction du personnel et explique que le médecin n'avait pas "précisé le caractère d'urgence de la demande" mais que par la suite "les mesures adaptées ont immédiatement été prises".

Sur les dégradations, elle assure que "l'ensemble des douches a été rénové" pour un investissement de 520.000 euros. "S'agissant de la température des cellules, je peux vous indiquer que ce problème est résolu" affirme Christiane Taubira qui reconnaît cependant qu'en janvier et février dernier des coupures "ponctuelles de chauffage de un à deux jours" ont eu lieu. Sauf que les contrôleurs se sont rendus à la prison en mars et n'ont pas remarqué d'évolution. "Ils ont constaté que non seulement il n'y avait pas d'eau chaude dans les cellules, que le fonctionnement des douches était insatisfaisant et qu'il faisait très froid dans les cellules", corrige Adeline Hazan sur France Info.

La garde des Sceaux précise que des travaux sont encore prévus pour cette année. 

Carole Blanchard