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Ils se faisaient passer pour des agents des eaux pour voler chez les personnes âgées

Ces voleurs à la fausse identité dérobaient chez les personnes âgées des tableaux, de l'argenterie ou encore des bijoux.

Ces voleurs à la fausse identité dérobaient chez les personnes âgées des tableaux, de l'argenterie ou encore des bijoux. - Police nationale

Dix-sept personnes ont été placées en garde à vue ces derniers jours dans le cadre d’une enquête sur des vols à la ruse dans plusieurs départements. Trois d’entre eux sont soupçonnés de s’être fait passer pour des agents des eaux afin de dépouiller leurs victimes à leur domicile. Leur premier méfait remontrait à 2012.

INFO BFMTV.com - "Leur taux de réussite parle pour leur professionnalisme", souffle un policier proche de l’enquête. Après onze mois d’investigations, dix-sept personnes ont été interpellées dans le cadre d’une affaire de vols par ruse qui se sont produits dans plusieurs départements. Ces hommes et ces femmes sont soupçonnés d’avoir participé, entre 2012 et le début de l’année 2017 à un réseau qui dérobait des objets de valeur au domicile de leurs victimes avant de les revendre. Sept ont été mis en examen, neuf autres devraient l’être ultérieurement. Un dernier suspect, le receleur principal présumé, doit être présenté ce vendredi matin à la justice.

Les premiers soupçons des policiers se sont portés après un vol qui a eu lieu en avril 2016 dans le département de la Gironde. Une plainte est alors déposée. Elle n’est pas la seule sur le bureau des enquêteurs qui à cette époque font état d’une augmentation de ce type de méfait qui se déroule toujours selon le même scénario. Ces vols concernent tous des personnes âgées, vivant souvent seules. Ils suivaient leurs cibles dans la rue, généralement le matin, au retour de leur course, et évaluaient l'état de leurs finances au regard de leur domicile. A chaque fois, la disparition d’argent liquide ou d’objets de valeur est constatée après le passage d’un homme se présentant pour un agent du réseau des eaux.

"Ces hommes, vêtus d’une chasuble jaune fluo et d’une casquette, expliquaient qu’il y avait des travaux dans la rue et qu’il venait vérifier si le réseau fonctionnait correctement", détaille une source policière, précisant que trois des gardés à vue sont soupçonnés d’avoir commis les vols.

Un "travail" qui les fait vivre

Leur mise en scène fonctionne : le taux de réussite de ces faux agents est évalué à 50%. Si le point de départ de l’enquête se situe en Gironde, rapidement les policiers du service régional de police judiciaire de Bordeaux, saisi du dossier, trouvent des similitudes avec d’autres vols à la ruse commis à Montauban mais aussi à Châteauroux, Mulhouse, Calais. Et même en Belgique. Des surveillances vont être mises en place.

Les premières investigations, notamment à partir de la téléphonie, vont porter leurs fruits puisqu’en juin 2016, un véhicule appartenant au réseau est flashé. Ce la pourrait permettre de faire tomber le réseau. Mais cet événement est un signal d’alerte pour les voleurs qui cessent toute activité pendant plusieurs mois. Décrits comme prudents et très bien organisés, les suspects, issus de la communauté des gens du voyage, vont reprendre leur "travail".

Depuis des années, ces hommes et ces femmes, dont certains appartiennent à la même famille, vivent de leurs vols. Ils ont d’ailleurs eu le temps de s’exercer : tous sont connus des services de police pour des faits de vol à la ruse datant de la fin des années 90. Au cœur de l’enquête, le pater familias. Cet homme de 65 ans, qui a plusieurs femmes et plusieurs maîtresses, donnait les ordres.

Lui se cachait à Arras dans un appartement auquel rien ne le reliait. Les autres ont été cueillis en Seine-et-Marne, dans l’Aisne, dans la Marne, dans le Nord et dans le Pas-de-Calais grâce au concours de l’ensemble des services de police de ces différents départements. Les deux autres auteurs présumés des vols ont, eux, entre 50 et 60 ans. Le fils de la tête pensante de l’équipe, lui aussi impliqué dans l’affaire, est âgé d’une quarantaine d’années.

Bronze, tableaux, argenterie...

A l’image de la dispersion géographique des membres du réseau, leur butin était réparti dans différentes caches. La plus importante se trouvait à proximité de Soissons, dans l’Aisne, chez l’une des maîtresses du chef présumé. Les enquêteurs n’ont pas pu mettre la main sur l’argent liquide dérobé au fil de leurs vols. Dans les différents lieux de stockage, des sacs de marque, des bronzes, certains signés, des tableaux ou encore de l’argenterie ont été découverts. Les enquêteurs soupçonnent également que des pierres précieuses ont été revendues à Anvers, en Belgique, haut lieu de trafic. 200 bouteilles de vin de grands crus, pour une valeur estimée à 20.000 euros, étaient également stockées. Selon les enquêteurs, cette marchandise ne proviendrait pas des vols mais les investigations devraient permettre de retrouver leur origine.

L’enquête, ouverte notamment pour "association de malfaiteurs", "vol en bande organisée" et "escroquerie", va en effet se poursuivre. Pour l’heure, 26 faits sont formellement imputables à cette équipe, dont les membres interpellés ne reconnaissent pas les faits. "C’est simple, même face à des éléments de preuve, le chef a absolument réponse à tout", décrit une source proche de l’enquête. A partir des objets provenant des vols découverts, les policiers vont mener un travail de recherche d’avoirs criminels pour tenter d’identifier d’éventuelles autres victimes. Au total, l’équipe pourrait avoir dérobé pour plus d’une centaine de milliers d’euros.

Justine Chevalier